INFILTRATIONS ET DÉGÉNÉRESCENCES ARTÉRIELLES
Nous réunissons dans ce chapitre un certain nombre d'altérations presque toujours chroniques des artérioles, qui n'ont guère qu'un intérêt anatomo-pathologique, mais s'observent assez fréquemment, soit à l'état isolé, soit associées à l'athérome et à l'artério-sclérose. Aussi avons-nous déjà dit un mot de la plupart d'entre elles à propos de l'artérite chronique.
Hémorragies. — Signalons seulement les petites hémorragies interstitielles que l'on peut trouver entre la tunique interne et la tunique moyenne (Bouillaud, Lancereaux), ou entre celle-ci et la tunique externe (M. Raynaud). Ce sont là des faits exceptionnels. Le cas de M. Raynaud était consécutif à une stase circulatoire très prononcée.
Dégénérescence granuleuse. — Lœwenfeld décrit sous ce nom une dégénérescence de la tunique moyenne dans laquelle les cellules musculaires, soit isolément, soit par groupes, offrent un aspect granuleux, perdent leur noyau, et finissent par fondre et se détruire. De là un grand affaiblissement de la paroi artérielle, avec toutes les conséquences qui peuvent en résulter.
Stéatose. — Il ne s'agit pas ici de la fonte graisseuse secondaire d'un tissu pathologique, comme dans l'athérome, mais d'une stéatose atteignant les éléments normaux de la paroi. C'est une constatation d'autopsie très fréquente, aussi bien sur les gros troncs vasculaires (aorte, artère pulmonaire) que sur les artérioles, notamment celles du cerveau. « A partir de quatorze ou quinze ans, il n'est pour ainsi dire pas de sujet qui n'en offre quelque trace » (M. Raynaud), et elle va s'accentuanl avec l'âge. Mais elle peut prendre un développement beaucoup plus accusé dans divers états pathologiques, tels que certaines maladies aiguës, notamment la variole et la scarlatine, la stase d'origine cardiaque (stéatose de l'artère puhnonaire), l'intoxication phosphorée, l'alcoolisme, et surtout certaines affections cachectisantes, comme la chlorose, la phtisie, le cancer. Il est à remar(jucr que ces dernières maladies {)euvenl donner lieu également à la stéatose du cœur, du foie, etc.
Cette altération frappe surtout, parfois môme exclusivement, la tunique interne des vaisseaux. Elle se traduit à l'œil nu par des taches ou des stries longitudinales blanc jaunâtre, opaques, non saillantes, sans limites nettes, dessinant quelquefois une sorte de treillis sur l'endartère. L'examen hislologique montrerendothéliura et les cellules étoilées sous-jacentes remplis de vésicules graisseuses, et tendant à
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perdre leur noyau. Parfois rendothélium desquame, la substance intercellulaire se dissout, et de petites particules graisseuses sonlentraînées par le courant sanguin, laissant une légère éraillure de la surface interne (Ândral) : ceslV usure graisseuse deVirchow, qui peut devenir le point de départ d'un thrombus. Kaufmann (1) a vu, chez une jeune femme anémique, un thrombus de ce genre donner lieu à une embolie cérébrale. Quelquefois aussi un travail prolifératif secondaire pourrait se déclarer au voisinage du foyer de stéatose (Ziegler)
La tunique moyenne n'est pas toujours épargnée, en particulier sur les artérioles cérébrales. Ici, l'altération atteint surtout les éléments musculaires, et la calcification vient souvent s'y ajouter. La dilatation anévrysmatique de l'artère, sa rupture, peuvent être les conséquences de ce travail pathologique. Rappelons, à ce propos, que c'est à la stéatose des artérioles du cerveau que Paget, Zenker et Eichler attribuent la plupart des cas d'hémorragie cérébrale
Quant à la tunique externe, la stéatose y est beaucoup plus rare. Elle ne s'observe guère que sur les très petits vaisseaux, et reste généralement peu prononcée. Il ne faut pas la confondre avec l'accumulation de granulations graisseuses dans la gaine lymphatique des artères, fait qui s'observe communément au voisinage des foyers do ramollissement cérébral.
En quoi consiste exactement la stéatose artérielle? Y a-t-il dégénérescence ou infiltration graisseuse? C'est un point mal déterminé, et sans doute les deux éventualités peuvent se rencontrer.
Transformation hyaline. — Entrevue par Langhans, puis nettement décrite par von Recklinghausen(2),qui lui donna le nom qu'elle porte, la transformation hyaline figure, comme nous l'avons vu, au nombre des lésions possibles de l'artério-sclérose, mais s'observe également à l'état d'altération isolée. Elle frappe tantôt les grosses artères dans leur tunique interne, tantôt et surtout les artérioles dans leurs trois tuniques, particulièrement au niveau du rein (anses glomérulaires), du cerveau, des ganglions lymphatiijues, de la choroïde, de la rétine. La paroi artéiùelle s'épaissit et prend un aspect vitreux, homogène et réfringent. En général, l'endothélium et la lumière vasculaire restent conservés ; toutefois, sur les plus petites artérioles, le travail pathologique peut aboutir à l'oblitération par des masses hyalines Il pourrait aussi, et inversement, par atîaiblissement de la paroi artérielle, amener la rupture de celle-ci, et par suite une hémorragie, notamment une hémorragie cérébrale (OEller et Langhans).
La substance hyaline fixe fortement l'éosine, le carmin, la fuchsine acide. Elle est insoluble dans l'eau et l'alcool, et résiste aux acides. Elle apparaît souvent dans les mêmes conditions étiologiques que la substance amyloïde (Fûrbringer, Nelsen, Ziegler, Zwingmann), cl
(1) Kaufmann, Anat. pathol. Berlin, 1896, p. 40.
(2) Von Recklinghauskn, AUg. Palliol. des Kreislaufs. Stuttgart, 1883.
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même s'observe fréquemment à côté de celle-ci (Grawitz, Stilling, etc.). Wild a vu des artères dont la tunique moyenne était atteinte de transformation amyloïde, tandis que les deux autres étaient devenues hyalines. Gomme la transformation amyloïde, la transformation hyaline paraît consister plutôt en une infiltration interstitielle qu'en une dégénérescence cellulaire (Wild). En somme, la première ne se dislingue de la seconde que par ses réactions colorantes spéciales. Aussi von Recklinghausen, Fiirbringer, Stilling, Ziegler, Wild, Klebs, considèrent-ils l'hyaline comme un avant-stade possible, sinon nécessaire, de l'amyloïde. D'ailleurs Maximolï (1) a vu, expérimentalement, que dans sa formation la substance amyloïde est précédée d'un stade où l'on ne peut obtenir toutes ses réactions caractéristiques, et, d'autre part, Rahlmann et Litten ont observé deux cas où les réactions de la substance hyaline remplacèrent au bout d'un certain temps celles de l'amyloïde.
Il semble, au surplus, que l'on a appliqué le nom de transformation hyaline à des lésions dilTérentes. La dégénérescence hyaline décrite comme stade précurseur de la caséification du tubercule, celle de certains thrombus ou des fausses membranes diphtériques, celle dos muscles au cours de certaines maladies infectieuses, paraissent représenter des altérations distinctes, correspondant les unes à certaines altérations de la fibrine, les autres à la nécrose de coagulation, etc. (Ziegler, Grawitz). A cette dernière catégorie de cas ressortit poulêlre la dégénérescence hyaline des artères décrite par Klein dans la scarlatine.
Calcification. — Cette lésion n'est jamais primitive : elle succède toujours à quelque altération de la paroi, qui en a diminué la vitalité. Aussi la voit-on s'associera la sclérose, l'athérome, la dégénérescence graisseuse, la dégénérescence hyaline (par exemple dans les artères utérines des vieilles femmes). Les plaques calcaires (voir Arlérite chronique) occupent la tunique interne seule, ou la tunique moyenne également. Les sels de chaux (phosphate et carbonate) se déposent dans les cellules ou le tissu intermédiaire, d'abord sous forme de petits grains brillants, qui se réunissent ensuite en masse compacte. Ils se dissolvent parles acides minéraux. Les tissus qui en sont infdtrés se colorent en bleu violet foncé par l'hématoxyline.
Les thrombus peuvent aussi subir rinliltration calcaire, qui les transforme en véritables pierres artérielles {arlériolilhes).
Les fentesdu tissuconjonctif, souvent épargnées parla calcification, se détachent parfois sur les parties infiltrées de façon à simuler des ostéoplastes. En réalité, l'absence de vaisseaux et de cellules suflit à distinguer cet état de la véritable ossification.
Ossification. — Bien que rare, l'ossification proprement dite peut
(1) MAxiMorF, Ilislo^i'iièsL- de In c^é^^ amyloïde cïpérimentule (i4rc/». russeë de palliol., de méd. clin, et de baclériuL), ISOfi,