URÉMIE. — TRAITEMENT
sïve si la barrière rénale ne cédait pas devant elle, pourrait au contraire, en augmentant l'hypertension artérielle, devenir une nouvelle cause de danger.
Si l'on admet, avec M. Dieulafoy (1), que l'oligune etlanune, chez le brightique, « sont sous la dépendance non seulement des lésions du rein, de l'encombrement des tubuli, mais encore d'une intoxication oui par moments, modifie ou anéantit la fonction des reins », il devient rationnel de voir ce que peut donner la méthode nouvelle de médication par les extraits organiques, dans l'espèce la renotherapie. Quelques faits bien curieux ont été publiés; par M. Dieulafoy (2), d'abord, qui a employé les injections sous-cutanées de néphrine, c'est-à-dire d'un extrait aqueux et glycérine, aseptique, de substance corticale du rein de bœuf ; par Gonin (3), qui a employé la même méthode. Dans le cas de Dieulafoy, la sécrétion urinaire, complètement interrompue pendant cinq jours, a reparu après les injections de néphrine ; dans les deux faits de Gonin, même dmrèse expérimentale après les injections, cessant ou reprenant suivant que la médication était interrompue ou recommencée.
Schiperovitsch (4) a traité par la rénothérapie 35 malades atteints de néphrites diverses, aiguës ou chroniques, avec ou sans urémie, sans régime lacté; le rein était donné frais, finement haché, et un peu assaisonné ; les résultats obtenus ont été excellents : disparition de l'albuminurie dans 40 p. 100 des cas ; diurèse, et suppression des phénomènes urémiques ; retour des accidents quand la médication était suspendue.
Il est vrai que, par la même méthode, Picchini (5) n a obtenu que des résultats négatifs. La question n'en reste pas moins à étudier, et il y a peut-être là une ressource thérapeutique que l'on aurait tort
de négliger.
D. Des indications d'ordre tout spécial peuvent surgir, au cours de certaines affections rénales urémigènes, indications relevant directement de la thérapeutique chirurgicale. Prenons, par exemple, un malade atteint d'anurie calculeuse ; si pendant la période de tolérance nous restons inactifs, si nous attendons pour intervenir l'apparition des accidents urémiques, il sera trop tard, et l'organisme, profondément lésé par l'imprégnation toxique, n'aura plus la force ni les moyens de guérir, même après néphrotomie et ablation du calcul oblitérant. La néphrotomie suffisamment précoce pour être encore efficace, c'est-à-dire faite avant le cinquième ou le sixième jour danurie, donne ici au malade sa seule chance de salut.
(1) Dieulafoy, Manuel de path. int., 10e édition, t. II, p. 105.
(2) Dieulafoy, Soc. méd. des hôp., 14 octobre 1892.
(3) Goïwn, Lyon médical, 25 novembre 1894.
(4) Schiperovitsch, Médecine moderne, 18 avril 1895.
(5) Picchini, Gazetta degli Ospedali, 1896, n° 26.
C'est encore à la néphrotomie qu'il faudra recourir dans l'occlusion progressive des uretères par cancer du col utérin, et cela avant l'apparition de l'urémie progressive et hypothermique. Mais ici l'opération n'est malheureusement pas curative, elle n'apporte qu'un moyen palliatif, une dernière ressource pour prolonger une vie condamnée.
La néphrotomie joue ici très exactement le rôle de la côlotomie iliaque dans le cancer de l'intestin.
E. La forme clinique, ou, pour mieux dire, la localisation organique de l'urémie, peut, en dehors des indications générales communes, comporter quelques indications thérapeutiques plus spéciales.
Les formes nerveuses, avons-nous dit, et surtout aiguës, sont celles où la saignée donne les plus beaux résultats. Les inhalations de chloroforme, le chloral, ont aussi été employés, mais leur efficacité est bien moins assurée contre les convulsions urémiques que dans l'éclampsie puerpérale.
L'urémie dyspnéique sera traitée également par la saignée, dans les grandes formes suffocantes, par les applications de ventouses sèches, les inhalations d'oxygène, enfin par l'éther à hautes doses dont Lemoine (de Lille) a récemment préconisé les bons effets.
Dans les formes gastro-intestinales, on combattra les vomissements par la glace, parla cocaïne associée au menthol, la potion de Rivière; la diarrhée par les antiseptiques insolubles, les astringents, etc.
Très variées et très nombreuses sont, on le voit, les indications que peut comporter le traitement de l'urémie, ou, plus exactement, des urémies. Mais nous ne devons jamais perdre de vue que la vraie thérapeutique de l'urémie est, avant tout, préventive. Le rôle capital du médecin est d'empêcher, s'il le peut, ou de retarder tout au moins l'échéance toxique. L'urémie n'a-t-elle pu être évitée, la ligne de conduite est tracée par la physiologie pathologique moderne, et l'on peut dire aujourd'hui que le pronostic des néphrites chroniques est certainement devenu moins grave, ou tout au moins grave à plus lointaine échéance, depuis qu'en matière d'urémie nous sommes sortis de l'ère de l'empirisme pour entrer dans la voie des recherches expérimentales et des médications pathogéniques.