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COMPLICATIONS

épanchements sanguins se fait graduellement et les ulcérations se cicatrisent avec une grande lenteur. La période de réparation est souvent interrompue par des rechutes.

La durée du scorbut ne peut être fixée d'une manière précise. Chez les sujets légèrement atteints, elle peut ne pas dépasser une ou deux semaines. Cependant, même dans certains cas légers, la maladie peut durer plusieurs mois. Les symptômes sont alors atténués. Les malades présentent un gonflement peu marqué des gencives; et ont de temps en temps des poussées hémorragiques légères. Les symptômes généraux sont souvent assez peu marqués pour que le malade ne garde pas le lit.

Quand le scorbut est grave, il évolue, généralement, dans l'espace de deux ou trois mois. La troisième période n'arrive guère qu'après un mois et demi ou deux mois de maladie.

La guérison est la terminaison la plus fréquente. La mort, qui est la terminaison d'un certain nombre de cas graves, arrive ordinairement dans la cachexie. Elle est parfois subite et causée par une syncope. Elle peut être due à une complication.

COMPLICATIONS. — Les complications du scorbut sont nombreuses.

La guérison peut être incomplète et la maladie laisser des désonlrcs irréparables. Il en est ainsi quand les lésions gingivales ont été profondes et étendues. La muqueuse ne peut alors se reformer complètement; les gencives restent dénudées. Les maxillaires se nécrosent parfois sous l'influence de cette suppuration longtemps après la terminaison du scorbut.

Les ulcérations scorbutiques sont surtout, dans quelques cas, des cicatrices vicieuses, qui gênent considérablement les mouvemenls. Un certain nombre de malades gardent de la gêne des mouvements dues aux rétractions tendineuses et aux raideurs articulaires.

On a observé des atrophies musculaires persistantes, des zones d'anesthésie plus ou moins étendues.

Dans les agglomérations humaines où sévissent déjà d'autres maladies épidémiques (typhus, dysenterie, choléra, fièvre typhoïde, fièvres palustres), le scorbut a une gravité toute spéciale.

Parmi les complications qui peuvent se présenter parmi le cours de la maladie les plus importantes et les plus fréquentes sont : les broncho-pneumonies, les apoplexies pulmonaires, les gangrènes pulmonaires très étendues, presque constantes dans certaines épidémies. Les complications pulmonaires évoluent sans retentissement général, presque sans preuve. Il en est de même pour les pleurésies exsudatives, souvent hémorragiques, observées dans le cours du scorbut.

M. Perrin a signalé dans le cours du scorbut des accidents thoraciques, caractérisés par une dyspnée subite accompagnée de

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douleurs Ihoraciques d'une intensité extrême. Ces accidents thoraciques se terminent quelquefois par la mort. Plus souvent, ils cèdent brusquement. La cause de ces accidents est inconnue.

La péricardite simple ou hémorragique a été observée brusquement. Dans quelques pays, en Russie, particulièrement, son importance est telle qu'elle occupe toute la scène morbide et que les autres symptômes du scorbut sont à peine marqués.

La myocardite est fréquente dans toutes les formes de la maladie. Elle est la cause de la syncope et de la mort subite.

La gangrène de la bouche et la nécrose des maxillaires peuvent être la conséquence de lésions gingivales profondes.

Les os peuvent être le siège de complications. La carie et la nécrose s'observent parfois, consécutivement à des ulcérations profondes. Les os atteints de préférence sont, après les maxillaires, les os des membres, particulièrement les os de la main et du pied.

L'appareil de la vision est atteint d'une complication curieuse Vhéméralonie, à laquelle certains auteurs attachent une grande importance dans l'histoire du scorbut de mer. D'autres complications oculaires (blépharites, conjonctivites, iritis, kératites) n'ont rien de spécial.

Au moment de la convalescence on observe souvent d'abondantes poussées de furonculose ou des éruptions de pustules d'ecthyma.

PRONOSTIC. — Le pronostic doit être considéré comme grave. Il varie, d'ailleurs, suivant les conditions épidémiques, suivant que la maladie est sporadique ou épidémique; la seconde forme est infiniment plus grave que la première. Il faut, dans le pronostic, tenir grand compte des conditions de résistance ou de faiblesse des sujets, de leur âge et de leur condition sociale. Le pronostic varie encore beaucoup suivant la période de la maladie où le traitement peut être appliqué.

DIAGNOSTIC. — Le diagnostic du scorbut est facile quand la maladie, avec l'ensemble de ses symptômes, est à la période d'état

A la première période, avant les hémorragies, le scorbut peut être confondu avec les différentes espèces d'anémie et en particulier avec l'anémie palustre. Pour le diagnostiquer, on se rappelera que le scorbut se développe dans des conditions spéciales, sans lesquelles la maladie ne peut exister. Les anémiques sont rarement aussi affaiblis que les scorbutiques. Dans l'anémie, la peau est franchement pâle et elle n'a pas le teinte plombée de la peau des scorbutiques. L'examen du sang ne donne pas les mêmes résultats dans le scorbut que dans l'anémie. Souvent, dès le début, les scorbutiques ont le gonflement des gencives et la cyanose des muqueuses, qui sont blanches et décolorées dans l'anémie.

Dans l'anémie palustre, la peau a une couleur analogue à celle des scorbutiques. Mais les malades ont eu des accès de fièvre intermittente. Le foie et la rate sont volumineux.

Dans la leucocythémie les malades, profondément anémiés, ont de la tuméfaction des gencives et des hémorragies. Le diagnostic se fait par l'examen du sang, qui montre l'augmentation des globules blancs s'il y a leucocythémie. Les différentes viscères (la rate, le foie) et les ganglions sont hypertrophiés dans la leucémie. De plus, si les gencives sont parfois tuméfiées, elles ne sont ni fongueuses ni ramollies comme dans le scorbut.

A la période d'état, le scorbut peut être confondu avec les maladies qui s'accompagnent d'hémorragies cutanées. Les fièvres éruptives à forme hémorragique se reconnaîtront facilement à la fièvre intense qui les accompagne, à leurs symptômes propres et à l'absence de stomatite fongueuse.

Le purpura simple qui ne s'accompagne pas de symptômes généraux ne peut être confondu avec le scorbut. Il n'en est pas de môme du purpura hœmorrhagica, ou maladie de Werlhotf. Certains auteurs (Jaccoud, en particulier) confondent ces deux maladies et les décrivent comme deux espèces d'un même genre morbide. Cliniquement, la maladie de Wcrlhoff peut être distinguée du scorbut par ses causes, par sa marche rapide, par l'absence de stomatite et d'épanchcment hémorragique dans le tissu cellulaire sous-cutané superficiel et profond.

Les formes atténuées qu'on observe dans certaines épidémies sont parfois d'un diagnostic difficile. On voit en effet certains malades, soumis aux causes ordinaires du scorbut, ne présenter aucun des symptômes caractéristiques de la maladie. Ils n'ont ni stomatite ni hémorragie superficielle ou profonde. Ils ont seulement l'état général des scorbutiques : la pâleur, le faciès spécial, la courbature musculaire généralisée, l'horreur du mouvement, parfois l'œdème des membres inférieurs. Presque tous ces malades guérissent quand ils sont mis au traitement antiscorbutique. Ces états morbides peuventils être mis sur le compte d'un scorbut anormal et doit-on admettre que toute la symptomatologie du scorbut puisse se réduire à des modifications de l'état général ?

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — L'anatomie pathologique du scorbut est mal connue. Les nombreuses lésions qui ont été décrites ne sont ni constantes ni spéciales à la maladie.

Les altérations du sang paraissent peu importantes et n'expliquent pas les hémorragies. Dans l'épidémie de scorbut de 1871, Hayem avait constaté que le sang était analomiquement normal. Les vaisseaux n'étaient pas altérés dans leurs parois, ni oblitérés par des <;oagulations. Hayem avait attribué les hémorragies à une dyscrasie

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chimique du sang. Celte dyscrasie chimique est inconnue dans sa nature. Certains observateurs (Magendie, Andral et Gavarrel) l'avaient attribuée à une moindre proportion de fibrine. Chalvet a montré que la fibrine, loin d'être diminuée était plutôt augmentée. Hayem a également vu que, sur les préparations de sang de scorbutique, le réseau fibrineux était notablement épaissi. Les globules rouges du sang sont diminués et les globules blancs légèrement augmentés. Les globules rouges ou blancs ne sont pas altérés.

On admettait autrefois, avec Lind, que le sang était d'une couleur noire foncée; cette couleur du sang n'existe pas toujours. Suivant Hayem, le sang n'est pas notablement altéré après la mort. Les caillots renfermés dans le cœur et les gros vaisseaux n'offrent rien de spécial.

Presque tous les organes peuvent présenter des foyers hémorragiques.

Abstraction faite des hémorragies, les lésions viscérales n'ont aucun caractère spécifique.

La rate, ordinairement normale, est quelquefois tuméfiée, diffluente et parsemée de foyers hémorragiques.

Le foie est parfois augmenté de volume. Il a l'apparence graisseuse. Les cellules peuvent être remplies de graisse.

Dans les poumons, on a signalé des foyers de pneumonie ou de gangrène pulmonaire.

Les cavités des séreuses renferment souvent des épanchements séreux ou hémorragiques.

Le cœur est fréquemment altéré. Son tissu est flasque et mou. Ses parois sont affaissées. La couleur rouge normale du myocarde est remplacée par une coloration grisâtre, feuille morte, en rapport avec les lésions des fibres musculaires. L'examen microscopique montre qu'un grand nombre de fibres sont altérées et contiennent de nombreuses granulations graisseuses et pigmentaires. Les valvules sont saines.

Les fibres musculaires sont, le plus souvent, profondément atteintes. Leurs lésions dépendent souvent des hémorragies musculaires. La plupart des fibres sont atrophiées; quelques-unes sont remplies de granulalalions graisseuses.

PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT. — Le scorbut peut être prévenu. Pour empêcher son développement, il est nécessaire de soumettre les équipages de navires et les troupes de guerre à l'alimentation mixte. Les hommes doivent, autant que possible, être nourris de végétaux frais et de fruits, sous quelque forme que ce soit (légumes verts, salades, oignons, fruits de toutes espèces). La pomme de terre, riche en potasse, est un excellent aliment antiscorbutique

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