‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 4)Chapitre 199 sur 205 · CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS. — ANATOMIE · texte numérisé non relu

CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS. — ANATOMIE

Chaque tumeur est constituée par un myome unique, ou par la réunion de plusieurs nodules; elle prend alors une forme bosselée, quelquefois très irrégulière; d'ailleurs même sur un fibrome qui paraît simple, on voit des bosselures assez prononcées, dues à des nodules secondaires. Les fibromes sont généralement séparés du tissu musculaire de la matrice par une membrane conjonctive qui forme une sorte décapsule, facilitant leur énucléation. Mais fréquemment la tumeur est réunie au parenchyme utérin par des faisceaux conjonctifs, qu'accompagnent des vaisseaux et des nerfs, et, dans certains cas, la délimitation est très difficile. Les connexions de l'utérus avec le néoplasme sont d'autant plus intimes que celui-ci est •de consistance plus molle.

Le nombre des tumeurs fibreuses que l'on peut observer chez la même femme est, en quelque sorte, illimité : certains utérus en sont criblés, ils sont le siège d'une véritable dégénérescence myomalea.se (Pozzi).

D'après la situation qu'ils occupent dans la paroi utérine, les corps fibreux sont : inclus dans l'épaisseur de la paroi [corps fibreux interstitiels) ; développés au-dessous du péritoine, ils font saillie à la surface externe de l'utérus, se rattachant à lui par une large base, ou par un simple pédicule, qui les laisse flotter dans la cavité abdominale [corps fibreux sous-péritonéaux, pédicules, ou non pédicules) ; du côté de la muqueuse, ils affectent quelquefois une disposition analogue et sont fixés à la paroi, immédiatement audessous de la muqueuse, ou plongent, sous forme de polypes, dans la cavité utérine, avec un pédicule plus ou moins allongé formé d'un repli muqueux recouvrant des fibres conjonctives et musculaires accompagnées de vaisseaux sanguins.

Au voisinage des fibromes, le parenchyme utérin augmente de volume d'une façon très notable, cette hypertrophie peut être partielle, ou s'étendre à tout l'utérus (grossesse fibreuse de Guyon) ; elle s'accompagne d'un développement assez considérable des vaisseaux sanguins, et elle entraîne un accroissement de la cavité utérine. Dans le col, où les myomes sont plus rares que dans le ccrps de l'utérus, ils provoquent parfois un allongement cylindrique de la lèvre antérieure, ou descendent de la cavité cervicale dans le vagin sous la forme de polypes grêles, que Pozzi compare à des traînées de cire le long d'un flambeau. Au-dessus du vagin, les fibromes du col envahissent le cul-de-sac de Douglas ou se développent dans l'épaisseur du ligament large.

Les rapports que contractent les corps fibreux avec les divers organes du bassin ou de l'abdomen sont extrêmement variables. Lorsque la tumeur se développe du côté de l'abdomen, tout en restant fixée à l'utérus par une large surface d'implantation, elle entraîne celui-ci dans la cavité abdominale, comme au début de la grossesse.

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Si, au contraire, le myome est pédicule, le pédicule s'allonge, la tumeur devient de plus en plus indépendante de l'utérus, elle tombe dans le cul-de-sac péritonéal postérieur et s'y fixe, ou contracte des adhérences avec l'épiploon et l'intestin. Quelquefois le pédicule se rompt et le fibrome, complètement séparé de l'utérus, se fixe en un point quelconque de la cavité pelvienne. Que ces tumeurs soient flottantes ou fixées à l'utérus, elles provoquent assez souvent de l'ascite par compression des vaisseaux, et par irritation du péritoine. Le liquide, peu abondant en général, est citrin ou légèrement teinté de sang; dans quelques cas, on a vu des épanchements chyleux (1).

Les fibromes présentent, au cours de leur évolution, des transformations plus ou moins importantes.

Le plus habituellement, après la ménopause, ils se rétractent, durcissent, en même temps que l'utérus s'atrophie. La tumeur persiste, diminue le plus souvent, mais elle ne donne lieu à aucune réaction (Pozzi) : c'est une guérison relative. On a observé une véritable calcification de ces néoplasmes. Quelques myomes se ramollissent à la suite d'une poussée aiguë, comme celle qui accompagne assez souvent la grossesse. Pozzi en a vu disparaître un dans ces conditions, mais on ne sait rien de précis (Gusserow) sur les causes de ces modifications, qui ont été attribuées, hypothétiquement, à la dégénérescence graisseuse. La dégénérescence amyloïde (Stratz), la dégénérescence colloïde (Virchow) ont été constatées dans ces conditions, mais assez rarement.

Plus fréquemment les fibromes sont le siège d'une infiltration œdémateuse (Os. Schrœder) qui sépare les travées fibrillaires, formant çà et là de petits lacs, dont la réunion donne lieu à des tumeurs kystiques. Quelquefois ce sont les vaisseaux lymphatiques qui se dilatent et sont l'origine de kystes (Kceberlé, Léopold).

Assez souvent les fibromes subissent une mortification spéciale, qui commence au centre de la tumeur et s'étend peu à peu. Les éléments présentent une dégénérescence granulo-graisseuse aboutissant à une sorte de fonte, qui rappelle celle des productions tuberculeuses ou gommeuses, sans avoir toutefois rien de commun avec elle. Le myome est transformé en un kyste rempli d'une bouillie plus ou moins liquide, mélangée quelquefois de sang. Ces tumeurs s'ouvrent parfois dans la cavité utérine et donnent lieu à une hématométrie spéciale [Meredith (2), Dubreuil (3)], à un utérus kystique (Tillaux) (4).

Enfin, l'inflammation, la suppuration, la gangrène des fibromes surviennent à la suite d'une infection, d'origine accidentelle, ou le plus souvent thérapeutique (cathétérisme, dilatation, etc.).

(1) Terrillon, Soc. de chir., juillet 1888.

(2) Meredith, Transact. of the obst. Soc. of London, 1887.

(3) Dubreuil, Hématométrie (Rev. de chir., 1889;.

(4) P. Tillaux, Utérus kystique (Ann. de gynéc, 1889).

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