RUPTURE DU CŒUR. — SYMPTOMATOLOGIE
le vieillard enlre soixante et quatre-vingts ans : la cardiorrhexie se produit à l'occasion d'un elïort, d'une émotion, ou spontanément pendant le sommeil. Elle est quelquefois la conséquence d'un abcès du myocarde. Quant aux ruptures par ouverture dans le cœur d'un cancer de l'estomac ou de l'œsophage, et aux ruptures traumatiques par écrasement ou chute d'un lieu élevé, ce sont des accidents qui ne sauraient rentrer dans l'histoire des cardiorrhexies spontanées.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — La rupture du cœur détermine presque toujours un épanchement de sang dans le péricarde. A l'ouverture de la poitrine, on aperçoit le sac péricardique distendu et bleuâtre; il s'en écoule, en l'incisant, de 200 à 500 grammes et plus de sang coagulé et de sérosité rougeûtre. En soulevant avec soin les caillots, on trouve la déchirure du cœur qui se présente sous forme de fente ou de fissure à bords nets ou contusiformes, de 1 à 3 centimètres de longueur, généralement parallèle à l'axe du cœur : c'est l'orifice externe. L'ouverture interne plus petite est difficile à découvrir, parce qu'elle est cachée par les colonnes charnues. Le trajet intermédiaire est tantôt direct, tantôt oblique ou sinueux. Les parties avoisinantes du myocarde sont ecchymosées, ramollies, jaunâtres et friables; c'est l'infarctus causal. On observe exceptionnellement des ruptures incomplètes, sans orifice interne.
Le siège de la rupture est presque toujours le venlricule gauche (139 fois sur 173), d'après les relevés de Robin et Nicollc) ; c'est ensuite par ordre de fréquence, le ventricule et l'oreillette du côté droit. On peut observer la rupture des deux ventricules. Pour le venlricule gauche, le lieu d'élection se trouve au niveau des deux tiers inférieurs de la face antérieure et au voisinage de la cloison.
Le cœur atteint de rupture est presque toujours surchargé de graisse, et présente de l'athérome des coronaires tantôt disséminé, tantôt localisé en un point et accompagné d'oblitération thrombosique.
L'infarctus et la rupture peuvent se trouver au niveau d'un anévrysme du cœur ; cela résulte de 6 observations relevées par Robin et Nicolle. Il y a simplement association de deux des lésions qui résultent de l'artérite coronarienne avec thrombose, la sclérose et la cardiorrhexie.
SYMPTOMATOLOGIE. — La rupture du cœur détermine le plus souvent la mort subite. Le malade meurt brusquement et tombe en poussant parfois un cri de douleur, « signe expressif de la déchirure du cœur » (J.-B. Barth) ; ou bien on le trouve mort dans son lit. Le dénouement peut être moins prompt, précédé de quelques /)/2e/2omè/2es prémonitoires (A. Robin). C'est d'abord un accès douloureux subit ofirant quelque analogie avec l'angine de poitrine. La douleur se produit spontanément ou à l'occasion d'un effort, occupant la partie inférieure gauche du sternum et la région mammaire, quelquefois Traité de médecine. VI. — 19
l'épigastre, s'irradiant vers le cou et dans le bras gauche, s'exaspcrant sous rinflucnce des mouvements. Mais, contrairement à ce qui se passe pour l'accès d'angine ordinaire, la douleur dure plusieurs heures, vive et angoissante, résistant même à des doses modérées de morphine; ou bien, elle se reproduit sans cause apparente, après une accalmie. Le malade peut être pris en même temps de nausées et de vomissements avec pâleur et refroidissement des extrémités, perte de connaissance ou dyspnée excessive l'obligeant, comme dans un cas de Bigger rapporté par Stokes, à se tenir agenouillé, en proie à une oppression extrême. Le pouls est petit, fréquent et irrégulier, les battements du cœur sont tumultueux avec de nombreux faux pas. La mort subite peut suivre presque immédiatement la crise douloureuse et angoissante, ou ne survenir qu'au bout de quelques heures ou de quelques jours. Panum, mort subitement un matin d'une rupture du ventricule gauche, avait été pris la veille au soir de douleurs angineuses avec nausées et vomissements, accidents qu'avaient calmés deux injections sous-cutanées de morphine. Ces phénomènes prémonitoires se trouvent 40 fois sur 100, et peuvent durer de une heure à huit jours. Attribués par J.-B. Barth à une rupture en plusieurs temps, ils sont pour René Marie la traduction clinique de l'oblitération artérielle. La mort j)araît due le plus souvent à l'épanchement de sang qui distend brusquement le péricarde, empêchant le fonctionnement du cœur par sa compression (Gruveilhier). Mais ce mécanisme n'est pas applicable à tous les cas, la syncope pouvant être la conséquence de ruptures incomplètes et même de ruptures complètes sans hémorragie (1) ou mieux de la thrombo-artérite coronarienne qui les prépare. Quant à la curabililé, autrefois admise par Rostan, elle n'est nullement démontrée.
DIAGNOSTIC. — La rupture du cœur étant cause commune de mort subite chez le vieillard, il faut y penser au moment d'une syncope mortelle, surtout quand celle-ci se produit après des crises angineuses prolongées et répétées avec vomissements, fréquence, faiblesse et irrégularité du pouls. L'apparition ultime, mais rarement conslatable, d'une grande matité précordiale, avec disparition des bruits du cœur, confirme lediagnostic. Toutefois, l'hémo-péricarde est parfois produit parla rupture des veines coronaires, conséquence de leur dégénérescence ou encore d'un angiome péricardique(Lefas) {2).
TRAITEMENT. — Il est purement palliatif. L'application d'une vessie de glace sur la région précordiale, les injections sous-cutanées de morphine et d'éther pourront soulager le malade.
(1) Meuki,i:n, Mort subite par ru])ture du cœur sans cpanchement de sang dans le péricarde (Soc. mcd. des hop., 1892, p. 813). (2) Lei AS, Mort subite par rupture d'antciouic pcricardique {Soc. anal., 1898, p. 454)