‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 18 sur 173 · M. LETULLË. — SATURNISME · texte numérisé non relu

M. LETULLË. — SATURNISME

d'acide urique; cet excès n'existe pas seulement pour les saturnins ayant présenté des accidents goutteux, mais aussi pour ceux indemnes de toute manifestation goutteuse.

D'autre part, chez deux malades soumis à une médication saturnine (acétate de plomb 0^^,25 trois fois par jour), Garrod a vu diminuer très notablement l'excrétion de l'acide urique. Dans un cas, la diminution a été suivie d'un arrêt brusque dans l'excrétion urique, puis la fonction rénale se rétablissait en partie, d'une manière intermittente, comme chez les sujets exposés à l'influence de la goutte.

Il semblerait donc que, chez les saturnins, le sang se charge d'acide urique, non pas parce qu'il y a surproduction urique, mais parce que ce produit exci'^.mentitiel n'est éliminé parle rein que d'une manière insuffisante.-

Cetle hypothèse rde Garrod n'est pas admise par Lecorché, qui estime plutôt que le plomb agit directement sur le processus d'assimilation qu'il trouble de façon à produire un excès d'acide urique.

En résumé, l'intoxication saturnine semble étroitement liée, chez certains individus, à la genèse de la goutte.

Cachexie saturnine. — Artério-sclérose des saturnins. — Par ce qui précède, on comprend combien la pénétration des poussières de plomb dans l'organisme par doses minimes, mais indéfiniment réitérées, produit à la longue un bouleversement profond dans la vitalité des tissus. Une véritable maladie expérimentale en est la conséquence. Variée dans ses manifestations individuelles, elle reste toujours identique à elle-même dans ses grandes lignes: l'anémie chronique, puis, au bout d'un temps plus ou moins long, une cachexie progressive, essentiellement caractérisée par une variété d'artério-sclérose; enfin, des lésions prédominant soit sur l'appareil rénal, soit sur le système nerveux, surtout périphérique, telle est, dans son ensemble, l'intoxication saturnine chronique.

Les désordres engendrés par le plomb offrent une durée et une continuité depuis longtemps signalées par les auteurs. L'affinité des sels de plomb pour les substances albuminoïdes, leur difficile élimination hors de l'organisme, comparable, sinon supérieure à celle de l'arsenic, expliquent sans doute, pour une grande part, la ténacité des manifestations plombiques et la gravité habituelle de leur pronostic.

Autant le mercure est peu stable dans ses combinaisons organiques, autant le plomb se fixe d'une manière énergique dans nos tissus. L'unanimité des recherches chimiques confirme ce fait et, en même temps, montre la prédilection du poison pour le tissu conjonctivovasculaire et ses diverses variétés.

Les travaux de Personne, par exemple, ont démontré que, dans l'encéphalopathie saturnine, L plomb se loge non dans l'intimité de

la matière cérébrale, mais bien dans l'épaisseur des méninges et de leurs vaisseaux.

Il n'en est pas moins vrai que l'être vivant tend à éliminer par ses émonctoires le plomb aussi bien que la plupart des autres poisons tant minéraux qu'organiques. Le rein, à cet égard, supporte les frais de cette élaboration incessante, qui est une réelle tendance à la guérison. Les expériences de Gharcot et Gombault sur la néphrite saturnine expérimentale paraissent des plus démonstratives à cet égard. Chez l'homme, le rein est fréquemment touché par la masse des poisons éliminés quotidiennement. De plus, les saturnins professionnels sont fréquemment alcooliques, et la cachexie saturnine est, d'ordinaire, une maladie complexe, dans la pathogénie de laquelle le plomb et de nombreuses autres causes de déchéance organique ont longtemps collaboré. L'artériosclérose, générale ou partielle, selon les cas, n'a rien de particulièrement propre à la maladie saturnine.

TRAITEMENT. — Il n'existe pas un traitement général de l'intoxicalion plombique. Jusqu'à présent l'antidote du plomb est encore à trouver. Certaines substances employées jadis sont complètement rejetées aujourd'hui : l'hydrogène sulfuré, l'acide sulfurique, l'alun, le sulfate de zinc, administrés de toutes les manières et à toutes les doses possibles, n'ont donné aucun résultat.

Si le saturnisme n'a pas de traitement général, les accidents auxquels il donne naissance l'éclament en revanche une thérapeutique active, souvent efficace.

Dans la colique de plomb, trois indications sont à remplir : amender la douleur, combattre la constipation, solliciter l'élimination du plo mb.

La première indication est la plus urgente ; d'autant que les les substances drastiques n'agissent que très difficilement tant que la douleur existe.

Si les phénomènes douloureux persistent, le meilleur purgatif est encore l'opium. On peut avoir recours soit aux injecLions hypodermiques de morphine, soit à la poudre d'opium deOs%03 à Os'',05 par dose, soit enfin aux pilules thébaïqucs de 5 centigrammes

Le chloroforme est également utilisé ; il est très bien supporté par les malades; on le prescrira ù la dose de 2 grammes pour 60 grammes de sirop, pour une journée.

Les bains prolongés à 37° et les cataplasmes chauds ont rendu aiissi de bons services.

Dès que la douleur est amendée ou dès que les attaques douloureuses sont suffisamment espacées, on peut remplir la seconde indication, celle de purger le malade

En France, on emploie volontiers l'eau-de-vie allemande à la dose de 30 ou 40 graitunes; si cette substance provoque des douleurs,

in M. LETULLE. — SATURNISME.

il est bon de lui associer l'opium. Le traitement de la Charité fait souvent merveille (1).

Les arthralgies sont justiciables des bains sulfureux.

Dans Vencéphalopathie^ on doit s'abstenir de toute intervention énergique, comme les saignées, les purgatifs, etc., qui ont donné des résultats détestables. On ne traitera que les symptômes : le délire furieux, par le chloral à hautes doses et les injections de morphine, les convulsions parla narcose chloroformique, etc.

^l) Voici le traitement de la Charité, tel qu'il est habituellement formulé dans les hôpitaux de Paris :

1" jour. — Lavement purgatif des peintres, dans la matinée. Dans la journée, eau de casse avec les grains. Le soir, lavement anodin des peintres. Après le lavemcnt,un bol calmant.

2^ jour. — Eau bénite, à prendre en deux fois, à une heure d'intervalle. Dans la journée, tisane sudorifique.

Le soir, bol calmant.

5« jour. — Tisane sudorifique.

Le matin, potion purgative des peintres. Le soir, lavement anodin, bol calmant.

4^ jour. — Même traitement que le troisième jour.

Séjour. — Tisane sudorifique.

A 4 heures du soir, lavement purgatif des peintres A 6 heures, lavement anodin.

A 8 heures, bol calmant.

Formules des principales prépardtions.

I Séné 8 grammes .

Eau bouillante 500 —

Page 1