TUMEURS DU CŒUR. — TUBERCULES
coronarite, des nodules gommeux sous-péricardiques et sous-endocardiques et une gomme volumineuse du septum intervenlriculaire.
La symptomatologie de la cardiosyphilose est souvent celle de la myocardite chronique. Même début par de la dyspnée d'effort, les crises de pseudo-asthme cardiaque et d'œdème pulmonaire avec ou sansangor; cardiomégalie avec bruits sourds, parfois souffles par lésions valvulaires, arythmie; enfin asystolie progressive. Ces symptômes et ces accidents sont les mêmes, qu'il s'agisse d'une cardio sclérose de nature parasyphilitique ou de lésions syphilitiques proprement dites du myocarde. Celles-ci seules sont justiciables du traitement spécifique, quand elles ne sont pas trop anciennes.
d. Le traitement anlisyphilitique devra être institué sans retard chez les cardiopathes suspects de syphilis. Ce traitement peut être suivi de guérison définitive, à la condition d'être précoce et longtemps continué. Il consistera dans l'emploi simultané des préparations hydrargyriques (frictions ou injections sous-cutanées) et de l'iodure de potassium à doses progressives.
Tubercules. — Les tubercules du cœur constituent une affection rare et sans histoire clinique définie, si l'on fait abstraction de la péricardite et de l'endocardite tuberculeuses. Ils occupent le myocarde, coïncidant souvent mais non toujours avec la symphyse tuberculeuse du péricarde et fréquemment avec l'adénopathie de même nature du médiastin. Les mémoires de Demme, Sânger, Pollak, J. Bret, la thèse de Valentin (Paris, 1894), une revue générale de Barié (1), enfin un mémoire récent de A. Pérou (2), sont les principaux documents sur ce sujet.
Les tubercules du myocarde appartiennent surtout au jeune âge, mais on peut en trouver chez les vieillards. Presque toujours secondaires à la tuberculose des poumons, des plèvres, du péricarde, des ganglions du médiastin, ils semblent avoir été primitifs dans les observations de Demme et de Knopf. A. Pérou, dans un cas de symphyse lâche du péricarde, a trouvé, comme unique lésion caséeuse, un tubercule du volume d'un haricot le long de la veine coronaire. Il s'agit ou de tuberculose miliaire, les granulations se trouvant disséminées au milieu des fibres musculaires, ou plus souvent de gros tubercules atteignant le volume d'un pois, d'une noix, d'un œuf de poule, se distinguant à l'œil nu des gommes syphilitiques par l'absence d'enveloppe fibreuse. L'examen microscopique peut y révéler l'existence de bacilles de Koch en général peu nombreux (Valentin). Ces masses tuberculeuses, parfois calcifiées et néanmoins virulentes (A. Pérou), siègent surtout dans l'épaisseur des
(1) Bahié, Sem. méd'., nov. 1896.
f2^ A. PÉRON, Tuberculose du myocarde chez l'homme [Bull, de la Soc. anat., 1897, p. 82 i).
parois venlriculaires, plus rarement dans les parois auriculaires, de prél'érence de roreillelle droite ; elles sont le plus consécutives à la tuberculose du péricarde (A. Péron) et ne se trouvent que rarement isolées au centre du myocarde. On a signalé encore une myocardile tuberculeuse avec hypertrophie et sclérose du myocarde, amas embryonnaires et cellules géantes au milieu des bandes fibreuses qui le sillonnent (Brehmer, cité par Barié).
La symptomatologie de la tuberculose du myocarde se confond le plus souvent avec celle de la médiastinite et de la péricardite tuberculeuse qui l'accompagnent. La dyspnée, la cyanose, la tachycardie, roedème, phénomènes signalés dans la plupart des observations, n'ont par eux-mêmes aucune signification. Ils sont d'ailleurs variables ou diversement associés. Un enfant de cinq ans observé par Demme présentait des crises de dyspnée avec syncope ; dans un cas de Hirschprung, on avait relevé de la tachycardie avec faiblesse cardiaque; dans une observation de Townsend, des accès de sulTocation avec cyanose et palpitations, dus à la présence d'un gros tubercule de l'oreillette gauche qui comprimait les veines pulmonaires.
Le diagnostic n'est possible que par la constatation simultanée d'une tuberculose généralisée et de signes cardiaques.
Cancer. — Le cancer primitif du cœur est très rare. On n'en connaît que huit observations, toutes plus ou moins anciennes, dont quelques-unes seulement complètes avec examen histologique. 11 s'agissait de sarcome fiiso-cellulaire (Bodenheimer, Ely, Fraenkel, Mennig) (1). Dans le cas de Mennig, la tumeur, occupant la paroi antérieure de l'oreillette droite, s'était compliquée d'une péricardite séro-sanguinolenterapidementmortelle,malgrélesponctions répétées.
Le cancer secondaire est plus commun, quoique encore exceptionnel. Sa forme anatomique est Vépitliclioma cylindrique ou pavimenteux, suivant la tumeur primitive qui lui a donné naissance et dont elle reproduit le type. Cette tumeur peut occuper les organes les plus divers : poumons, médiastin, œsophage, pylore, etc. Tantôt, quand elle siège dans les régions voisines, elle se propage au myocarde par envahissement ; d'autres fois elle s'y développe par implantation emboliqiie. L'embolie cancéreuse peut arriver au cœur par la voie lymphatique ou sanguine, traversant dans ce dernier cas le cœur droit et la petite circulation pour passer dans le cœur gauche qui la lance dans les artères coronaires. A. Pic et Lebrct (2) ont toujours trouvé le poumon simultanément atteint, d'où cette conclusion qu' « un nodule cancéreux du poumon semble être la condition nécessaire d'un nodule inlrapariétal du cœur ».
(1) Mennig, Soc. de mèd. de Hambourg, 10 juillet 188S. — Arch. de méd., avril
(2) Pu: et LiviiuiiT, ('.ontribution à rétudc du cancer secondaire du cœur [Revue de méd., 18'J), p. 1022).