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Eau de casse

Le miel soufré et l'iodure de potassium sont encore les médicaments le plus généralement employés à cet effet. De même, les bains sulfureux jouissent d'une grande faveur dans la population ouvrière.

La goutte saturnine, Vanémie saturnine ne présentent point d'indication spéciale, sauf celle de l'élimination du plomb.

L'accident traité, il faut penser aux soins diététiques des saturnins : dans la colique de plomb, pour éviter les récidives, le malade sera pendant un certain temps soumis au régime lacté mitigé de bouillon aux œufs, et de thé. La viande sera sévèrement proscrite, de môme que les boissons alcooliques; plus tard, lorsque les troubles digestifs ont complètement cédé, on peut prescrire la viande blanche.

La médication iodurée semble, jusqu'à présent, très utile dans le traitement de l'intoxication plombique. D'après Melsens, l'iodure de potassium, administré à la dose de 4 grammes par jour, a la propriété de faciliter l'élimination du plomb par les reins. Les bains sulfureux (150 à 180 de sulfure de potassium par bain) sont excellents, au point de vue de l'iiygiène de l'individu et de la toilette de la peau souvent couverte de poussières de plomb.

Il est inutile d'insister sur l'exercice léger et à l'air libre, le massage^ l'alimentation de choix, l'hydrothérapie, moyens excellents en effet, mais impossibles à appliquer dans l'espèce, le saturnin étant en général un ouvrier, par conséquent un être peu fortuné.

HYDRARGYRISME

M. LETULLE

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, Médecin de l'hôpilal Saint-Antoine.

La nolion de la toxicité du mercure est de date ancienne ; la démonstration expérimentale en a été faite sur l'homme, dans un but thérapeutique il est vrai. Ses sels, les vapeurs qu'il dégage, même à des températures basses, sont essentiellement dangereux.

Hormis en vapeurs, le mercure passe rarement dans l'organisme à l'éLat naturel. Les vapeurs se trouvent dans tout espace clos où l'on travaille le mercure. Celui-ci pénètre l'organisme par trois voies à la fois: parla p^au, l'appareil respiratoire et le tube digestif. Le mercure ne peut t av.Tseï' une peau intacte; il ne s'accumule, et cela après des frictions énergiques avec de l'onguent gris, que dans les glandes sébacées et les follicules pileux, pour de là être absorbé par le reste de l'organisme. (Fûrbringer.)

La muqueuse respiratoire résiste admirablement à la pénétration du mercure, à la condition que son tapis épithélial ne soit pas troué. Il en est de même pour la muqueuse du tube digestif.

Une fois absorbé, le poison pénètre dans tous les organes. On le retrouve dans le sang, le foie, les muscles, les os, jusque dans le cerveau et dans le muscle cardiaque. Son siège de prédilection est le foie, dans lequel Gorup-besanez a pu déceler du mercure un an après la mort. Frerichs (1) a démontré que les calculs biliaires peuvent quelquefois en contenir des corpuscules.

Quelle que soit la voie de pénétration, l'intoxication mercurielle peut être aiguë ou chronique. Cette division classique s'applique à toutes les intoxications pouvant, en général, s'effectuer par grandes, moyennes ou petites doses.

Le type de l'intoxication aiguë nous est fourni par l'empoisonnement volontaire ou accidentel par le sublimé ou le cyanure de mercure. Celui-ci est plus rarement que l'autre cause d'empoisonnement. Le sublimé joue un grand rôle dans la thérapeutique moderne, et on se le procure pour cette raison assez facilement. Toutefois l'empoi-

(1) FuERiCHs, Traité pratique des maladies du foie, 3° édition. Paris, 1877.

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sonnement criminel par les sels de mercure et notamment par le sublimé est excessivement rare. En France, Hugounenq n'en a relevé que huit cas en cinquante ans.

L'intoxication aiguë par le sublimé est souvent accidentelle. C'est une infirmière ou une garde-malade qui se trompe de fiole et administre au malade, au lieu d'une potion quelconque, une solution plus ou moins concentrée de bichlorure de mercure; ou c'est un homme de l'art qui, dans un but thérapeutique, injecte d'une manière un peu inconsidérée des solutions quelquefois très fortes de sublimé. La terreur de l'infection puerpérale, qui a guidé les victorieux combats de Tarnier, a fait commettre de grandes imprudences. Maintenant qu'on sait être propre, aseptique, l'emploi du sublimé devient de plus rare en obstétrique, et le moment n'est pas loin où les accoucheurs s'abstiendront de pratiquer toutes sortes de manœuvres après les accouchements normaux. Un doigt, une main et un instrument ahsolument propres, et le sublimé ou autres substances antiseptiques injectables dans la cavité utérine cruentée auront disparu de l'arsenal thérapeutique.

L'intoxication thérapeutique, étant donné Tidiosyncrasie particulière à chaque individu, peut se manifester après une simple onction hydrargyrique, alors qu'elle manquera dans l'ingestion du mercure à hautes doses. Est-il besoin de rappeler l'énergie que les anciens syphiligraphes mettaient à administrer le mercure ? et les erreurs de prescription, l'association, par exemple, d'un lait d'amandes amères au calomel, association qui peut se transformer en une combinaison stable, essentiellement toxique, de cyanure de mercure? etc.

L'intoxication chronique est ordinairement due à Tune des causes énumérées plus haut. Elle frappe surtout les individus en contact journalier avec le mercure. C'est ainsi qu'on rencontre l'hydrargyrisme chronique dans les mines d'Alrnaden (Espagne), parmi les ouvriers étameurs de glaces, les doreurs, les chapeliers, les coupeurs de poils de lapin, parmi ceux employés à fabriquer les thermomètres, baromètres et autres instruments à mercure, les piles électriques, le fulminate, etc. Chez ces derniers, il y a la circonstance aggravante d'un travail exécuté à une température élevée. Un certain nombre de ces professions insalubres tendent à disparaître : l'étamage des glaces, la dorure au mercure sont du nombre.

L'hydrargyrisme chronique peut également être accidentel ; le cas du vaisseau Triumph est très instructif à cet égard. Ce bateau, parti d'Espagne avec un chargement de mercure, eut un accident en route. Trois outres remplies de métal crevèrent et le mercure se répandit sur le bateau. En trois semaines, deux cents hommes eurent des accidents mercuriels, stomatite, langueur, etc., et trois succombèrent. Tous les animaux, bétail ou volatiles, moururent.

L'empoisonnement chronique peut quelquefois aussi être la consô

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quence û une intervention thérapeutique. En pratique, actuellemeni encore, un certain nombre de médecins accusent le mercure de méfaits attribués par d'autres à la syphilis.

Il existe toute une série de conditions prédisposantes, bien étudiées par Kussmaul. Dans les milieux mercuriels, les premières victimes sont, comme dans tous les milieux toxiques d'ailleurs, les plus faibles, les plus chétifs ; viennent ensuite s'ajouter la malpropreté, la mauvaise alimentation, \xn passé pathologique chargé, la grossesse, la lactation, le mauvais état de la bouche, les dents cariées, tout ce qui constitue, en un mot, la misère physiologique à ses différents degrés.

La durée du séjour dans un de ces milieux déjà énumérés, nécessaire à l'éclosion des accidents, varie avec les individus; en général les jeunes gens sont plus vite frappés que les gens âgés. Il y a des cas où des ouvriers restent des dizaines d'années sans rien contracter; et d'autres, chose plus étrange, qui ne présentent de manifestations hydrargyriques, ou soi-disant telles, que plus ou moins longtemps après avoir quitté leur métier dangereux.

I. HYDRARGYRISME AIGU. — Si le malade a absorbé le toxique par le tube digestif, il ressent dans la bouche un goût acre, métallique, suivi de sensations de brûlure plus ou moins intense dans la bouche, le pharynx et l'œsophage. C'est une des premières conséquences de l'action destructive du poison sur les terminaisons nerveuses des différentes muqueuses qu'il a suivies et en partie détruites.

Dans la forme suraiguë, les douleurs gastriques et abdominales deviennent rapidement excessives. La peau se couvre de sueurs froides, les vomissements, la diarrhée surviennent et le malade succombe, au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, dans le collapsus.

A l'autopsie, on trouve soit une inflammation intense, soit une véritable destruction de la muqueuse du tube digestif. Le degré de ces lésions varie avec la quantité et la concentration du toxique. La muqueuse de l'estomac, couverte d'ulcérations polymorphes, est parsemée d'ecchymoses. Tout l'organe est d'une coloration rouge foncé.

L'intestin, dans sa totalité, présente, à peu de chose près, des lésions identiques à celles que nous venons de citer. Les lésions intestinales se retrouvent même lorsque la voie de pénétration du poison a été autre que le tube digestif. Ainsi, les phénomènes qui suivent l'absorption du toxique par la voie cutanée ou sous-cutanée, comme dans le cas de Taylor (1), rappellent les destructions gastrointestinales déterminées par le poison dans sa traversée du tube digestif.

(1) Deux frères se frottent réciproquement au sublimé pour une gale; ils meurent empoisonnés, et l'on trouve à l'autopsie les lésions dune gastro-entérite des plus violentes.

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C'est surtout le gros intestin qui, dans ces cas, présenterait le maximum des lésions : celles-ci peuvent simuler à s'y méprendre les déterminations anatomiques de la dysenterie.

Ces données expliquent pourquoi, pendant la vie, on observe souvent des vomissements intenses et une diarrhée incoercible, fréquemment sanguinolente.

Les manifestations morbides ne se limitent pas au tractus digestif. L'inflammation de la muqueuse buccale peut se propager au larynx, et déterminer un enrouement intense dégénérant souvent en une véritable aphonie. Le ptyalisme, dans ces cas, est rare. Lorsqu'il existe, l'action locale du poison ne saurait être incriminée ; il s'agit presque toujours d'une stomatite consécutive à l'absorption du poison.

A l'autopsie des intoxiqués avec des doses élevées de sublimé ou de cyanure de mercure, Richardière n'a pu trouver la desquamation de la muqueuse buccale dont parlent les auteurs.

Les déterminations cutanées de l'hydrargyrisme aigu ne sont fréquentes que dans les empoisonnements consécutifs aux frictions à l'onguent gris ou à la pommade au sublimé. Dans ces cas, il s'agit presque toujours d'un érythème scarlatiniforme, avec éruption phlycténulaire, et de taches rouges disparaissant à la pression. Cette inflammation cutanée se termine toujours par une abondante desquamation.

Dans l'intoxication aiguë, le rythme respiratoire devient irrégulier (V. Mering) et la pression sanguine tombe quelquefois d'une manière progressive, comme s'il s'agissait d'une paralysie vasculaire directe.

La sécrétion urinaire est diminuée et va quelquefois jusqu'à l'anurie; à l'aulopsie, on trouve les reins augmentés de volume, congestionnés. L'épithélium des tubes urinifères subirait la dégénérescence graisseuse. Cette lésion du parenchyme rénal se traduit pendant la vie par des urines rares et souvent albumineuses.

Salkowsky a constaté, dans des cas d'intoxication expérimentale, la présence de sucre dans les urines et des sédiments de carbonate et de phosphate de chaux dans les tubes rénaux.

Chose remarquable, dans l'intoxication mercurielle aiguë le système nerveux est absolument indemne ; les phénomènes qu'on peut observer ne se distinguent en rien de ceux qui caractérisent toutes les intoxications graves produites par d'autres poisons métalliques.

Le mercure et ses sels n'ont point d'antidote chimique. Toutes les substances administrées dans le but de réaliser des combinaisons mercurielles insolubles ont échoué. L'albumine, les sulfures alcalins, l'hydrogène sulfuré n'ont point donné les résultats que les vues théoriques faisaient prévoir. L'eau albumineuse et le lait paraissent être les médicaments les plus appropriés.

: Avant tout, il faut débarrasser le tube digestif du poison ingéré.

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La pompe stomacale, excellente en principe, peut être dangereuse à cause des ulcérations gastriques déjà établies au moment de l'intervention. Une perforation est vite effectuée. On l'emploiera donc avec circonspection. L'apomorphine, en injection sous-cutanée, sollicite les vomissements et contribue par conséquent à vider le contenu du tube digestif.

II. HYDRARGYRISME SUR AIGU. — Cette forme de l'empoisonnement mercuriel est presque toujours due à une intervention thérapeutique, injection de sublimé, pilules de Dupuytren. Le calomel à dose fractionnée, comme on l'administre par exemple dans la lithiase hépatique, semble particulièrement apte à déterminer cette forme d'intoxication.

Les prédispositions individuelles jouent un grand rôle; certains individus s'intoxiquent avec une dose infime de mercure, alors que d'autres résistent à des grandes quantités du médicament.

L'intoxication mercurielle subaiguë est surtout une affection intestinale. Les premiers symptômes sont, en effet, des troubles abdominaux consistant en coliques plus ou moins violentes, diarrhée profuse, incoercible, épreintes rectales très douloureuses.

Les coliques ne semblent intéresser que le gros intestin, dont la palpation est d'ailleurs douloureuse.

Les selles, fréquentes mais peu abondantes, sont souvent teintées de sang.

Un ou deux jours après ces manifestations intestinales, apparaît la stomatite. Celle-ci ne se distingue de celle observée dans le mercurialisme chronique que par son intensité. Les lésions de la muqueuse buccale sont plus accentuées; les dents se déchaussent; les gencives sont exulcérées et saignantes et se recouvrent d'un enduit grisâtre pultacé. La langue se tuméfie et peut atteindre des dimensions extrêmes, au point de rendre la déglutition impossible et la respiration des plus pénibles.

La salivation est quelquefois énorme. Les malades perdent par jour une quantité abondante de salive qui contribue à leur affaiblissement. Le ptyalisme peut manquer ou être à peine marqué, dans les cas graves, rapidement mortels. (Butte.)

L'émonctoire rénal fonctionne mal ; les urines deviennent rares, chargées, rouges, albumineuses et quelquefois même sanguinolentes. Salkowsky et Bouchard y ont décelé du sucre.

Comme dans l'intoxication aiguë, le système nerveux reste intact au cours des formes subaiguës. Il existe cependant de l'insomnie et une légère angoisse, qui établit une transition entre cette variété de l'intoxication et l'hydargyrisme chronique.

L'évolution de la maladie se fait vers la guérison. Lorsque les symptômes buccaux et gastro-intestinaux persistent malgré tout, des

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hémorragies se produisent dans différents viscères : le malade s'affaiblit de plus en plus et la mort peut survenir dans un véritable coUapsus.

A l'autopsie, le gros intestin est particulièrement lésé. Il est le siège d'une entérite dysentériforme, d'après Virchow, très difficile à distinguer de la dysenterie vraie.

Dans cette variété d'intoxication surtout, les reins sont profondéemnt lésés. Presque tous les éléments de l'organe peuvent être envahis par une infiltration calcaire, qui prédomine au niveau des tubes droits et des tubes contournés.

Le tableau clinique n'est pas toujours le même. L'intoxication subaiguë peut ne se caractériser que par une simple stomatite, ou ce qui est encore très fréquent, par des manifestations gastro-intesti nales où la diarrhée rebelle est le symptôme capital. Bientôt tout rentre dans l'ordre sous l'influence d'un traitement diététique.

III. HYDRARGYRISME CHRONIQUE. — Lorsque l'organisme s'intoxique lentement, et qu'il absorbe le mercure à petites doses, l'hydrargyrisme chronique est de règle. On voit d'abord des troubles digestifs apparaître, rappelant, d'une manière atténuée ceux de l'intoxication subaiguë. Le catarrhe de l'estomac se réduit souvent, au point de vue clinique, à une simple inappétence qui rend l'alimentation presque impossible. Le sujet maigrit, s'anémie et prend un faciès particulier : la cachexie mercurielle commence. Souvent celle-ci est précipitée dans sa marche par la diarrhée dysentériforme avec selles teintées de sang et ténesme rectal douloureux.

L'attention n'est guère éveillée tant que l'individu n'éprouve que ces symptômes ; dans des cas plus avancés, le mal s'accentue et la stomatite apparaît. La salivation augmente, la muqueuse buccogingivale s'enflamme, puis s'ulcère. Les ulcérations siègent, au début, de préférence au niveau des régions plissées de la muqueuse, là où les aliments s'accumulent à l'ordinaire. La stagnation des parcelles alimentaires assure leur fermentation putride; l'haleine du malade devient d'une fétidité repoussante. Le processus destructeur s'étend bientôt en surface comme en profondeur. Chez l'enfant, ou le vieillard, les lésions produites simulent parfois à s'y méprendre celle du noma. A la longue, les os maxillaires sont eux-mêmes intéressés. L'ostéopériostile est bientôt suivie de nécrose. L'élimination spontanée ou chirurgicale des séquestres entraîne souvent des cicatrices vicieuses et des déformations nécessitant, parfois, une nouvelle intervention.

L'état général empire; la mastication devient pénible et le patient se nourrit à peine ; un ptyalisme abondant trouble les fonctions digestives, vu la quantité de salive putride que le malade avale malgré lui.

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Les infections par la voie buccale doivent être fréquentes, car il n'est pas rare de voir une fièvre vive s'allumer, et la cachexie devenir quelquefois hémorragique. Le malade succombe, dans ces cas, à l'épuisement et aux toxi-infections secondaires.

Troubles psychiques. — En somme, lorsque l'hydrargyrisme chronique prend une allure grave, il représente plutôt une intoxication subaiguë prolongée. Habituellement, les choses ne se passent pas ainsi. Tout en tenant compte des différences individuelles, très accusées dans l'espèce, le mercurialisme professionnel débute presque toujours par des symptômes névropathiques. La forme nerveuse est propre à l'intoxication hydrargyrique effectuée par petites doses (vapeurs de mercure métallique, de nitrate acide, etc.). Phénomène curieux, sur lequel les observateurs insistent, l'ensemble des accidents porte sur le système nerveux, souvent seul atteint à l'exclusion, des autres organes.

Voici d'ailleurs la façon dont les troubles nerveux se manifestent le plus habituellement :

Un ouvrier, travailleur excellent et adroit, tout à ses occupations, est subitement pris d'une sorte de timidité hésitante, qui le dérange dans son travail. Un mot, une interpellation, une discussion futile suffisent à troubler son attention. Il ne peut supporter, pendant son travail, ni les regards d'un curieux, ni les remarques d'un camarade d'atelier; il suffit même qu'il se sache regardé. La sensation que quelqu'un, par derrière ou à côté de lui, surveille ses actes manuels le jette dans une angoisse indicible.

Cette timidité, cette sensibilité, qui touche à la névrose, progresse rapidement. Le malade pâlit à la moindre question, et la gêne douloureuse qu'il ressent peut aller même jusqu'à la syncope. Les nuits deviennent mauvaises, le malade a des hallucinations terrifiantes, mais passagères, souvent professionnelles. On a noté de véritables accès de manie aiguë, au reste de très courte durée, et toujours curables.

Tremblement mercuriel. — L'éréthisme hydrargyrique, souvent accompagné de palpitations et de céphalalgie intense, peut durer de quelques mois à plusieurs années, pour s'associer en définitive au tremblement mercuriel. Celui-ci s'annonce assez souvent par de légères secousses convulsives dans les muscles de la face, aux commissures des lèvres; puis le tremblement se généralise en descendant. Les muscles de la bouche, de la langue, des extrémités supérieures sont successivement envahis. Les membres inférieurs ne tardent point à se prendre; aussi la trémulation ainsi généralisée atteint quelquefois une réelle gravité; elle enlève au malade l'usage de ses muscles. Ce dernier devient un misérable infirme, d'autant mieux que, dans certains cas invétérés, le tremblement des extrémités va se combiner avec des phénomènes paralytiques.

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Une fois constitué, le tremblement mercuriel rentre dans la classe des tremblements vibratoires (à oscillations rapides). Il est exagéré par tout acte physique ou intellectuel capable d'impressionner le malade. Au lit, les mouvements s'atténuent, pour disparaître d'ordinaire complètement pendant le sommeil ; mais vient-on à découvrir le malade, le tremblement réapparaît, quelquefois avec une intensité inouïe. Il rappelle par certains côtés les phénomènes observés dans la sclérose en plaques. Toutefois, dans cette affection, les secousses sontplus considérables, plus rythmées; elles augmentent à mesure que le geste intentionnel approche du but. De plus, les muscles antagonistes scandent plus régulièrement les secousses du membre mis en action par la volonté.

Dans certains cas, le tremblement hydrargyrique peut rappeler par ses grands mouvements désordonnés la chorée de Sydenham. En résumé, il s'agit toujours d'un tremblement atypique.

Les calambres sont des convulsions douloureuses, généralisées d'emblée à un grand nombre de muscles : elles réalisent au maximum l'état spasmodique qu'on remarque dans quelques cas de tremblements. Jadis on observait souvent ces accidents redoutables dans les mines d'Almaden. Aujourd'hui les calambres, ainsi que la stomatite, ont disparu à Almaden, grâce aux mesures hygiéniques plus sévères. Les habitants d'Almaden, qui sont tous mineurs, fournissent peu d'heures par année à la mine et sont indemnes, pour la plupart.

Les troubles de la sensibilité sont quelquefois très accusés ; on verra qu'ils peuvent simuler ceux de l'hystérie. Les phénomènes douloureux ne sont pas très rares dans le mercurialisme chronique : on y rencontrera des douleurs névralgiques intenses, notamment la névralgie de la cinquième paire. De véritables arthralgies, localisées surtout aux petites articulations, ont quelquefois fait croire à l'existence d'un rhumatisme chronique. Les douleurs articulaires costosternales etcosto-vertébrales éveillent chez le malade une sensation de constriction thoracique gênant la respiration, et de véritables accès de suffocation éclatent parfois subitement.

Le cœur a pu également présenter des troubles dans son innervalion : les palpitations sont presque de règle. Puis le cœur faiblit et la pression sanguine tombe fort au-dessous de la normale. Le sang subit le contre-coup de toutes ces manifestations morbides : les hématies d'abord augmentées dénombre, diminuent rapidement.

Chez la femme, les règles perdent de leur abondance et de leur régularité ; dans beaucoup de cas, elles disparaissent complètement. Les grossesses vont rarement à terme ; on a noté souvent une tendance à l'avortement. Les enfants, lorsqu'ils arrivent à terme, sont chétifs, malingres, mais il y a loin de ces faits aux cas de mercurialisme chronique, congénital ou héréditaire, publiés par différents auteurs, et qui ne se rapportent vraisemblablement qu'à des exemples d'intoxi-

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cation larvée. Les parents portent à la maison, dans les plis de leurs vêtements, une quantité de mercure suffisante pour déterminer rhydrargyrisme chronique parmi leur entourage, notamment clioz les petits enfants.

Cachexie mercurielle. — La marche du mercurialisme chronique est loin d'être fatale. Les troubles nerveux peuvent s'amender et la santé revenir, pour peu que le malade ait quitté depuis un certain temps le milieu pathogène. S'il n'en est pas ainsi, les troubles nutritifs s'accusent de jour en jour. Le dégoût des aliments et notamment de la viande s'accentuant, l'individu dépérit. Cette ruine organique mérite le nom de cachexie mercurielle ; la face est pâle, les muqueuses sont décolorées, la peau est bouffie. Enfin apparaît l'œdème des extrémités inférieures ou quelquefois l'anasarque, et le malade ne tarde pas à succomber soit au progrès de l'affaiblissement, soit aux complications infectieuses nées aux dépens de la peau, devenue très vulnérable, soit enfin à la phtisie pulmonaire, entée sur une pneumonie chronique.

Paralysies mercurielles. — Les paralysies mercurielles complètes sont rares. Il s'agit le plus souvent d'une parésie avec diminution de la contractililé musculaire. Lorsqu'elles existent, les paralysies sont surtout partielles, circonscrites ou disséminées, elles prédominent au niveau des extenseurs. On n'a qu'exceptionnellement observé la forme hémiplégique. Voici, en résumé, leurs symptômes les plus habituels :

1° Les paralysies sont flaccides et incomplètes; 2° les contractilités galvanique et faradique persistent ; 3° les réflexes tendineux sont conservés ; 4° il n'y a pas d'atrophie musculaire des muscles paralysés.

Les troubles sensitifs sont fréquents. Ils consistent, le plus souvent, en hyperesthésie disséminée en îlots sur les membres supérieurs, plus rarement aux membres inférieurs ou au tronc. Il peut s'y joindre des troubles sensoriels (hyperacousie, amblyopie, etc.).

Sur les animaux lentement empoisonnés par le mercure, on n'a obtenu que des lésions légères de névrite segmentaire péri-axile, sans destruction du cylindraxe.

Hystérie mercurielle. — Sous le nom d'hystérie mercurielle, on a décrit des cas d'hémianesthésie avec hémiplégie motrice plus ou moins diffuse correspondant toujours au côté insensible. Souvent les malades ont été frappés à une ou plusieurs reprises d'attaques apoplectiques, semblables à l'apoplexie hystérique de Debove et Achard. Les contractures circonscrites, plutôt hémiplégiques, et l'hémichorée posthémiplégique rapidement amendées, les phénomènes de transfert et la disparition complète de tous les accidents morbides, sous l'influence des agents dits esthésiogènes, justifient l'existence d'une hystérie mercurielle. Nousavonspuen relever, pournotre part, de nombreuses observations tant à Paris, chez les coupeurs de poils de lapin, qu'à Almaden, chez les mineurs. Ce sont bien des accidents hystériques.

Le tremblement lui-même, le plusprotéiforme de tous les troubles

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nerveux mercuriels, ressortit dans certains cas à l'hystérie (disparition par les moyens suggestifs, par l'aimant, la bande de caoutchouc, etc.).

Ces manifestations névropathiques ne diffèrent guère chez les mercuriels etchezles saturnins. Tout individu nerveux, héréditairement prédisposé, peut voir éclore sur lui, sous l'influence d'une intoxication prolongée quelconque (plomb, mercure, alcool, syphilis), les diverses manifestations de V hystérie toxique, telle que Charcot l'a conçue et décrite. L'imprégnation lente par le poison est une des conditions pathogéniques nécessaires.

Le traitement de Vhydrargyrisme chronique est avant tout prophylactique. Il faut imposer la propreté la plus grande aux ouvriers manipulant le mercure ou ses sels. Ils devront changer d'habits avant de pénétrer dans l'atelier, se laver soigneusement les mains et la figure avant de manger. Le soir, en quittant le travail, chaque ouvrier devrait pouvoir prendre, avant de revêtir ses habits de ville, un bain savonneux.

On a conseillé, pour neutraliser les vapeurs ou les poussières répandues dans les ateliers, de saupoudrer avec de la fleur de soufre les parquets et les murs, ou de les imprégner, au moment du repas, lorsqu'ils sont vides, de vapeursammoniaoales. Nous ne savons ceque ces mesures ont donné au point de vue pratique ; théoriquement, elles ne sont pas inutiles.

Quant au traitement du malade, l'intervention se réduit à lui faire abandonnera temps son métier, à lui administrer pendant longtemps l'iodure de potassium, à lui prescrire des bains sulfureux. La stomatite mercurielle sera combattue par le chlorate de potasse intus et extra et par une propreté méticuleuse de la bouche et des dents.

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