‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 3)Chapitre 54 sur 133 · DILATATION UD CŒUR · texte numérisé non relu

DILATATION UD CŒUR

suite de nuits de débauche (Beau, M. Raynaud, 0. Fraentzel). Elle survient facilement chez les artérioscléreux à l'occasion de fatigues, d'écarts de régime, de maladies accidentelles (Huchard). Elle est non moins commune dans l'hypertrophie dite idiopathique des buveurs de bière, et chez les goutteux ou alcooliques polysarciques atteints de cœur gras. Les conséquences sont toujours les mômes : c'est l'asystolie aiguë transitoire, parfois irréductible, quand le myocarde est dégénéré. La dilatation est facilement constatable, grâce à l'augmentation considérable de la matité cardiaque dans les deux sens, surtout dans le sens transversal, à la déviation de la pointe vers l'aisselle et à sa forme arrondie, à la suppression ou à la diffusion du choc précordial remplacé par des ondulations vagues et superficielles. Le foie est simultanément tuméfié et douloureux. Les battements du cœur sont fréquents et tumultueux, ses bruits sourds et affaiblis.

Le cœur présente à l'autopsie une forme globuleuse ou sphéroïde dite en besace^ la dilatation portant sur toutes ses cavités. Il est transformé en une poche flasque qui s'aplatit sur la table de l'amphithéâtre quand elle est vidée du sang qu'elle contient. Souvent il est surchargé de graisse, et, quand il s'agit de goutteux, atteint d'athérome des coronaires. Les fibres musculaires sont atteintes de dégénérescence granuleuse ou pigmentaire, avec état fendillé et liquéfaction vacuolaire du protoplasma contractile, lésions ducs à la myocardite aiguë parenchymatcuse et pour une bonne part à une irrigation artério-veineuse et lymphatique insuffisante (Letulle); la myocardite segmentaire peut être la seule lésion constatée au microscope (A. Chauffard et Ramond).

La dilatation par obstacle est le plus ordinairement une dilatation partielle, au moins au début.

La dilatation du cœur gauche s'observe dans d ivers cas. Elle est la conséquence rapide de toute néphrite aiguë qui supprime brusquement la sécrétion rénale ; la dilatation porte surtout sur le ventricule gauche, se manifestant par un bruit de galop. Ce ventricule se dilate également, mais en s'hyperlrophiant, dans l'insuffisance et le rétrécissement de l'orifice aortique. L'oreillette gauche se dilate et acquiert souvent des dimensions considérables dans le rétrécissement mitral.

La dilatation du ventricule et de l'oreillette droite est la lésion de l'asystohe : elle succède soit à une lésion mitrale ou à une altération du myocarde, soità une affection des voies respiratoires assez étendue pour entraver la circulation dans l'artère pulmonaire (X. Gouraud). On en trouvera la description au chapitre de l'asystolie. Rappelons seulement qu'elle se caractérise par l'augmentation transversale de la matité cardiaque^ aui déborde le bord droit du sternum, par la stase veineuse hépatique, et parfois le pouls veineux jugulaire

La dilatation du cœur droit dans les accidents pulmonaires consé-

culifs aux troubles gaslro-liépatiques a été signalée et décrite par Polain (1 ) et Barié. Certains sujets, à vive impressionnabilité nerveuse, le plus souvent des femmes, sont pris, à l'occasion de dyspepsie simple, d'ictère ou de cholélithiase, de phénomènes dyspnéiques plus ou moins intenses, avec dilatation du cœur droit pouvant entraîner à sa suite une insuffisance Iricuspidienne secondaire. On constate à ce moment un bruit de galop droit, une accentuation manifeste du deuxième bruit pulmonaire, un pouls petit et mou, de la cyanose avec refroidissement des extrémités et mydriase, quelquefois de petites hémoptysies. Ces accidents sont dus à une action rétlexe partie des voies digestives et aboutissant au poumon par le grand sympathique (F. Franck) pour amener la contraction spasmodi(jue de ses ca{)illaires sanguins. L'hypertension qui en résulte dans la petite circulation amène la dilatation du ventricule droit et peut à la longue produire son hypertrophie.

On peut encore considérer comme dilatation cardiaque par obstacle, celle qui résulte de la symphyse tuberculeuse du péricarde, la symphyse rhumatismale étant presque toujours associée à une dilatation hypertrophique. Il s'agit dans ce cas de dilatation totale.

La dilatation cardiaque est en somme une lésion secondaire et le plus souvent surajoutée à une affection du cœur, des vaisseaux, du poumon ou du rein. Sa symptomalologie se confond donc avec celle des maladies qui la déterminent. La dilatation aiguë par surmenage et la dilatation du cœur droit dans les alïections gastro-hépatiques ont seules une histoire clinique indépendante; encore appartient-elle pour une bonne part à l'asystolie.

CCffiUR GRAS PAR SURCHARGE ADIPEUSE

On réserve le nom de cœur gras au développement exubérant du tissu cellulo-adipeux sous-péricardique, sous-cndocardique et interstitiel du myocarde, d'où résultent la dissociation et la dystrophie de ses fibres, et la faiblesse cardiaque. Cette surcharge adipeuse peut être la simple conséquence de l'obésité, ou coïncider avec l'alhéronie des coronaires, la cardiosclérose, l'cndopéricardite chronique, que le malade soit ou non atteint de polysarcie.

Laënnec avait distingué la surcharge et la dégénérescence graisseuse du cœur, celle-ci caractérisée par une infiltration de la fibre musculaire cardiaque. Stokes confondit ces deux altérations sous le nom de « dégénérescence graisseuse du cœur », lui attribuant des symptômes et des accidents qui dépendent bien plus des lésions concomitantes, en particulier de la sclérose du myocarde. La dégénérescence graisseuse proprement dite de la libre cardiaque est

(1) PoTAiN, Des accidents cardiaques liés aux troubles gastro-hépatiques. Clinique de la Charilc (p. 205).

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