GALE
DESCRIPTION. — La gale est déterminée par la présence, dans l'épaisseur de l'épiderme, du sarcopte ou acare de la gale, parasite de l'ordre des arachnides, de couleur blanchâtre, d'aspect brillant, de forme arrondie. La femelle, plus grosse que le mâle, a 0'°™,33 de long sur 0""",25 de large, le mâle 0°"",-20 de long et 0'»'",16 de large. Cet animal (la femelle au moins) est donc visible à l'œil nu. Au microscope sur la face dorsale convexe de l'acare, on voit des stries transversales, des poils, des épines ou saillies pointues ; à une extrémité se trouve la tète avec les organes de manducation, sous forme d'une petite éminence plus foncée que le corps ; à l'autre extrémité se trouvent l'anus et les organes génitaux. La face ventrale, également convexe, striée, présente quatre paires de pattes ; chez la femelle, les deux premières sont terminées par une ventouse, les deux dernières par une épine; chez le mâle, les deux premières et la quatrième sont terminées par une ventouse et la troisième par une longue épine. Beaucoup plus nombreuses que les mâles, les femelles, une fois fécondées, pénètrent dans l'épiderme par déchirure, y creusent une galerie couverte, improprement appelée sillon, dans laquelle elles progressent sans pouvoir reculer à cause de la direction de leurs poils. Dans celte galerie, qui se trouve à la partie profonde de la couche cornée de l'épiderme, les femelles pondent dos œufs, puis meurent (Tôrôk). Les œufs éclosent très rapidement et donnent naissance à des larves, qui deviennent ensuite des nymphes et enfin des adultes. Larves et nymphes vivent sur la peau ; les femelles fécondées pénètrent seules dans l'épiderme ; quant aux mâles, ils siègent sur la peau, sous les squames ou sous les croûtes.
Siège du sillon. — Ses caractères. — La lésion essentielle de la gale est le sillon, qui se trouve surtout aux poignets, à la face anlé-
rieure de la partie inférieure des avant-bras, dans les espaces interdigilaux, sur les faces latérales des doigts, à la paume des mains, quand l'épiderme est mince. Il se présente sous la forme d'une petite ligne grisâtre, plus foncée chez les gens malpropres ; il ne disparaît pas par le lavage. Sa longueur, ordinairement de 2 à 3 millimètres, atteint parfois 3 et 4 centimètres. 11 est rarement rectiligne ; plus souvent, incurvé, il présente la forme d'un croissant ou de la lettre S. Si on examine un de ces sillons à la loupe, on voit qu'il présente deux extrémités : 1° l'une, large, point d'entrée de l'acare; 2° l'autre, saillante, blanchâtre, et terminale. Le point blanc dans cette saillie n'est autre que l'acare vu par transparence; en perçant cette saillie avec une épingle, on peut retirer l'acare. Le sillon renferme des œufs et des points noirs qui sont les fèces de l'animal. 11 est tantôt isolé, tantôt accolé à une vésicule ou à une pustule, mais jamais le parasite n'est en contact avec le liquide contenu dans la vésicule ou la pustule. On peut encore rencontrer les sillons aux pieds, surtout chez l'enfant. On les voit alors sur le dos du pied, sur les faces latérales des orteils, autour des malléoles. Ils se trouvent aussi sur les bras, à la région antérieure de l'aisselle, sur l'abdomen, sur les cuisses. Là les sillons sont plus petits, de 2 à 5 millimètres de longueur. Ils sont constitués par une ligne brune, beaucoup plus rectiligne qu'aux mains. On rencontre très souvent aussi des sillons aux seins chez les femmes, aux bourses, au gland, au prépuce, sur la peau de la verge chez les hommes, où leur présence est pathognomonique; ils sont très petits, tantôt droits, tantôt un peu incurvés, mais ils sont en général défigurés par le grattage.
La gale peut donc occuper tout le corps, excepté la face et le cuir chevelu, où les lésions, quand elles existent, sont des éruptions secondaires.
Complications. — Le sillon est la lésion essentielle, due à la présence de l'acare, mais les galeux présentent des éruptions secondaires produites par le grattage ou l'irritation cutanée causée par les parasites. Ce sont d'abord des excoriations, puis des papules de prurigo, recouvertes de croûtelles sanguinolentes [gale papuleuse). On observe aussi, aux mains, des vésicules du volume d'un grain de chènevis, remplies d'un liquide clair ou opalin {gale uésiculeiise)j qui parfois deviennent de véritables bulles.
On trouve encore des pustules d'ecthyma aux mains, parfois aux pieds, sur les bras et sur les fesses, surtout chez les enfants. On observe plus rarement, surtout aux coudes, de petites pustules, se rompant facilement, remplacées par des croûtes jaunâtres caractéristiques de l'impétigo. Les infections secondaires peuvent produire des furoncles, des abcès dermiques, des lymphangites et même des adénites susceptibles de suppurer. Toutes ces lésions purulentes résultent de l'inoculation de microbes pyogènes au niveau des excoriations.
Enfin, chez les individus prédisposés, on peut voir survenir, sous l'influence de l'irritation cutanée, une éruption d'eczéma ordinaire.
Chacune de ces formes éruptives peut prédominer sur tel ou tel sujet, mais jamais elles n'existent avec un seul type. Le polymorphisme est le caractère essentiel de l'éruption acarienne (1).
La gale est une aflection très prurigineuse. Les démangeaisons augmentent quand le malade se met au lit, car le sarcopte est noctambule. Elles troublent le sommeil, peuvent parfois produire la perte de l'appétit et l'amaigrissement.
MARCHE. — Les éruptions scabieuses ne se montrent pas d'emblée; au début, il n'y a qu'un peu de prurit qui va s'accentuant graduellement. Puis, au bout de quelque temps, apparaissent des éruptions papuleuses, puis vésiculeuses, puis enfin pustuleuses. Cher les gens soigneux de leur personne, la gale peut durer longtemps sans présenter un grand développement, mais, chez les individus malpropres, les lésions se généralisent rapidement.
Chose curieuse, la gale semble sommeiller au cours des grandes pyrexies (fièvre typhoïde, pneumonie, etc.) pour reparaître après la guérison. Les parasites paraissent soulïrir sur un organisme malade, meurent pour la plupart, mais leurs œufs résistent et éclosent à la convalescence.
La gale persiste et s'aggrave indéfiniment, si on ne la traite pas. C'est là un fait encore observé dans certaines communes de la Suisse et surtout en Norvège et en Russie où la gale est caractérisée par la production d'amas épais, croûteux, siégeant surtout sur les mains et les pieds; les ongles se cassent, se décollent sur leurs bords; on voit aussi des croûtes impétigineuses sur la face ou sur la tête. Cette gale, dile gale norvégienne, serait produite d'après Mégnin par un acare spécial [acare du loup).
ÉTIOLOGIE. — La contagion est la seule cause de la gale. Elle se fait par un contact prolongé, la cohabitation nocturne avec un galeux, le port de ses vêtements, ou par le fait de coucher dans son lit. La gale existe chez les animaux, mais celle-ci n'est pas due au même acare; toutefois la gale du chien, du chat, du cheval est Iransmissible à l'homme, mais la maladie guérit rapidement avec des soins de propreté et des bains sulfureux.
DIAGNOSTIC. — 11 repose sur la présence des sillons. Il n'est pas nécessaire de trouver l'acare, mais il faut savoir distinguer les sillons des lignes noires et des excoriations minimes qui existent parfois à la surface de la peau. On peut môme poser le diagnostic par le polymorphisme des lésions et surtout par la localisation dcj
(1) Voy. K. Gaucher, Leçons sur les maladies de la peau, 1895, p. 68 i.
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celles-ci aux organes génitaux chez l'homme, aux seins chez la femme; chez les gens du monde, c'est souvent la seule manière, en Vabsence de sillons, de diagnostiquer la gale ; il en est de même chez les maçons, les mégissiers, chez les ouvriers qui manipulent des substances irritantes et chez lesquels les acares ne siègent pas aux mains ni aux espaces interdigitaux.
La présence des sillons permettra de ne pas confondre la gale avee les prurigos non parasitaires, le strophulus, la phtiriase, qui siège surtout sur le dos et les épaules. L'eczéma, l'impétigo, l'ecthyma compliquant la gale seront distingués de l'eczéma, de l'impétigo, de l'ecthyma simples par la constatation des sillons.
TRAITEMENT. — D'après les indications données par Hardy, la guérison de la gale peut être obtenue le plus souvent en vingt-quatre heures. Le malade est d'abord soumis à une friction générale avec du savon noir. Cette friction ramollit l'épiderrne, ouvre les sillons; elle est suivie d'un bain; après celui-ci, les galeux se font sur tout le corps une friction énergique avec la pommade d'Helmerich modifiée par Hardy : fleur de soufre, 2 parties ; carbonate de potasse, 1 partie; axonge, 12 parties. La pommade est laissée en contact avec la peau pendant vingt-quatre heures ; au bout de ce temps, le malade prendra un autre bain.
Mais ce n'est pas tout : il faut que les vêtements soient passés à l'étuve ; le linge de corps et les draps de lit seront lessivés, les gants brûlés, sans quoi la gale récidive fatalement. La température de l'étuve doit atteindre 120". Si l'on n'a pas d'étuve à sa disposition, on se servira d'un four de boulanger ou bien on lessivera tout ce qui peut être lavé et on brûlera le reste.
Ce traitement détermine une irritation cutanée parfois assez forte qu'on calmera en faisant prendre aux malades chaque jour un bain d'amidon pendant quelque temps.
Un autre traitement de la gale, surtout pour les gens du monde, est celui préconisé par Fournier. On fait d'abord une friction avec du savon ordinaire et on prend un bain, suivi d'une seconde friction avec la pommade suivante: glycérine, 200 gr.; gomme adragante, Igr. ; fleur de soufre, 100 gr. ; carbonate de soude, 50 gr. ; parfum ad libitum. La désinfection des vêtements est faite comme précédemment. Si cette pommade était insuffisante, on recourrait à la pommade sulfo-alcaline de Hardy.
Quand les téguments sont trop irrités ou s'il s'agit de jeunes enfants, de malades atteints de maladies de cœur, d'albuminurie, ou encore de femmes enceintes, à qui l'on ne peut faire suivre un traitement aussi énergique, on pourra employer soit la pommade à 1 onguent styrax (baume styrax pur, 20 gr. ; huile de camomille camphrée, 100 gr.), soit la pommade au naphtol à 1/10. On fera des fric-
PHTIRIASE DE LA TÈTE. — SYMPTOMATOLOGIE. 963
lions le soir et quelquefois matin et soir, plusieurs jours de suite.
Un autre traitement très simple a été indiqué récemment et paraît donner de bons résultats ; il consiste dans une friction faite sur tout le corps pendant vingt minutes environ avec 30 à 50 grammes de baume de Pérou, sans bain préalable. Le malade garde la pommade sur le corps pendant toute la nuit ; le lendemain matin il prend un bain et la gale est guérie.
Mais ce qui est difficile dans le traitement de la gale, c'est de savoir si elle est guérie. Il est fréquent de voir des malades traités revenir consulter le médecin pour des démangeaisons et réclamer une nouvelle friction. Il faut savoir résister aux instances des malades ; on prescrira des bains d'amidon, des lotions antiprurigineuses, des pommades calmantes. Dans le cas seulement où l'on trouverait des sillons intacts, on ferait recommencer le traitement.
PHTIRIASE.
Maladie causée par la présence des poux. Trois espèces de poux vivent sur l'homme, ce sont: le pou de la têle, le pou du corps et le pou du pubis.