ERYTHEMES DES MALADIES INFECTIEUSES
La scarlatine présente parfois, pendant la convalescence, une éruption qui a été considérée comme une récidive, mais, dans celle-ci, la fièvre fait souvent défaut et l'érythèrae est plutôt morbilliforme que scarlatinoïde.
Dans la fièvre typhoïde on observe une éruption spéciale {taches rosées lenticulaires) localisée à l'abdomen, mais qui peut quelquefois se généraliser; cette éruption n'est pas une complication, elle constitue un des signes caractéristiques de la maladie. Mais, au cours de la fièvre typhoïde, on peut voir survenir des érythômes, qui ont été bien étudiés par Forget, Raymond, Maurice Raynaud, Hutinel,etc. Ces érythèmes appartiennent aux différentes variétés de l'érythème polymorphe ; les diverses formes éruptives peuvent coexister ou se succéder chez le même sujet. L'éruption siège ordinairement sur les poignets, les coudes, les genoux, les fesses, plus rarement sur le tronc et la face ; elle est symétrique et dure peu. Elle se reproduit parfois, surtout dans les formes graves. A côté de ces érythômes bénins, Hutinel (1) a signalé des érythèmes pouvant entraîner la mort en deux ou trois jours ; l'éruption était précédée de l'apparilion d'aphtes et de fissures sur la langue et sur les lèvres. En même temps on observait de la prostration, des vomissements; la température atteignait 40° aux approches de la mort. P. Le Gendre (2) a rapporté un cas d'érythème scarlatiniforme desquamatif prolongé, survenu pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde, et qui fut suivi de mort.
Dans le choléra, h la période de réaction, on observe des érythèmes de bon augure, contrairement à ceux des autres maladies infectieuses, qui sont toujours d'un pronostic fâcheux. Tantôt semblables à la roséole, tantôt constitués par des papules aplaties, dans d'autres cas ils se présentent sous forme de plaques scarlatiniformes siégeant le plus souvent sur les membres.
Uinfection purulente et la septicémie peuvent donner lieu à toutes les formes d'érythèmes. On observe surtout un érythème diffus ou en larges plaques, pouvant se montrer dans toutes les suppurations. Dans l'infection puerpérale, c'est cet érythème qui constitue la scarlatinoïde puerpérale. On peut observer encore d'autres formes d'érythèmes : l'érythème morbilliforme, l'érythème papuleux, l'érythème noueux.
Les mêmes érythèmes s'observent dans Vendocardite ulcéreuse.
Dans la méningite cérébro-spinale épidémique, il survient parfois -un érythème qui affecte la forme de roséole.
Dans la diphtérie hypertoxique, on rencontre souvent un érythème ■diffus ou rubéoliforme, devenant facilement hémorragique. Signalé par Germain Sée, cet érythème est toujours d'un pronostic très grave,
(1 IIuTiNiîi,, /trc/i çfén. de mdd., septembre et octobre 1892, '2 P. Le Gendub Soc. méd. des hôp., 24 mars 1893.
surtout lorsqu'il se montre à une période avancée de l'infection diphtérique.
Les angines à streptocoques peuvent aussi présenter des érythèmes, mais qui sont toujours d'un pronostic bénin.
Enfin la blennorragie^ en dehors des cas où les malades ont pris du copahu, peut parfois produire des érythèmes polymorphes, à la fois maculeux et papuleux, ou des érythèmes scarlaliniformes.
La roséole syphilitique et les diverses variétés d'érylhème, dans la syphilis, sont étudiées dans une autre partie de cet ouvrage (1).
M. Mauriac a décrit un érythème noueux syphilitique comme manifestation précoce de la syphilis, mais, pour la plupart des auteurs, ce n'est là qu'une pure coïncidence, c'est un simple érythème noueux survenant peut-être à l'occasion de la syphilis.
Pour M. Hutinel la plupart des érythèmes qui se montrent parfois dans le cours de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, des angines infectieuses, ne sont pas sous la dépendance immédiate de ces maladies, mais sont dus à une infection secondaire qui aggrave la maladie. Hutinel n'a point trouvé de microorganismes dans le sang, mais il a remarqué que tous les enfants atteints d'érythème ont présenté des fissures sur les lèvres, des ulcérations buccales ou pharyngées, au niveau desquelles il a découvert des microorganismes, parmi lesquels dominaient des streptocoques. Ces érythèmes seraient d'origine toxique et produits par la résorption des toxines élaborées par ces streptocoques.
Le traitement est le même que celui de Vérylhème polymorphe rhumatismal.
Les éruptions de cause externe sont dues à l'irritation produite sur la peau par les agents extérieurs, tels que la chaleur rayonnante, le soleil, l'électricité, le froid, la pression continue, les substances irritantes.
Érythème igné. — Il est déterminé par la chaleur rayonnante excessive; il se montre sous la forme d'une rougeur diffuse, avec tuméfaction et cuisson de la peau, et se termine par desquamation. On l'observe chez les ouvriers exposés à un feu intense, les forgerons,, les fondeurs, les souffleurs de verre, les chauffeurs.
Sous l'action continue et prolongée du calorique, il devient chronique et offre alors l'aspect suivant : la peau est d'un rouge brunâtre, épaissie, indurée, fendillée et présente des marbrures caractéristiques, qui siègent sur les parties exposées au feu, à la face,.
(l) Baizer, article Syphilis, in Tfailé de médecine, t II.
sur les mains et les avant-bras. II peut s'observer à la face interne des cuisses, chez les femmes qui ont l'habitude de se servir de chaufferettes.
Érythème soLAmE ou coup de soleil. — Il présente le même aspect que l'érythôme igné : même rougeur, même cuisson, même desquamation au bout de deux ou trois jours; dans les cas intenses, il peut y avoir production de phlyctènes.
Chez les marins, sous l'influence du soleil et de l'air salé, il se produit sur le visage des taches pigmentaires étalées, diffuses, connues sous le nom de hâle. La lumière électrique peut aussi causer un érythème comme la lumière solaire.
Érythème pellagreux. — Nous signalons seulement l'érythème spécial qu'on observe chez les pellagreux (Voy. l'article Pellagre).
Dans toutes ces éruptions, on emploiera comme traitement soit des poudres calmantes, soit des lotions émollientes.
Hydroa vacciniforme. — Certains sujets ne peuvent s'exposer aux rayons du soleil, surtout au printemps et en été, sans voir leur figure couverte de vésiculo-pustules ombiliquées spéciales. Cette éruption a été décrite par Bazin en 1862, par Hutchinson en 1888 sous le nom de mimmer eruplion, puis par divers auteurs ; Bovs^en (1) et Brocq (2) en ont publié récemment de nouveaux cas. Cette affection survient surtout chez les enfants et peut récidiver plusieurs fois pendant l'été ; elle disparaît à l'âge adulte. Chaque poussée a une durée de une à plusieurs semaines et se montre sur le visage, les oreilles, la nuque, la face dorsale des mains et des pieds, lorsque ces derniers sont découverts. Elle est caractérisée par des vésicules opalines, qui reposent sur une base rouge ; parmi ces vésicules, les unes se rompent ou se dessèchent pour disparaître, les autres deviennent ombiliquées et simulent des pustules de variole; les croûtelles tombent au bout de six à quinze jours, en laissant une cicatrice varioliforme, indélébile. Le traitement est surtout prophylactique et consiste à protéger le visage à l'aide de pommades et surtout par l'emploi de voiles rouges ou jaunes.
Érythème pernio ou engelure. — Le froid peut aussi, comme ]a chaleur, occasionner un érythème, caractérisé par une rougeur de la peau, avec tuméfaction du derme et quelquefois du tissu cellulaire sous-cutané. Cet érythème produit une cuisson très vive, qui se réveille surtout quand le malade passe du froid au chaud ; il siège principalement aux doigts, aux orteils, aux talons, aux oreilles, sur les joues, sur l'extrémité du nez, en un mot dans les régions ou la circulation est moins active. Au niveau de l'engelure, on peut voir survenir des bulles, des fissures, des ulcérations très doulouieuses, rebtelles et longues à se cicatriser. L'érythème pernio simple se
(1) BowEN, Journal of culaneous disaases, mars I89i,
(2) BnocQ, Bull, de la Soc. de dermal., 3 août 1894.
termine par desquamation. Chez les sujets lymphatiques, il peut devenir chronique, ou au moins récidiver tous les hivers.
L'engelure sera traitée soit par des bains préparés avec une décoction de feuilles de noyer, soit par des lotions quotidiennes avec une solution de chlorhydrate d'ammoniaque à 1/10. La nuit on appliquera la pommade suivante : glycérolé d'amidon, 50 grammes ; tannin, 50 centigrammes et on poudrera par-dessus avec une poudre inerte. Les engelures ulcérées seront pansées avec la vaseline boriquée. Enfin on instituera chez les lymphatiques un traitement tonique {huile de foie de morue, fer, sirop iodo-tannique).
Érythème paratrime. — On l'observe chez les malades condamnés à un décubitus prolongé dans les paralysies, dans les fièvres typhoïdes de longue durée, etc. Il est favorisé par l'action irritante des déjections. Il siège aux fesses et à la région sacrée, aboutit souvent à des ulcérations et à des escarres.
Éruptions par irritants d'origine animale. — Des érythèmes peuvent être produits par la piqûre ou le contact de certains animaux (Voy. Parasites animaux). Nous signalerons seulement l'éruption spéciale observée chez les dévideuses de cocons et caractérisée par des vésicules qui siègent entre les doigts, principalement entre le pouce et l'index.
Intertrigo. — L'irritation produite par la sécrétion cutanée, sur les points où la peau se trouve en contact avec elle-même, détermine Vérythème intertrigo. Celui-ci s'observe surtout aux plis inguinaux, aux plis cruro-scrotaux et cruro-vulvaires, dans le pli interfessier, dans les creux axillaires et sous les mamelles tombantes des femmes grasses, partout où les sécrétions cutanées peuvent séjourner et s'altérer. L'intertrigo se caractérise au début par une rougeur vive, occupant surtout le fond du pli cutané, moins marquée sur les bords de la surface érythémateuse ; l'altération des sécrétions cutanées produit une odeur spéciale, l'épiderme est parfois macéré, et il peut même se faire des excoriations avec suintement séro-purulent. Chez les diabétiques l'intertrigo présente un aspect spécial, bien décrit par le professeur Fournier; il siège surtout au prépuce, au gland, sur les grandes lèvres, régions en contact avec l'urine sucrée. En plus de l'érythème, il y a aussi une éruption eczématiforme, qui se recouvre de croûtes, due à l'action irritante de l'urine sucrée altérée, et favorisée chez les diabétiques par la mauvaise nutrition de la peau.
Érythèmes des nouveau-nés. — Ce sont, comme l'intertrigo, des éruptions de cause externe, produites par l'irritation de la peau sous l'influence de l'urine et des matières fécales, entretenues par le défaut de soins de propreté, favorisées par la nutrition défectueuse de la peau et le mauvais état général des enfants athreptiques. Siégeant le plus souvent sur les fesses et les cuisses, cet érythème peut s'étendre aux jambes et même aux pieds; il se manifeste par une rougeur très vive, suivie de desquamation et parfois d'exco-
rîations superficielles ou même d'ulcérations. Seveslre et Jacquet ont étudié une variété spéciale d'érythème infantile, qui a été souvent prise pour une des manifestations de la syphilis héréditaire (Parrot l'appelait syphilide lenticulaire) et qui se montre sous deux formes : la forme vésiculeuse et la forme lenticulaire. Cet érythème siège également aux fesses, au périnée, sur les parties génitales et peut s'étendre aux cuisses et aux jambes. La forme vésiculeuse débute par de petites vésicules qui se dessèchent en laissant des taches rouges, isolées ou confluentes sous forme de plaques ; ces taches peuvent s'excorier et même s'ulcérer. La forme lenticulaire, qui est consécutive à la précédente, est caractérisée par des papules lenticulaires, lisses, -à centre déprimé, un peu suintant, d'un rouge brunâtre ou violacé ; -entre ces papules on trouve des vésicules n'ayant pas encore subi la transformation papuleuse, des taches brunâtres, vestiges des papules affaissées, des érosions et même des ulcérations plus ou moins profondes, plus ou moins irrégulières par confluence des éléments entre eux. Cette forme simule d'une façon frappante les syphilides papuleuses et papulo-érosives ; c'est pourquoi Jacquet lui a donné le nom de syphiloïde post-érosive.
Parfois cet érythème rappelle l'éruption de la vaccine ; cette forme a reçu le nom d'herpès vacciniforme ou à'érijthème vaccini forme syphiloïde. (Fournier.)
Tous les érythèmes des nouveau-nés ont été souvent pris pour des syphilides ; ils s'en distinguent en ce que les lésions sont localisées autour des parties génitales, qu'il n'y a pas d'autres signes de syphilis héréditaire et que l'éruption guérit en dix ou quinze jours à l'aide d'un traitement très simple, tandis qu'il n'en est pas de même pour les syphilides.
Le traitement de l'intertrigo consiste dans des soins de propreté minutieux. Dès que l'inflammation sera calmée, on y joindra des lotions émollientes ou plutôt astringentes, faites avec de l'eau de feuilles de noyer; puis on saupoudrera soit avec de la poudre d'amidon, soit avec un mélange de talc et d'oxyde de zinc (40 parties du premier pour 10 parties du second), et on interposera dans les plis de la peau, entre les surfaces cutanées, un linge de toile fine. Si les démangeaisons sont très vives, on ajoutera un peu de camphre à la poudre calmante. On emploiera le même traitement dans les érythèmes des nouveau-nés; on prescrira de plus une alimentalion exclusivement lactée.
Éruptions , PAR irritants végétaux. — En dehors des parasites végétaux, qui seront décrits dans des articles spéciaux, nombreux •sont les végétaux qui déterminent des érythèmes. Les oranges amères produisent, chez les ouvriers qui les pèlent, de l'érythème et même des vésicules et des pustules; la canne de Provence, chez ceux qui la travaillent, de l'érythème, des vésico-pustules, des exulcérations,
des croûtes ; le lin, une éruption eczématiforme. Nous renvoyons, pour cette étude, aux ouvrages de White et de Morrow.
Éruptions par irritants chimiques. — Toutes les substances chimiques, tirées du règne minéral ou du règne végétal, peuvent produire des éruptions. La teinture d'arnica, appliquée pure ou en solution concentrée, cause de l'éry thème et même des papules et des vésicules. La quinine, chez les ouvriers qui la préparent, produit de l'érythème, des vésicules, des pustules. L'éruption causée par le thapsia est bien connue; à la face elle peut simuler un érysipèle. L'application des pommades mercurielles, de la liqueur de Van Swieten détermine fréquemment des érythèmes et quelquefois des éruptions eczématiformes; de même les pommades à l'acide pyrogallique, à l'acide salicylique, à l'acide chrysophanique. Ces érythèmes sont simples ou scarlatiniformes, semblables à la dermatite exfoliatrice ; parfois ce sont des éruptions non seulement vésicobuUeuses mais pustuleuses.
L'application de l'iodoforme en poudre ou en pommade peut donner lieu à une éruption localisée, rouge, avec production de vésicules, qui se généraUse quelquefois. L'arsenic détermine, chez les ouvriers employés à la fabrication des couleurs arsenicales, de l'érythème, des vésicules, des pustules, des ulcérations siégeant sur le visage, surtout à l'angle des lèvres, sur la cloison des fosses nasales dont elles produisent souvent la nécrose, sur les mains et les bourses, où elles ont été prises pour des plaques muqueuses.
M. Leloir a décrit des folliculites et des périfolliculites, occasionnées, chez les fîleurs et les rattacheurs de laine, par l'huile des machines.
Enfin la térébenthine, l'huile de cade (acné cadique), le goudron, le pétrole, le savon impur, le sucre, l'acide phénique, le salol, le bichromate de potasse, l'aniline, qui sert à colorer certains vêtements, etc., donnent lieu à des éruptions.
Éruptions PROFESSIONNELLES. — On les observe chez les boulangers, les épiciers (gale des épiciers), les maçons, les teinturiers, les droguistes, les fabricants de papiers peints, les tanneurs, etc. Mais, le plus souvent, il s'agit dans ces cas d'un eczéma ou d'une autre dermatose d'origine diathésique, développée chez des sujets prédisposés, à la suite d'irritations répétées de la peau.
Le point capital est de supprimer la cause première de l'éruption, puis on prescrira des lotions émollientes, des bains d'amidon, des poudres calmantes. On évitera l'application des pommades, qui souvent ne font qu'irriter la peau davantage.