TUMEURS DU CŒUR. — GOMMES SYPHILITIQUES
La syphilis cardiaque a élé décrite pour la première fois par Ricord (1895) et son histoire a élé complétée par Lebert, Virchow, Lancereaux, etc. Sa lésion caractéristique est la gomme surtout localisée dans le myocarde ; mais on observe simultanément ou isolément d'autres altérations, la coronarite, l'aortite chronique, les plaques fibreuses du myocarde avec ou sans anévrysme partiel, la myocardite fibreuse difl'use, afïections déjà décrites, mais qui tiennent une grande place dans la symptomatologie de la cardiosyphilose. Il est rare en effet que les gommes ne soient pas associées à un degré plus ou moins marqué de sclérose du myocarde.
a. La syphilis du cœur appartient à la période tertiaire, la période secondaire ne donnant lieu qu'à des troubles fonctionnels d'origine névropathique. Son maximum de fréquence se trouve entre trente et quarante ans, six à dix ans après l'infection initiale (Mracek). L'affection est surtout commune chez l'homme. Elle n'existe qu'exceptionnellement dans la syphilis héréditaire. Sur 150 autopsies d'enfants âgés d'une semaine et atteints de syphilis congénitale, le cœur s'est trouvé altéré 24 fois; mais il s'agissait dans le plus grand nombre des cas de dégénérescence du myocarde due à la dystrophie des nouveau-nés syphilitiques, 4 fois seulement de lésions spécifiques consistant en petits syphiiomes localisés autour des vaisseaux (Mracek).
h. Les lésions variées de la syphilis du cœur, gommes, sclérose, artérite, sont le plus souvent associées ; le péricarde et l'endocarde peuvent être simultanément atteints. Du côté du péricarde, on constate habituellement des épaississements circonscrits qui correspondent à des gommes du myocarde. Lancereaux et Orth ont même signalé des gommes du péricarde; dans le cas de Lancereaux, il existait une gomme de la grosseur d'un noyau de cerise sur le feuillet pariétal du péricarde en même temps que des gommes du poumon; dans celui d'Orth, il s'agissait d'un enfant syphilitique à l'autopsie duquel on trouva des masses caséeuses enchâssées dans des adhérences péricardiques. Les gommes du myocarde sont plus communes. Elles siègent surtout dans le ventricule gauche, au niveau de sa paroi antérieure ou de la cloison interventriculaire. Leur volume est celui d'un pois, d'une noix, d'un œuf de poule, parfois même d'une bille de billard (Wilks). Elles sont uniques ou multiples, et présentent les caractères anatomiques habituels des gommes, se distinguant des tubercules par l'absence de bacilles, et surtout par les altérations concomitantes des vaisseaux et la sclérose. Celle-ci peut être régionale ou dilfuse. Enfin l'endocarde présente, au niveau des foyers de myocardite gommeuse, des plaques saillantes, blanches, dures et quelquefois de consistance cartilagineuse, qui produisent des rétrécissements et des insuffisances quand elles siègent au niveau des orifices, des valvules, ou encore des piliers valvulaires dont elles Traité de mûducinb. VI. — 24
amènent la rétraction. Rendu (1) a observé, en même temps qu'une gomme de la paroi antérieure du ventricule gauche au niveau de l'orifice auriculo-ventriculaire, un rétrécissement sous-aortique dû à une large plaque cartilaginiforme de l'endocarde qui englobait la grande valve de la mitrale et envahissait la cloison interventriculaire.
Le cœur syphilitique est souvent hypertrophié et dilaté, et présente parfois des dilatations anévrysmales partielles dues à des plaques fibreuses cicatricielles. Ces altérations, comme l'artériosclérose relativement commune chez les anciens syphilitiques, appartiennent à la catégorie des affections dites parasyphililiques. Elles ne sont que peu modifiées par le traitement spécifique. La coronarite, qui s'observe également avec une certaine fréquence chez les syphilitiques, peut être une détermination directe de la maladie ; elle présente alors anatomiquement les caractères de l'artérite nodulaire ou gommeuse. On constate plus souvent les lésions de la coronarite chronique commune, diffuse ou en plaques, lésions qui n'ont rien de spécifique, mais qui peuvent être associées à la cardiosyphilose proprement dite.
c. La symptomatologie de la syphilis cardiaque est des moins précises et des plus variées : le diagnostic n'en peut être fait avec queU^ue certitude qu'en se basant sur des antécédents avérés, sur la coïncidence d'autres manifestations syphilitiques du côté de la peau, du foie, du système osseux, ou sur leurs stigmates cicatriciels fZakharine), enfin sur les résultats du traitement spécifique : encore faut-il remarquer avec Gurschmann (2) que la médication iodo-mcrcurielle a quelquefois une influence favorable sur des cardiopathies non syphilitiques.
La cardiosyphilose peut rester latente et n'être constatée qu'à l'autopsie. Elle se présente quelquefois avec les allures d'une lésion orificielle surtout aortique. D'autres fois, quand il s'agit de coronarite gommeuse, elle se caractérise par des crises d'angine de poitrine dont l'origine syphilitique doit être surtout suspectée chez les sujets jeunes. La mort subite en est souvent la conséquence, mais ce môme dénouement peut survenir dans le cours d'une syphilis cardiaque latente, en l'absence d'artérite coronaire. A l'autopsie d'un homme de trente-cinq ans, mort subitement, Loomis (3) trouva une gomme occupant le tiers de la paroi du ventricule gauche qui était dilaté et dont l'orifice mitral était insufOsant; les artères coronaires étaient normales. Elles étaient au contraire rétrécies par endartérite chez un homme ûgé de trente ans, observé par Hcnderson (4), pris quinze jours avant sa mort de douleurs précordiales avec défaillances, et mort rapidement en allant à son travail : l'autopsie révéla, avec la
(1) Rkndu, Soc. màd. des hôp., 189&.
(2) CunscHMANN, Hcr/,syi)liilis. Arbcitcn ans <Ier Medicinischcn klinik. Leipzig, 1893.
(3) LooAiis, Jniiru. (if Ihe med. science, ocl. 1895.
(4) Ilb.vDEnsoN, The Luncel, 25 nov. 1882.