CHLOROSE. — NATURE. — PATHOGÉNIE
trite mixte, à prédominance parenchymateuse. Enfin on ne sait Hen de précis sur l'état des organes hématopoiéliques (rate, moelle des os, ganglions lymphatiques).
Les lésions artérielles et génitales, signalées tout d'abord par Rokitansky, étudiées en outre par Virchow, méritent d'autant plus qu'on s'y arrête qu'elles ont été l'origine d'hypothèses et de théories pathogéniques sur les causes essentielles de la chlorose.
L'aorte est étroite, infantile. Elle admet à peine le petit doigt et la portion abdominale peut n'avoir que le calibre de l'iliaque ou de la carotide.
Les parois minces, élastiques, se laissent étirer comme du caoutchouc. La surface interne présente des élevures réticulées et des taches ou des stries jaunâtres dues à une dégénérescence graisseuse de l'endartère, étendue quelquefois à la tunique moyenne.
Les origines des intercostales, au lieu de présenter deux rangées symétriques, sont groupées irrégulièrement ou absentes en certains points.
Telle est Vaoriis chlorolica.
L'hypoplasie génitale est caractérisée par la petitesse de l'utérus et des ovaires, qui sont comparables aux organes d'une petite fille non encore pubère. Comme chez les enfants, le col utérin reste plus grand que le corps.
Tandis que Rokitansky subordonne les lésions artérielles aux lésions génitales, Virchow, dont l'opinion repose sur l'examen de 10 cas, admet la constance de l'hypoplasie vasculaire et la variabilité des lésions génitales. Il a ainsi établi trois catégories de faits : 1" chlorose avec hypoplasie vasculaire, sans changement notable de l'appareil sexuel ; 2° chlorose avec hypoplasie vasculaire et développement excessif de l'appareil génital; 3° chlorose avec hypoplasie vasculaire et défaut de développement de l'appareil génital.
NATURE DE LA CHLOROSE. — PATHOGÉNIE. — Nombreuses sont les théories proposées pour étudier le problème pathogénique de la chlorose. Il n'est pour ainsi dire pas un organe, pas une fonction qui n'ait été incriminée. En cherchant le lien général qui les unit, on peut cependant grouper les théories de la manière suivante : 1° théories de l'auto-intoxication ; 2° théorie infectieuse; 3" théorie nerveuse ; 4° théories anatomiques, d'où dérive la théorie hématique.
Théories de l'auto-intoxication. — Auto-intoxication d'origine OVARIENNE. — Dc lout tcmps OU a fait jouer un rôle im.portant aux troubles de la menstruation. Cette opinion toujours défendue, toujours accommodée aux idées nouvelles, a été formulée par Hi{)pocrate, acceptée par Galien, expressément affirmée par Ambroise Paré: « A d'aucunes, dit-il, le sang menstruel ne s'écoule... ne pou-
vant sortir, regorge en la masse sanguine, qui salière et corrompt, faulte d'être évacué..., d'où procèdent les pâlies couleurs. »
Et Pinel, Cullen, Beau, Moutard-Martin sont à peu près du même avis.
Trousseau et Pidoux (1847), subissant l'influence des théories physiologiques, font valoir l'influence du système nerveux sur les fonctions utérines à l'époque de la puberté, tandis que quelques années plus tard Rokitansky, Fraenkel, cherchent dans l'hypoplasie génitale la raison d'être de l'aménorrhée et de la chlorose.
Après ces concessions successives aux idées régnantes, on tend à revenir aujourd'hui à l'hypothèse de l'auto-intoxication (Charrin, Etienne et J. Démange, Blondel).
« La chlorose, dit M. Charrin, est une auto-intoxication menstruelle ou génitale; je m'explique. Au moment où les règles vont survenir, la toxicité du sérum est en croissance... Je pense que la fonction menstruelle purge l'économie de certains poisons ; les organes génitaux ont à cet égard un rôle d'élimination. » A la mauvaise élaboration des produits de désassimilation par un organisme imparfait, à l'imperfection des échanges causée par l'étroitesse des artères, à ces processus généraux d'auto-intoxicalion vient s'ajouter un troisième facteur, celui-là tout particulier, donnant au mal sa caractéristique, faisant de lui l'apanage du sexe féminin : l'obstruction de la voie génitale, qui ne conduit pas au dehors les principes nocifs destinés à « suivre ce chemin » (1).
MM. Etienne et J. Démange (2) (de Nancy) croient à l'auto-intoxication d'origine ovarienne. Pour eux, la glande ovarienne peut être considérée comme une glande ayant une sécrétion externe, celle de l'ovule ; comme une glande chargée d'éliminer du sang menstruel l'excès des toxines organiques formées en excessive quantité dans l'organisme féminin ; comme une glande pourvue d'une sécrétion interne, peut-être dévolue aux corps jaunes, et jouant un rôle important dans la nutrition générale. Le produit de sécrétion, l'ovaréine, présente, au point de vue clinique, les caractères d'un ferment solubleet est doué de propriétés oxydantes manifestes ; il est très analogue à la spermine de Pœhl. D'où, lorsqu'il y a insuffisance ovarienne pendant la phase de développement, la sécrétion de l'antitoxine ovarienne ne se faisant pas, il y aura auto-intoxication s|)éciale, viciation delà nutrition générale, se manifcslant par de la chlorose, de même que l'insuffisance thyroïdienne se traduit par le myxœdème.
Dans cette hypothèse, comment expli([uer la chlorose des garçons, la chlorose ménorragique, la non-apparition de la chlorose chez les
(1) CiiAnniN, La chlorose {Gaz. hehdom. de mc>l. et de chir., n" 1, 2 jaiiv. 189G).
(2) Ktii'.nnf. et DiîMANOiî, Ln chlorose, aiilo-inloxicalion d'origine ovarienne (Congrès de médecine inLc-rne, tenu à Moiili'cllier avril l!>i>3}.
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femmes qui ont subi la castration ? « Pour notre part, dit M. Gilbert (1), nous avons, pendant plusieurs années, observé une femme atteinte de chlorose grave récidivante et d'hystérie, qui se fît extirper les ovaires. Ceux-ci étaient peu altérés et d'ailleurs la malade avait eu antérieurement un enfant. Fait qui serait paradoxal si la théorie ovarienne était exacte: à partir de l'opération, l'état anémique et nerveux s'améliora d'une façon remarquable. » L'opothérapie ovarienne n'a pas jusqu'ici donné les résultats qu'on en attendait.
Auto-intoxication d'origine thyroïdienne. — On a fait plus d'une fois de curieux rapprochements entre les organes delà menstruation, de la lactation et le corps thyroïde, glande à sécrétion interne par excellence. Or, l'hypertrophie du corps thyroïde est commune dans la chlorose (29 fois sur 35, d'après M. Ilayem) ; elle s'accompagne souvent de symptômes basedowiens plus ou moins accusés.
Aussi M. Capitan pense-t-il que la chlorose peut être une forme de l'intoxication thyroïdienne, curable par l'iodothyrine (2).
Pour M. Hayem, il y aurait simple association de deux maladies hybrides, sœurs par l'origine commune, la dégénérescence native.
Auto-intoxication d'origine gastro-intestinale. — D'après M. Bouchard, la dilatation de l'estomac réalise une véritable diathèse acquise, une disposition morbide due à un trouble de la nutrition générale. «■ Elle rend, dit-il, l'économie plus vulnérable et ouvre la porte aux maladies de déchéance : la chlorose chez les jeunes filles, la phtisie pulmonaire sont amenées souvent par la dilatation de l'estomac (3). »
Hoffmann, Hamilton ont invoqué l'état d'adynamie du tube digestif; Beau, Mongour, Rosenbach, Bruggemann, de Dominicis (4), la dyspepsie; Meinert, Rémond et Boudon, la gastroptose et le port du corset ; Duclos et A. Clark, la constipation; Stockmann, la pauvreté des aliments en fer; Hosselin, la richesse en fer des matières fécales et les déperditions d'hématine (extravasats sanguins) à la surface de la muqueuse gastro-intestinale ; Tschernoff (de Kiew), les diarrhées infantiles et les fermentations intestinales qui aboutissent au développement et à la résorption des produits toxiques, véritables poisons du sang.
Enfin Fox et André ont voulu, sans succès du reste, faire dériver la chlorose d'un trouble hépatique.
Que la dyspepsie puisse favoriser le développement de la chlorose, cela n'est pas douteux. Mais, en général, elle ne provoque par ellemême qu'une anémie modérée, et une médication dirigée uniquement
(1) A. Gilbert, Rapport sur les causes essentielles de la chlorose (Congrès de Moscou, août 1897).
(2) Capitan, La chlorose thyroïdienne {Soc. de biol., 18 décembre 1897). — E. Jeu- LAiN, La chlorose thyroïdienne. Th. de Paris, 1896.
(3) Ch. BoucMAnD, Leçons sur les auto-intoxications, 1S.S7, p. 185.
(4) Db Dominicis, Giornale inlernaz. se. med., 30 avril isos.
contre elle ne suffit pas à faire disparaître la chlorose. Il faut la considérer comme une cause provocatrice importante.
Théorie infectieuse. — D'après M. Clément (de Lyon) Taugmentalion du volume de la rate serait constante dans la chlorose; elle serait même proportionnelle à la gravité de la maladie. Cette observation rapprochée d'autres faits cliniques, tels que la fièvre, phlegmatia, poussées inflammatoires de la séreuse péricardique, épidémies de chlorose dans des pensionnats, lui paraît donner une certaine vraisemblance à l'hypothèse de la nature infectieuse de la chlorose. A l'appui de cette manière de voir, M. Lemoine (de Lille) rappelle qu'il a constamment rencontré dans le sang des chloroliqucs (10 cas), avant tout traitement par le fer, soit des streptocoques, soit des staphylocoques blancs, soit enfin, mais plus rarement, des colibacilles.
Théorie nerveuse. — Sydenham classait la chlorose parmi les hystéries, Morton en faisait une « phtisie nerveuse », et depuis, bien des auteurs ont cherché à préciser l'origine môme de la névrose : système nerveux ganglionnaire (Hœfer, Braxten Hicks), système encéphalo-ganglionnaire (Cocclii), moelle (Eisenmann), pneumogastrique (Jolly), grand sympathique (Copland\ nerfs splanchni(|ues (Putégnat), nerfs vaso-moteurs (Grawitz). Trousseau s'exprime fiinsi : « Elle (la chlorose) a surtout cela de particulier qu'elle laisse une impression presque indélébile, de telle sorte que, quand une jeune fille a été fortement chlorotique, elle s'en souvient presque toute sa vie; et si vous interrogez avec soin des femmes déjà arrivées à l'âge de retour et qui ont éprouvé à plusieurs reprises les atteintes de la chlorose, vous constaterez chez elles l'existence de phénomènes névropathiques qui ne les abandonnent presque jamais, si variables qu'ils puissent être dans leur forme. Et cependant, depuis longtemps le sang a été réparé; la pléthore peut même quelcjnefois s'observer. Preuve nouvelle que la chlorose doit être considérée comme une maladie nerveuse cause de l'altération du sang, plutôt que comme une cachexie produisant des désordres nerveux. »
La rapidité étrange avec laquelle s'exerce quelquefois l'influence du système nerveux en cas de vive émotion, est également invoquée par Trousseau et par Botkine pour faire de la chlorose une véritable névrose.
Meinert, Rémond et Boudon pensent que la chlorose est une névrose due à l'entéroptose; la gastroptose jouerait un rôle spécial, car on n'observe pas de chlorose dans le prolapsus de l'intestin seul.
Le professeur Grawitz (de Berlin) est également un partisan convaincu de la névrose. D'après lui, la rhiorosi; n'est pas une afl'ection primitive du sang; elle traduit l'existence d'une névrose générale avec troubles dans la fonction vaso-motrice et dans la circulation hémo-lymphatique- .nmonant une augnienlalion du plasma et une