I. — CONGESTIONS AIGUËS DES REINS
Existe-t-il une affection autonome, protopathique, que l'on puisse individualiser sous le nom de congestion rénale aiguë active et primitive? A cette question une réponse affirmative a été donnée dans une série de travaux par A. Robin (1), qui distingue, au point de vue pathogénique, les formes simples, a frigore, et les formes typhoïdes ou infectieuses.
En réalité, l'étude histologique des lésions, au moins dans les cas expérimentaux, montre qu'il s'agit là de néphrites congestives, aiguës ou subaiguës, superficielles et résolutives ; l'hypérémie marche de pair avec les lésions épithéliales et glomérulaires, et si Ton peut lui imputer un certain nombre des symptômes observés, il est plus difficile de l'abstraire comme entité clinique.
Nous retrouverons les différents types de ces néphrites congestives à propos de l'action pathogène du froid, de certaines intoxications dont le cantharidisme est le type, des infections aiguës. La description résumée suivante, due à A. Robin, donne une idée d'ensemble de l'allure clinique que revêtent les formes dites simples de la congestion rénale primitive. « Si l'on n'examine pas l'urine, on pense qu'il s'agit de lumbago, de fièvre catarrhale herpétique ou d'embarras gastrique. Si Ton regarde l'urine, on constate une couleur bouillon de bœuf à reflets rougeâtres, un aspect trouble de l'albumine en abondance, de nombrenx globules rouges et blancs avec des cylindres hyalins et épithéliaux dans le sédiment ; alors l'idée d'une néphrite aiguë vient aussitôt à l'esprit. Les symptômes généraux sont ceux d'une pyrexie à son début ; mais, après quelques oscillations, la température redevient normale, et les symptômes généraux s'atténuent promptement, avec ou sans crise sudorale. L'albuminurie, si abondante qu'elle soit, est essentiellement transitoire, et en quelques jours tout rentre dans la normale. Mais la lenteur de la convalescence fait un singulier contraste avec la rapidité de la période aiguë de cette maladie. Le sujet est affaibli comme s'il avait été en proie à une affection grave et de longue durée ; cette courte maladie l'a comme épuisé. Il reste blafard, sans forces, très amaigri, sans appétit ; puis il regagne rapidement les forces dès qu'il lui est possible de s'alimenter. » (A Robin.)
(1) A. Rodin, Leçons de clin, et therap. médic, 1887, p. 294. — Soc. méd. des hôp., 22 octobre 1886. — Traité de thérap. appliquée, fasc. II, 1895, p. 23.
Évidemment, en l'absence d'autopsies, l'étiquette à mettre sur un pareil syndrome est discutable, mais on conçoit difficilement un raptus congestif sur le rein qui ne s'accompagnerait d'aucunes lésions irrilatives ou inflammatoires.
Pour un cas cependant, très spécial, la congestion aiguë semble vraiment bien être le seul ou tout au moins le principal élément, c'est la fièvre paludéenne aiguë, surtout dans ses formes pernicieuses, décrites par Kelsch et Kiener (1) sous le nom de congestions rénales hémoglobinuriques et hématuriques. Les lésions signalées par ces auteurs sont très typiques, et peuvent être purement congestives si la néphrite n'a pas encore eu le temps de se développer.
Les reins sont peu tuméfiés, mais augmentés de poids. Leur couleur varie du rouge brun sombre et terne au jaune brun clair, café au lait. Les vaisseaux sont gorgés de sang, les pyramides d'un rouge foncé.
Histologiquement, surcharge pigmentaire ocre des épithéhums tubulaires, des glomérules ; dilatation hypérémique considérable des capillaires intertubulaires, des glomérules ; hémorragies interstitielles dans les pyramides, infarctus globulaires des tubes collecteurs ; encombrement des tubuli par des boules hyalines, des cylindres hyalins, granuleux, ou pigmentaires.
On peut également considérer comme d'ordre surtout congestif les lésions des reins observées à la suite des brûlures étendues, et accompagnées d'albuminurie aiguë. Encore est-on bien proche, ici, de la néphrite aiguë toxique, et les expériences de Kianicine (2) ont montré que l'on pouvait extraire des organes et du sang des brûlés une ptomaïne toxique fortement congestionnante pour les reins.
La congesîion rénale apparaît plus nettement pure et isolée au cours de certaines maladies nerveuses, où elle semble relever de vaso-dilatations actives, directes ou réflexes. Dans les lésions en foyer, surtout hémorragiques, des hémisphères cérébraux (Ollivier), dans l'état de mal épileptique, la congestion rénale a été observée. En physiologie expérimentale, elle est réalisée par l'expérience classique de Vulpian : section du grand splanchnique, et turgescence hypérémique du rein correspondant avec polyurie albumineuse. x
Dans une autre série défaits, la vaso-dilatation rénale est réflexe, et a pour point de départ une irritation expérimentale ou pathologique d'un point quelconque des muqueuses des uretères, de la vessie, de l'urètre. M. Guyon a bien montré la fréquence et la gravité de ces poussées congestives chez les prostatiques, les rétrécis, les calculeux, chez tous les vieux urinairesà vessie déjà congestionnée, faci-
(1) Kelsch et Kiener, Traité des maladies des pays chauds, 1889, p. 4JS.
(2) Kianicine, Arch. de méd. expéî'im., 1894, p. 731.