URÉMIE. — TRAITEMENT
qui varie d'un malade à l'autre, influe sur les variétés cliniques au moins autant que les agents toxiques eux-mêmes, sans compter qu'il commande les transformations subies par les éléments accumulés dans le sang ».
Une interprétation tout autre a été donnée par Lépine et par son élève Gaudens (1) : elle subordonne la forme clinique de l'urémie au type anatomique de la lésion rénale ; coma dans l'obstruction des uretères, éclampsiedansla néphrite scarlatineuse, accidents dyspnéiques dans l'atrophie rénale d'origine saturnine ou goutteuse.
L'urémie gastro-intestinale, d'après Lecorché et Talamon (2), accompagne surtout le gros rein blanc, les formes aiguës du mal de Bright, les néphrites consécutives à la compression des uretères par un cancer utérin.
Il semble que la vérité doive être dans la conciliation de cette triple donnée : état préalable de l'organisme, forme de la lésion rénale, nature des agents toxiques retenus. La difficulté est d'établir, en clinique, la part réciproque de ces différents facteurs.
C'est d'eux également que dépend le pronostic de l'urémie, souvent bien difficile à préciser. Cependant quelques règles d'observation clinique peuvent être formulées.
Les éléments de bénignité relative, pour un cas d'urémie, sont : la nature franchement aiguë, et souvent résolutive de la néphrite (néphrites a frigore, post-scarlatineuse) ; l'absence d'hypothermie, ou même une réaction fébrile modérée ; le caractère éclamptique, plutôt que comateux, des accidents cérébraux.
L'urémie grave, et presque toujours mortelle, accompagne les lésions progressives et lentement destructives du rein (rein polykystique, sclérose atrophique, compression des uretères, anurie calculeuse) ; l'hypothermie, les vomissements, la respiration de Cheyne- Stokes, la production de givre d'urée, sont des signes qui impliquent le pronostic le plus fâcheux.
TRAITEMENT. — C'est une grosse question que le traitement de l'urémie, car bien souvent la vie du malade en dépend. La théorie moderne des intoxications urémigènes multiples trouve sa confirmation dans les résultats pratiques auxquels elle conduit. Les indications à remplir sont des plus nettes, et varient suivant la forme clinique d'urémie à laquelle on a affaire.
A. Dans Y urémie fruste, ébauchée, alors qu'il n'y a, par exemple, que de la céphalalgie, de l'hébétude ou quelques troubles digestifs, le régime lacté intégral et continu suffit souvent à faire disparaître ces menaces d'accidents plus graves ; on se trouvera bien d'y associer les grands lavements froids quotidiens, d'au moins un litre, l'anti-
(1) Gaudens, Th. de Lyon, 1885.
(2) Lecorchb et Talamon, L'albuminurie et le mal de Bright, 1888, p- 583.
sepsie intestinale méthodique par le benzonaphtol, les inhalations d'oxygène ; tout cela dans le double but d'éliminer par la diurèse les poisons retenus dans l'organisme, et en même temps d'en restreindre la formation et de les détruire.
B. L'urémie constituée, mais relativement peu grave, sans danger immédiat, sera justiciable du même traitement, auquel on joindra l'administration d'un purgatif drastique, l'eau-de-vie allemande le plus souvent ; on aura soin en même temps de donner au malade des boissons abondantes, qui l'empêchent de se déshydrater s'il n'a pas d'oedèmes, ou de résorber brusquement le liquide interstitiel et toxique des épanchements séreux.
On pourra associer les diurétiques aux drastiques, mais en évitant tout diurétique irritant pour le rein, ou toxique. La caféine à hautes doses, la scille, la théobromine sont souvent en pareil cas mal supportées, la lactose est peu active. La décoction de seconde écorce de sureau m'a souvent donné, à la dose d'un litre par jour, d'excellents résultats. Mais le meilleur des diurétiques, toujours inoffensif, et ayant plus que tout autre chance de réussir, ce sont les injections sous-cutanées abondantes de sérum chloruré sodique ; 500 à 800 grammes par jour seront injectés en deux à trois fois, et cela jusqu'à réapparition d'une diurèse éliminatrice suffisante. Injections de sérum et purgations associées arrivent à opérer un véritable lavage de l'organisme, suivant l'expression très juste de Sahli.
C. L'urémie grave, sidérante parfois, surtout dans ses formes nerveuses, éclamptiques ou comateuses, demande une intervention immédiate et énergique. Il n'y a pas une heure à perdre, il faut aller au plus pressé et gagner un temps suffisant pour parer au danger actuel et permettre à la dépuration organique de se rétablir. Une médication a fait ses preuves d'efficacité souvent héroïque, surtout dans les urémies des néphrites aiguës, c'est la saignée ; une émission sanguine de 300 à 400 grammes arrête souvent d'emblée l'état de mal éclamptique, ou fait sortir le malade du coma dans lequel il était plongé. Comme l'a montré M. Bouchard, la saignée enlève beaucoup plus de substances extractives et toxiques que tout autre émonctoire, le rein excepté, 32 grammes de sang ayant le même pouvoir éliminateur que 280 grammes de liquide diarrhéique, et 100 litres de sueur.
Malheureusement, si la saignée est un moyen parfois héroïque, elle ne peut être souvent renouvelée et reste un remède d'exception, d'urgence.
Les injections intra-veineuses de sérum, isolées ou associées à la saignée, ont parfois donné de bons résultats, mais à condition que le rein s'ouvre, que la diurèse se rétablisse. N'oublions pas que dans les urémies nerveuses la pression artérielle est déjà surélevée (von Ziemssen) ; la saignée l'abaisse, et joint ainsi une action mécanique favorable à son action antitoxique. Une injection intraveineuse mas-