RALENTISSEMENT DU CŒUR. - BRADYCARDIE
Il y a bradycardie ou ralentissement des battements du cœur toutes les fois que leur nombre est inférieur à 70 ou 72 par minute. Ce peut être une bradycardie légère ou modérée, surtout intéressante par les indications qu'elle fournit pour le diagnostic et le pronostic. C'est d'autres fois une bradycardie extrême, caractérisée par l'abaissement du chiffre des contractions cardiaques à 30 et moins, n'ayant plus seulement la valeur d'un symptôme, mais constituant une affection avec ses accidents secondaires et ses dangers, d'autant plus qu'elle est souvent permanente.
Le ralentissement des battements du cœur peut être physiologique, résulter d'un jeûne prolongé, s'observer à la suite de l'accouchement. Les hommes de grande taille ont souvent le pouls lent; mais cette particularité peut dépendre d'une disposition familiale ; Corvisart ne put jamais constater plus de 40 pulsations chez Napoléon P''. Chez la femme, le pouls tombe après l'accouchement à 60 ou 56, exceptionnellement à 35 (Blot) ; ce ralentissement dû, d'après Marey, à l'hypertension artérielle qui résulte de la suppression brusque de la circulation utéro-placentaire, dure de un à douze jours. La lenteur du pouls à 60 ou 50 est chose commune pendant la convalescence des maladies aiguës : rapportée par Traube à l'épuisement des centres moteurs du cœur, elle coïncide souvent avec une légère hypothermie et peut être attribuée pour une part à l'état de
jeûne.
Les bradycardies pathologiques proprement dites peuvent être rapportées à une altération fonctionnelle ou organique des centres cardiaques bulbo-médullaires, qu'il s'agisse d'intoxication ou d'infection, de traumatisme ou de lésion méningo-encéphahque, de compression ou d'athérome du bulbe. Au point de vue de leur valeur sémiotique, il importe de distinguer les bradycardies transitoires et permanentes.
Bradycardie transitoire. — Elle est commune dans Victêre, due à la présence dans le sang de la bilirubine et des acides biliaires ; ordinairement modérée à 60, 50, 40, elle peut atteindre exceptionnellement les chiffres de 28 et 21 par minute (Frerichs). Elle peut être d'origine toxique, et parmi les poisons susceptibles de la produire il faut citer en première ligne la digitale, puis le plomb, le tabac, etc. Elle se retrouve dans certaines maladies infectieuses. Dans les formes mahgnes et infectieuses de la diphtérie, le pouls tombe quelquefois au-dessous de 50, même chez l'enfant. Sidney PhiUips a rencontré trois fois dans cette maladie un ralentissement extrême du pouls accompagné de vomissements et aboutissant à la mort. La bradycardie n'est pas rare dans la grippe et le ralentissement peut être extrême : Strange (de Worcester) a observé sur lui-même pendant l'influenza 15 à 16 pulsations par minute avec une sensation d'extrême faiblesse ; plusieurs cas de ce genre se sont terminés par une syncope mortelle. On observe quelquefois une lenteur modérée du pouls dans le rhumatisme articulaire aigu : Grob en a relevé 24 cas. Arnozan et Cheminade ont constaté cette même particularité dans la blennorragie : 16 malades sur 19 avaient moins de 60 pulsations.
La bradycardie est d'observation courante dans les maladies du système nerveux. Dans les méningites, dans la méningite tuberculeuse surtout, le ralentissement du pouls succédante quelques jours d'accélération a une grande valeur diagnostique : du quatrième au cinquième jour, le pouls tombe à 60, 50, 40, et en même temps