DILATATION PATHOLOGIQUE
Les causes morbibes qui déterminent la dilatation du cœur sont de deux ordres. Les unes diminuent l'élasticité et la force contractile du myocarde. Les autres en amènent la distension en s'opposant au libre cours du sang, d'où son accumulation en amont de l'obstacle. Dans le premier cas, la dilatation est généralement totale; dans le second, elle est souvent partielle.
Toutes les affections (jui troublent l'innervation, la nutrition ou la circulation du myocarde, peuvent se compliquer de dilatation transitoire ou durable, dilatation par insuffisance. Les névroses cardiaques, et en particulier la maladie de Basedow, les dyscrasies
sanguines comme la chlorose, sont des causes depuis longtemps connues d'une dilatation cardiaque passagère et légère, qui ne donne lieu d'ailleurs à aucun trouble fonctionnel sérieux. Il n'en est pas de même des toxémies et des infections. On a vu, à propos de la myocardite aiguë, l'histoire de la dilatation du cœur dans les maladies infectieuses, qu elle résulte de la simple adultération de la fibre cardiaque par les toxines microbiennes, ou de son altération organique. D'autres poisons, en particulier l'alcool et le tabac, peuvent contribuer à la dilatation du cœur, par une véritable parésie du myocarde; il s'agit alors de grande dilatation avec asystolie, et parfois mort rapide par insuffisance et sans lésion appréciable du myocarde, ainsi que Bauer (de Munich) en a observé des exemples chez de grands buveurs de bière.
La dilatation simple du cœur, quand elle se complique de troubles graves de la circulation générale, est habituellement la conséquence ou du surmenage physique ou d'une altération du myocarde. La dilatalion ou asystolie aiguë par surmenage (cœur forcé, Acute Ueberanstrengung des Herzens, Weakened heart) se produit sous la double influence d'un travail physique excessif et d'une infériorité physiologique du myocarde résultant d'une débilité native, d'une alimentation insuffisante, de l'abus du tabac ou de l'alcool. Ce que l'on sait de la dilatation physiologique ou d'efiort permet d'en saisir le mécanisme pathogénique. Le myocarde ayant perdu son élasticité, ne revient plus sur lui-même, et les cavités du cœur se vidant mal se distendent de plus en plus. Ainsi surviennent les accidents du cœur forcé chez les soldats soumis à des marches prolongées en temps de guerre, accidents surtout observés autrefois, quand les vêtements trop serrés, le ceinturon et le sac s'associaient à l'effort pour gêner l'expansion thoracique et la circulation pulmonaire. Il semble d'ailleurs que les privations, l'alcool, les préoccupations morales déprimantes n'aient pas été étrangers aux accidents observés par Da Costa pendant la guerre de sécession, par Myers chez les soldats anglais, par O. Fraentzel au moment de la guerre franco-allemande. Peut-être aussi faut-il invoquer, avec ce dernier auteur, une étroitesse congénitale du système aorli(jue, cause de dilatation et d'hypertrophie cardiaque. 11 paraît bien que le surmenage cardiaque ne se produit que chez certains sujets prédisposés, et Coustan (1885) a remarqué qu'on ne l'observait que chez les hommes antérieurement ajournés ou chez les sujets relativement bien constitués mais en état de prémaluration, c'est-à-dire incorporés trop jeunes et incapables de faire face aux obligations militaires. Des malades suivis par 0. Fraentzel, les uns ont guéri, restant seulement moins aptes au travail physique, les autres sont morts d'hydropi.sie cardiaque.
La dilatation aiguë du cœur j)ar surmenage ne se produit pas seulement sous l'inlluence des nuuxhes forcées. On l'a observée à la