ET DE
PAR
E. DUPRE Professeur agrégé à la Faculté de Parte.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — LES INFECTIONS GLANDU- LAIRES. — Avant d'exposer la pathologie spéciale des infections salivaires, et au début d'un volume consacré à l'étude des affections des glandes annexes du tube digestif et des voies génito-urinaires, il n'est pas inutile de résumer les conclusions générales des recherches (1) expérimentales et cliniques qui ont été entreprises sur les réseaux excréteurs de l'urine, de la bile, de la salive et sur les canaux bronchiques. Ces travaux ont abouti à édifier, sur la pathogénie des infections glandulaires, un système de notions générales d'un grand intérêt théorique et pratique.
La pathologie infectieuse doit distinguer, dans l'économie, trois classes d'organes. La première comprend les organes fermés et normalement aseptiques (canaux vasculaires, cavités séreuses, etc.) ; la
(1) J. Albarran, Étude sur le rein des urinaires. Th. de Paris, 1889. — E. Dur-nn. Les infections biliaires. Th. de Paris, 1891. — P. Claisse et E. Dupré, Les infections salivaires. Paris, 1894. — P. Claisse, Les infections bronchiques. '11>. de Paris, 1893.
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seconde, les organes ouverts et normalement septiques (téguments cutanés et muqueux extérieurs, tube digestif, partie inférieure des voies génito-urinaires et portion supérieure des voies respiratoires) ; la troisième comprend les organes qui, relativement fermés et normalement aseptiques, communiquent directement avec des organes exposés et normalement septiques (glandes digestives annexes, portion supérieure des voies génito-urinaires et portion inférieure des voies respiratoires). Le régime aseptique normal des canaux excréteurs des glandes est donc sans cesse menacé d'une infection d'emprunt, réalisée au niveau des organes normalement septiques dans lesquels elles s'abouchent, et dont les séparent des artifices anatomiques (valvules, sphincters, etc.) peu rigoureux, dont la vertu est à la merci de la moindre des occasions pathologiques.
C'est cette notion générale qui, dans l'étude de l'infection des glandes, nous donne le premier secret de la pathogénie de la plupart des accidents. Tout appareil glandulaire peut, en effet, se ramener à la conception schématique d'un système ramifié, creux, aseptique, clos à son extrémité périphérique représentée par le parenchyme sécréteur, et ouvert à son extrémité interne, au niveau de son abouchement dans la cavité septique où se déverse l'humeur qu'il sécrète. D'un autre côté, par ses parois externes, le système cavitaire des glandes est en rapport étroit, surtout au sein des parenchymes, avec les vaisseaux sanguins et lymphatiques.
Deux grandes voies sont donc ouvertes à l'infection pour atteindre les glandes : la voie circulatoire, lymphatique ou sanguine, qui gagne l'organe de la périphérie au centre, et la voie canaliculaire, ascendante, qui gagne l'organe du centre à la périphérie. La voie ascendante est de beaucoup la plus importante. Le microbisme, normal et accidentel, des cavités septiques où s'abouchent les canaux excréteurs (bouche, duodénum, etc.) recèlent les agents de ces infections ascendantes. La voie circulatoire, descendante, est celle des septicémies et des lymphangites. Les migrations bactériennes ont ainsi leur route tracée d'avance par l'origine anatomique de l'infection.
A l'état normal, les conditions qui s'opposent à l'infection des glandes sont : les qualités relativement antiseptiques des humeurs, le cours descendant de celles-ci qui balaye incessamment le réseau d'excrétion dans un sens contraire à l'ascension des migrations microbiennes; les dispositions anatomiques protectrices qui existent aux abouchements des canaux dans les milieux infectés (valvules, sphincters, coudes, rétrécissements, etc.); les propriétés bactéricides du mucus des glandules des canaux excréteurs, etc.
Les conditions qui favorisent l'infection sont toutes les causes, locales ou générales, de déchéance de l'organe. Il ne suffit pas, en effet, d'introduire des microbes dans les réseaux excréteurs pour développer l'infection : des lésions glandulaires préalables sont nécessaires