CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS
Sous les différents noms de corps fibreux, tumeurs fibreuses, myomes, fibro-my ornes, fibro-lio-my ornes, fibroïdes (Aran et auteurs anglais), hysléromes (P. Broca), on désigne des néoplasmes dont la caractéristique anatomique est de présenter la même structure que l'utérus. Ce sont des tumeurs bénignes en ce qu'elles ne sont pas susceptibles de généralisation, mais, par leur accroissement excessif et par les complications qu'elles entraînent, elles donnent lieu, quelquefois, à des accidents graves.
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE. — Les fibromes sont les plus fréquentes de toutes les tumeurs. Il résulterait des recherches de Bayle (1) que sur cent femmes ayant dépassé trente-cinq ans, vingt présenteraient des corps fibreux. On ne sait rien de très précis sur leur origine et sur les causes de leur développement. Cette affection a son maximum de fréquence de trente à cinquante ans. L'époque de son apparition est plus précoce que celle du cancer. Les myomes ne sont pas rares de vingt à trente ans. Ils semblent avoir leur maximum de fréquence entre trente et quarante ans. Mais la proportion ne s'abaisse pas sensiblement dans la décade suivante (de quarante à cinquante ans).
La plupart des femmes atteintes de corps fibreux appartiennent, par leurs antécédents personnels ou héréditaires, au neuro-arthritisme. Cette influence n'est pas signalée dans les traités spéciaux, et cependant, d'après F. Siredey et d'après le professeur Landouzy, elle serait à peu près constante.
L'hérédité paraît également avoir une certaine importance : il n'est pas rare de rencontrer des tumeurs fibreuses chez plusieurs personnes de la même famille (filles, sœurs, nièces). De Ranse a présenté au congrès de Montpellier (1898) d'intéressantes observations dans ce sens.
(1) Bayle, Dict. en 60 volumes. Paris. 1813.
980 A. SIREDEY. — ORGANES GENITAUX DE LA FEMME.
Klcbs (1) attribue les myomes à la prolifération des éléments musculaires et conjonctifs de certains vaisseaux, Kleinwaechter (2) les rattache à des cellules rondes qu'il a constatées le long de vaisseaux en voie d'oblitération. Pour Gottschalk (3), le phénomène initial consisterait dans une endartérite provoquant une hyperplasie des tissus voisins. Mais toutes ces recherches n'aboutissent pas encore à des conclusions nettes et indiscutables.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Histologiquement, ce néoplasme est un fîbro-lio-myome, c'est-à-dire qu'il est constitué par des éléments musculaires lisses, unis à du tissu fibreux. Quelles que soient les dimensions des tumeurs, elles sont assez régulièrement arrondies, lisses, ou bosselées; elles ont une coloration blanche ou légèrement rosée, elles sont dures, très résistantes, de consistance élastique. Sur les coupes, le centre fait saillie comme si la tumeur était étranglée à sa périphérie. Il est facile de distinguer à la surface les bandelettes entre-croisées et les tourbillons que forment les fibres lisses, dont le microscope montre les intrications complexes. Le tissu musculaire est entremêlé de fibres lamineuses denses, généralement pauvres en cellules. Les rapports de ces deux éléments sont assez variables : les travées fibreuses, très abondantes dans certains myomes, sont relativement rares dans d'autres : les premiers (fibromes de Gh. Robin) sont durs, tandis que les seconds sont mous et plus vasculaires (Gusserow) (4). On rencontre quelques vaisseaux sanguins à leur périphérie, et même dans leur intérieur. Ces vaisseaux présentent parfois un développement insolite, et donnent à ces tumeurs une disposition spéciale [myomes télangiectasiques de Virchow (5)].
Klebs considère comme des fentes lymphatiques les espaces qui séparent les faisceaux de fibrilles. Hertz (6) a décrit des nerfs dans les fibres lisses des myomes.
Le volume des corps fibreux est extrêmement variable : on en rencontre fréquemment du volume d'un noyau de cerise ou même d'une tête d'épingle, que l'on énuclée facilement de la paroi utérine. Hunter a vu un fibrome qui pesait 140 livres (?) américaines, tandis que le cadavre, débarrassé de cette tumeur, n'avait plus qu'un poids de 95 livres. Entre ces extrêmes, on peut observer toutes les variétés imaginables. Dans les cas ordinaires, il s'agi1 de masses grosses comme une orange ou comme une tête de fœtus.
(1) Klebs, Handbuch derpathol. Anatomie, 1876.
(2) Kleinwaechter, Zeitschr. fur Geb. und Gyn., 1883.
(3) Gottschalk, Ueber die Histogenèse und iEtiologïe des Uterusmyome (Arc h, fur Gyn., 1893).
(4) Gusserow, Die Neubildungen des Utérus, 1886. (5} Virchow, Traité des tumeurs. Trad. franc., 1891. (6) Hertz, Virchow's Archiv, 1869.