‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 89 sur 173 · ÉRUPTIONS MÉDICAMENTEUSES ET ALIMENTAIRES · texte numérisé non relu

ÉRUPTIONS MÉDICAMENTEUSES ET ALIMENTAIRES

OU des pustules associées à la rougeur érythémateuse; parfois l'éruplion prend le caractère de l'urticaire ou devient hémorragique. Ce sont donc des érythèmes polymorphes, tout comme l'érythème rhumatismal, idiopathique.

Dans leur pathogénie, deux points sont à considérer : d'abord le médicament en lui-même, et puis surtout la prédisposition individuelle, qui est tellement singulière que certaines personnes ne peuvent supporter la plus petite dose de ce médicament sans voir apparaître une éruption. Cette prédisposition est souvent sous la dépendance d'une cause inconnue, mais parfois elle tient au défaut <le perméabilité du rein. Il est donc important, avant d'administrer un médicament à un malade, d'examiner ses urines tant au point de vue de l'albumine que de la quantité d'urée éliminée. Nous allons énumérer les principaux médicaments avec les diverses éruptions qu'ils provoquent.

L'acide salicyliqiie et le salicylale de soude produisent des érythèmes diffus, rubéoliformes ou scarlatiniformes.

Uantipyrine peut donner lieu à des érythèmes en plaques, siégeant particulièrement sur les membres, ou à des érythèmes rubéoliformes ou scarlatiniformes. Ces érythèmes se terminent assez rapidement par desquamation.

Le nitrate d'argent, longtemps administré, donne à la peau une coloration d'un gris brunâtre avec reflets bleus, due à un dépôt d'argent dans la couche papillaire du derme.

L'arsenic produit des érythèmes de toutes formes, papuleux, vésiculeux (éruption zoniforme) ou huileux et môme pustuleux. Ce sont là des faits rares. Une forme spéciale de dermatose, due à l'arsenic, consiste en taches jaunâtres, de coloration bistre. L'intoxication chronique par l'arsenic peut produire de la kératodermie à la paume des mains et à la plante des pieds.

La belladone, le datura stramonium, la jiisquiame peuvent donner lieu à des érythèmes tantôt simples, tantôt d'aspect scarlatiniforme.

Les bromures causent des éruptions acnéiques ressemblant à l'acné ordinaire. En outre on observe, soit l'érythème vrai, soit l'érythème papuleux qui peut se compliquer de vésicules et de pustules. Parfois, surtout chez les jeunes enfants, les bromures déterminent des sortes de tubercules géants, d'un rouge bistre, simulant des pla(jues muqueuses hypertrophiques, et d'une durée parfois fort longue. Les éruptions bromiques comptent parmi les plus graves des toxicodermies. On peut quelquefois obtenir la tolérance des bromures, en pratiquant en même temps l'antisepsie intestinale. (Féré.)

Le chloral produit un érythème, qui se présente sous forme de larges plaques rouges, siégeant sur la face ou sur les membres, rarement généralisées, quelquefois hémorragiques.

La cinchonine, la quinine déterminent très rarement de la roséole, qui se localise surtout à la face et au cou.

Le copahu, le cubèbe, le santal, la térébenthine causent des én*thèmes qui sont tantôt localisés, tantôt généralisés, La première forme, caractérisée par des taches rouges, saillantes, prurigineuses, siégeant au pourtour des articulations des poignets, est une érupliou très bénigne, qui disparaît au bout de trois ou quatre jours par résolution. Dans la forme généralisée, les taches sont confluentes, occupent presque toute la surface du corps, môme la face, qui pst rouge, œdématiée. On peut observer, à la suite de l'absorption des balsamiques, toutes les variétés del'érythème polymorphe, depuis les taches rouges jusqu'aux érythèmes papuleux, huileux, orlié, hémorragique. L'érythème balsamique généralisé peut envahir les muqueuses de la bouche, du pharynx, du larynx, et, dans ce dernier cas, déterminer de l'œdème de la glotte et gêner considérablement la respiration.

Les iodures alcalins et surtout Viodure de potassium peuvent provoquer des érythèmes, souvent accompagnés des autres symptômes de l'intoxication iodique, coryza, larmoiement, angine érythémateuse. Toutes les formes éruptives ont été observées isolément ou associées les unes aux autres, mais surtout Vacné et le purpura iodiques. L'acné iodique est caractérisée par des pustules siégeant à la face et au cou, dues à l'inflammation des glandes sébacées par lesquelles s'opère l'élimination de l'iode. Le purpura iodique, d'ailleurs bénin, s'observe surtout aux membres inférieurs ; dans certains cas on peut le voir disparaître ou prévenir son retour, si l'on administre au malade, en même temps que l'iodure, du tannin sous forme d'extrait de ratanhia. On a encore siiçualé la production, sons l'influence des iodures, d'espèces d'indurations rouges et douloureuses, ressemblant de loin au mycosis fongoïde, qui suppurent parfois en un ou plusieurs points et qui forment alors des végétations assez analogues à celles du pcmphigus végétant.

Le mercure et ses sels déterminent un ensemble d'éruptions auxquelles on donne le nom général d'hydrargyrie. L'idiosyncrasic joue ici un grand rôle. Cette idiosyncrasie, de nature inconnue et sans lésion rénale, fait que certains individus sont également sensibles à l'administration interne et aux applications externes des préparations mercurielles. Malgré cette susceptibilité, on ne doit pas renoncer à leur administrer du mercure ; mais, étant donné qu'il est mal toléré, qu'il peut produire chez eux, aux plus petites doses, des effets médicamenteux semblables à ceux constatés chez d'autres malades avec des doses plus fortes, on procédera par doses minimes que l'on élèvera peu à peu.

On décrit, depuis Alley, trois formes d'hydrargyrie : 1° une forme bénigne; 2° une forme fébrile, 3" une forme maligne. — La forme bénigne, la plus fréquente, est constituée par un éry thème siégeant

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à la partie inférieure de l'abdomen, sur le scrotum et à la face interne des cuisses. Cette rougeur se complique quelquefois de soulèvement de la peau, sous forme de vésicules constituant ce qu'on a appelé ïeczéma mercuriel. Cette éruption cause des démangeaisons vives, mais n'est pas accompagnée de fièvre et disparaît en donnant lieu à une légère desquamation. — La forme fébrile succède à la précédente, dans les cas où on a continué le traitement mercuriel, malgré l'apparilion de l'érythème. Mais elle peut s'établir d'emblée; elle est accompagnée de fièvre, d'embarras gastrique et peut présenter deux variétés d'éruption : l'une localisée, l'autre généralisée. La première est constituée par des plaques rouges, qui se recouvrent de vésicules ou de pustules donnant des croûtes jaunâtres analogues à celles de l'eczéma impétigineux. La seconde se manifeste par un érythème scarlatiniforme généralisé à toute la surface du corps et même à la face, qui devient le siège d'un gonflement particulier; sur cet érythème se développent quelquefois des vésicules, et des pustules. L'éruption peut envahir la muqueuse de la bouche et celle du pharynx; elle est suivie d'une desquamation abondante, surtout aux mains et aux pieds, et ressemble beaucoup à la dermatite exfoliatrice. — La forme maligne, qui n'est que l'exagération de la forme précédente, est rare et a été surtout vue en Angleterre. Elle apparaît lorsqu'on continue d'une façon inconsidérée l'usage du mercure. L'éruption est d'une rougeur livide, couverte de vésicules, de bulles, rapidement purulentes et sanguinolentes ; elle s'accompagne de stomatite mercurielle à tendance gangreneuse. L'état général est très grave, la température peut s'élever à 40° et le malade succombe le plus souvent à l'intoxication mercurielle.

Les préparations d'opium et la morphine produisent tantôt des érylhèmes simples, tantôt des érythèmes papuleux, tantôt des érylhèmes scarlatiniformes.

Le sei^r/ee/'^o/é peut déterminer des plaques rouges érythémateuses, limitées, suivies de gangrène cutanée à marche rapide.

Éruptions alimentaires. — Les poissons de mer, les coquillages, les crustacés, la charcuterie, le gibier faisandé, les fromages salés et fermentes, le café, le thé, les alcools peuvent déterminer des poussées d'érythème, d'acné, d'urticaire, etc. (Voy. Urticaire, p. 70 i). Selon Juhel-Rénoy (1), la viande de porc avariée serait capable de produire, après ingestion, une éruption soit roséolique, soit scarlatiniforme, soit orliée, soit polymorphe; mais cette étiologie a été contestée.

Le diagnostic des toxicodermies est très facile avec l'aide des commémoratifs ; sinon il est insoluble. En tout cas, en présence d'une éruption polymorphe ou scarlatiniforme de nature douteuse, il

(1) JuHEL-RÉNCTY, Soc. méd. des hôp., 2 juin 1893.

faut toujours s'informer si le malade a pris quelque substance médicamenteuse, ou ingéré quelque aliment nuisible.

On supprimera d'abord le médicament, puis on prescrira du lait, des diurétiques et des laxatifs. Contre les éruptions sèches on emploiera les applications émollientes ; contre les formes humides les poudres inertes.

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