‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 92 sur 173 · URTICAIRE. — DESCRIPTION · texte numérisé non relu

URTICAIRE. — DESCRIPTION

Les plaques ortiées sont produites par un œdème congestif aigu de la peau ; dans certains cas, l'œdème prédomine sur les phénomènes congestifs pour former ïurticaire œdémateuse. Celle-ci siège dans les régions pourvues d'un tissu cellulaire lâche, aux paupières, aux lèvres, au prépuce, au scrotum ; chez la femme, il peut y avoir de l'œdème des grandes lèvres, de l'orifice du vagin et du méat urinaire. A la région anale l'œdème peut simuler l'existence d'un bourrelet héraorroïdal(l).

Dans quelques cas très rares, l'exsudation vasculaire est plus abondante encore et soulève l'épiderme sous forme de bulles {urticaire huileuse) ; les bulles déchirées donnent lieu à des croûtes qui finissent par tomber et laissent quelquefois après elles une certaine pigmentation. Enfin la congestion, parfois très intense, peut déterminer la rupture de quelques capillaires [urticaire hémorragique) ; autour des plaques existe un cercle rouge, sanguin, qui passe plus tard par toutes les teintes de l'ecchymose.

LJRTiCAmE INTERNE. — L'urticaire peut aussi se montrer sur les muqueuses buccale et nasale, sur les muqueuses du pharynx, du larynx et même des voies aériennes. Dans la bouche et le pharynx l'éruption se présente sous forme de plaques rouges, saillantes, avec œdème considérable, marqué surtout à la langue, au voile du palais, à la luette ; sur les replis du larynx, elle détermine une sorte d'œdème de la glotte donnant lieu à des phénomènes d'asphyxie. Gueneau de Mussy (2) a décrit des alternances d'urticaire cutanée et d'asthme, asthme qui serait produit par l'apparition d'urticaire sur la muqueuse bronchique; mais cet asthme n'est pas l'asthme essentiel, c'est une dyspnée symptomatique de l'éruption interne. Gueneau de Mussy a voulu aller plus loin; pour lui les vomissements, la diarrhée, qui précèdent parfois l'éruption cutanée, seraient dus à l'urticaire des voies digeslives. Cette urticaire n'a jamais été constatée; les troubles gastro-intestinaux sont seulement les premiers symptômes de l'intoxication qui produit en même temps l'urticaire. Dans d'autres cas, ces troubles digestifs ne précèdent pas l'apparition de l'urticaire à la surface de la peau, mais alternent avec cette dermatose; ils sont alors, ainsi que l'urticaire, des manifestations parallèles de l'arthritisme.

URTiCAmE AUTOGRAPniQUE. — Cette éruption est déterminée par un attouchement même léger, chez des sujets dont la peau est impressionnable comme toute leur personne, chez des sujets nerveux qui ont ou n'ont pas des attaques d'hystérie franche, mais atteints le plus souvent d'hystérie larvée ; elle a été étudiée par Dujardin-Beaumctz, Chouel, Mesnct et Barthélémy.

Si on promène le doigt ou une pointe émoussée sur la peau, on ■voit les parties touchées se soulever aussitôt sous forme de saillies

(1) Voy. E. Gaucher, Leçons sur les maladies de la peau, 1895.

(2) Gueneau de Mussy, Des endodermoses, 1879.

TllAITÉ DE MÛDECINB. III. 45

rouges ; on peut ainsi tracer des lignes, des lettres, des dessins de toutes sortes. Ces saillies, d'abord rouges, deviennent ensuite roses, puis blanches à mesure qu'elles augmentent ; la peau qui les entoure prend une teinte érythémateuse. Ces élevures durent parfois plusieurs heures, puis s'affaissent et disparaissent. L'urticaire autographique ne produit aucune démangeaison.

Urticaire chronique. — Elle présente les mêmes aspects quel'urticaire aiguë et est caractérisée par ce fait qu'elle se renouvelle tous les jours ou plusieurs fois par jour pendant très longtemps. Tantôt exclusivement diurne, tantôt nocturne, elle peut se produire au moindre changement de température; elle apparaît quelquefois régulièrement le matin et le soir, au moment du lever et du coucher. La maladie peut durer des mois, même des années; elle persiste en dépit de tout traitement et peut amener une sorte de dépérissement, dû aux démangeaisons continuelles, à la perte du sommeil et de l'appétit.

Outre cette forme chronique, il existe une variété d'urticaire intermil lente, qui est une manifestation de l'impaludisme {febris inlermillens articatade J . Frank). Cette dernière est justiciable du sulfatede quinine.

Urticaire pigmentée ou pigmentaire. — Cette forme, qui est sansdoute une maladie spéciale, a été décrite pour la première fois par NctMeship (1867), puis étudiée par Colcott Fox et d'autres auteurs, enfin par P. Raymond (1). Elle apparaît en général dans la première enfance, quelques mois après la naissance ; cependant on l'a vue commencer chez des adolescents. Besnier en a observé deux ca^ chez l'adulte. Elle est constituée par des taches ou des plaques plus ou moins saillantes, analogues à celles de l'urticaire, d'une couleur rosée au début ; d'après la saillie plus ou moins prononcée des éléments éruptifs, on distingue trois formes de la maladie : 1"* une forme maculeuse, représentée par des taches ; 2° une forme nodulaire, forméepar de larges papules; 3° une forme mixte réunissant les deux variétésprécédentes. Ces taches ou plaques, de dimensions variables, déforme arrondie ou ovalaire, siègent sur toute la surface du corps, sur le tronc, sur les membres et sur la face. Elles s'affaissent nu bout de quelque temps, mais laissent après elles une pigmentation d'abord jaune, puis brunâtre, tout à fait caractéristique. L'éruption se faif par poussées soit subintrantes, soit séparées par un certain intervalle, de sorte que l'on rencontre sur un même sujet, à la fois, des éléments orties récents et des taches pigmentaires. De plus il se fait, de temps en temps, des poussées érythémateuses, soit au niveau des taches, soit sur la peau saine, spontanément ou par suite des grattages ; cette urticaire est en effet très prurigineuse. Il se produit même parfois, sur les plaques, des vésicules et des bulles de faibles»

{1^ P Raymond Th. de Paris.

URTICAIRE. - ETIOLOGIE. 707

dimensions. Pendant un an environ surviennent des poussées successives, puis apparaît une longue phase de régression durant laquelle la pigmentation finit par disparaître, sans laisser de cicatrices. La maladie dure ainsi de huit à dix ans. L'étiologie est tout à fait inconnue. L'étude microscopique a montré dans le corps papillaire la présence de vaisseaux dilatés et, dans la partie moyenne du derme, une agglomération de cellules à caractères spéciaux [Mastzellen) ; la coloration des plaques est due à ces cellules, à des cristaux d'hématine situés dans les papilles et à la pigmentation des cellules de Malpighi.

DIAGNOSTIC. — Le diagnostic de l'urticaire est très facile : la saillie des plaques, la disparition le plus souvent rapide de l'éruption, les violentes démangeaisons qui l'accompagnent ditïerencieront l'urticaire de toutes les variétés d'érythème; toutefois on n'oubliera pas qu'il existe un érythème ortie, qui constitue comme une transition entre les érythèmes et l'urticaire. De plus, l'urticaire s'observe souvent unie à d'autres dermatoses, telles que ladcrmatiteherpéliforme (pemphigus prurigineux), le prurigo chronique. Le diagnostic entre l'urticaire et î'érysipèle de la face est quelquefois plus délicat : dans l'urticaire il y a une tuméfaction œdémateuse avec rougeur peu marquée ; celleci au contraire est plus vive dans I'érysipèle et fait sur les bords de la plaque une saillie caractéristique, la fièvre est plus intense, il y a des phénomènes généraux, des engorgements ganglionnaires, qu'on n'observe pas dans l'urticaire.

AN ATOMIE PATHOLOGIQUE. —D'après Renaut (de Lyon), Vidal, Rindlleisch, l'urticaire est une sorte d'œdème aigu du corps papillaire avec congestion des papilles ; celle-ci est plus marquée encore que dans les érythèmes. Renaut a réussi à provoquer, dans certains cas, une urticaire artificielle en injectant, à l'aide d'une seringue de Pravaz, quelques gouttes d'eau dans le derme. La coloration blanche au centre de l'urticaire est due à l'extravasation séreuse qui comprime les vaisseaux et produit l'anémie du centre de la plaque, tandis que la rougeur des bords tient à l'hyperhémie collatérale.

ETIOLOGIE. — L'urticaire est produite par des troubles vasomoteurs. Ceux-ci peuvent être provo(iués par des agents extérieurs; c'est ce qu'on observe dans l'éruption déterminée par le contact des orties, de certaines chenilles, des méduses, par les piqûres de punaises )urlicaire de cause externe). Le mOme trouble de l'innervation vasomotricepeutrésulterd'une intoxication, qui peut ôtrede nature alimentaire, de nature médicamenteuse, de nature infectieuse. Enfin, il y a dos urticaires qui sont dues à un trouble primitif du système nerveux.

L'ingestion de moules, d'huîtres, de poissons de mer, d'écrevisses, de charcuterie détermine chez certains sujets de l'urticaire; il y a

même des personnes tellement susceptibles qu'elles ne peuvent manger des fraises, des œufs, etc., boire de l'eau de Seltz, du Champagne, de la glace, sans voir apparaître une éruption ortiée. Dans ce cas, l'urticaire est souvent précédée de vomissements, de diarrhée, qui sont les premiers signes de l'intoxication. Cette intoxication a été attribuée à la présence de ptomaïnes contenues dans les aliments ingérés. Bouchard a signalé la fréquence de l'urticaire chez les personnes atteintes de dilatation de l'estomac; l'éruption serait due dans ce cas à la résorption des produits de fermentation provenant de l'estomac dilaté.

L'urticaire médicamenteuse peut succéder à l'ingestion de certaine médicaments, tels que les balsamiques, le chloral, etc.

Dans certaines maladies infectieuses, dans la variole, dans la diphtérie maligne, on observe des éruptions ortiées ; dans la fièvre typhoïde on a vu quelquefois apparaître de l'urticaire vers le deuxième septénaire. L'impaludisme peut également donner lieu à l'urticaire, sous deux formes différentes : tantôt l'éruption accompagne les accès fébriles; tantôt elle les remplace, c'est alors une fièvre larvée, justiciable du sulfate de quinine. Toutes ces urticaires sont dues à l'absorption de produits solubles d'origine infectieuse.

L'urticaire due à la pénétration du liquide d'un kyste hydatique dans le péritoine, doit être rapprochée des urticaires toxiques ; après la ponction d'un kyste ou la rupture spontanée de celui-ci dans la cavité péritonéale, il n'est pas rare de voir se produire une éruption orliée.

Les urticaires d'origine nerveuse, sont surtout celles qui surviennent À la suite d'une émotion vive ou d'une colère. Dans le même groupe on peut ranger les éruptions qui se développent à la suite d'un simple attouchement de la peau, dont le type est l'urticaire autographique ; on peut aussi ranger les urticaires d'origine réflexe, surtout d'origine utérine (Scanzoni).

Mais au-dessus de toutes ces causes, il faut placer V influence diathésique, le neuro-arthritisme ; car tel aliment ou tel médicament ne donnent d'urticaire que chez des gens prédisposés.

TRAITEMENT. — Si l'urticaire est occasionnée par une cause extérieure, par un aliment ou un médicament, il faut supprimer la cause irritante, proscrire l'aliment ou le médicament nuisibles. Dans le cas d'intoxication alimentaire, on ordonnera un purgatif léger et on fera de l'antisepsie intestinale à l'aide de cachets de salicylate de bismuth ou de magnésie et de benzo-naphtol, suivant que la diarrhée persistera ou non. On prescrira des alcahns ; on traitera la dilatation de l'estomac, s'il y a lieu. Le régime lacté a parfois donné de bons résultats.

Localement on proscrira les bains et on recommandera de faire, sur les plaques, des lotions d'eau chaude, additionnée d'un tiers de vinaigre, ou d'eau phéniquée à 1/100 ; on poudrera par-dessus, sans essuyer,

PITYRIASIS ROSE OU ROSÉOLE SQUAMEUSE. 709

avec delà poudre d'amidon ou avec de la poudre de talc à laquelle on pourra incorporer un peu de poudre de camphre ou de menthol. Enfin, en cas d'insuffisance du traitement local, on essayera de calmer les démangeaisons trop vives à l'aide des préparations de valériane.

Dans l'urticaire chronique, on pourra employer le sulfate de quinine ; on le continuera pendant quelque temps, mais ce médicament n'agit efficacement que dans la forme palustre.

Les eaux minérales recommandées sont Néris et Royat, contre le nervosisme et l'arthritisme.

Dans l'urticaire des voies aériennes, avec dyspnée ou accès asthmatiformes, on prescrira le sirop d'éther ou la liqueur d'Hoffmann.

PITYRIASIS ROSÉ OU ROSÉOLE SQUAMEUSE.

DESCRIPTION. — Décrite pour la première fois par Gibert, celle dermatose est bien distincte des autres formes de pityriasis par ses caractères de pseudo-exanthème.

C'est une éruption érythémato-squameuse, qui, en général, débute sans prodromes ; très rarement il y a une légère élévation de la température, un peu d'embarras gastrique, un certain malaise.

D'après Brocq, une plaque unique paraîtrait d'abord, et resterait seule, en progressant pendant huit à dix jours au plus, puis serait suivie de l'éruption généralisée. Celle-ci est alors caractérisée par des taches isolées, à peu près arrondies, de la dimension de l'ongle, et de couleur rosée, s'efïaçant momentanément par la pression. Celte forme, la plus commune, est lepilyriasis maculata.

Une autre forme, à éléments plus grands, caractérisés par des anneaux complets ou incomplets, au centre desquels la peau est saine, est \e, pityriasis circinata. Ce dernier n'est qu'un pityriasis macula la guéri au centre de chaque élément et dont la périphérie persiste. (Hillairet.)

Pour Vidal, la tache n'existe pas d'emblée ; elle serait précédée d'une papule lenticulaire que nous avons pu conslater également. Celle-ci s'affaisse le lendemain ou le surlendemain.

La rougeur de l'éruption diminue rapidement, sans toutefois disparaître, et des squames se montrent sur les taches. De petites dimensions, ces squames se détachent facilement au centre, mais sont plus adhérentes à la périphérie. Les taches augmentent d'étendue en prenant des formes plus ou moins régulières, restant le plus souvent isolées, quelquefois devenant coniluentes. L'éruption se fait \>iir poussées successives, de sorte que l'on voit sur le corps du malade des taches d'aspecl différent.

Le pityriasis rosé débute sur le cou, le haut de la poitrine, les épaules, puis s'étend de haut en bas sur les bras, sur l'abdomen, les cuisses et les jambes. 11 ne s'accompagne que de légères démangeaisons.

Au bout de quinze jours, la tache rosée devient jaunâtre, puis pâlit, ne desquame plus et disparaît au bout de cinq semaines; mais, comme il y a plusieurs poussées, la maladie peut durer deux mois et même plus.

Le pronostic de cette dermatose est toujours bénin.

ETIOLOGIE. — L'éliologie est inconnue. Bazin avait rattaché le pityriasis rosé au rhumatisme, aussi l'avait-il appelé arlhrilide pseiidoexanthéinalique; mais rien ne justifie cette hypothèse. 11 n'est pas contagieux. Bouchard a observé le pityriasis rosé chez des gens atteints de dilatation de l'estomac et admet une corrélation entre ces deux affections.

DIAGNOSTIC. — On ne confondra pas le pityriasis rosé avec l'i'ry thème circinétrichophytique, bien que, pour l'école de Vienne, ces deux dermatoses soient identic[ues. L'érythème circiné siège surtout sur le dos des mains, aux poignets, au cou, à la face, sur les parties découvertes ; les taches ont toujours une marche extensive, les bords en sont souvent vésiculeux; enfin l'examen microscopique fera reconnaître dans la trichophytie les spores caractéristiques, tandis qu'il n'y a aucun parasite spécifique dans le pityriasis rosé.

Vidal a décrit une dermatose qu'il a appelée pityriasis circiné ou niarginé, et qui serait formée par des taches rouges, squameuses, siégeant sur le tronc, les bras et les cuisses, pouvant se prolonger pendant des mois. Cette éruption serait produite par un champignon spécial, auquel Vidal a donné le nom de Microsporon dispar ou anomœon ; mais la plupart des dermatologistes n'ont jamais pu retrouver ce parasite; le pityriasis de Gibert et le pityriasis de Vidal paraissent con'^liluer la même affection.

C'est avec la roséole syphilitique que l'on confond le plus souvent le pilyriasis rosé : la roséole syphilitique siège surtout sur l'abdomen, à la base de la poitrine, aux avant-bras, tandis que le siège ordinaire du pityriasis rosé est sur les parties supérieures du corps. Les taches de la roséole syphilitique sont moins roses, d'un aspect cuivré, peu ou pas du tout squameuses; dans la syphilis on trouve d'autres accidents caractéristiques.

Les taches du pityriasis versicolor ont une couleur café au lait spéciale et le raclage avec l'ongle soulève des squames épaisses.

La roséole vernale est un exanthème caractérisé par une éruption géni-ralisée de taches sans squames. Il est inutile de discuter le diagnostic avec la rougeole.

Dans le psoriasis, les squames sont d'un blanc nacré, larges, plus abondantes, plus épaisses que dans le pityriasis rosé ; cependant lorsque le psoriasis est aigu, généralisé, à petits éléments, le diagnostic est quelquefois délicat ; l'exi'^tence de poussées antérieures, le

Page 1