ICTÈRE DES NOUVEAU-NÉS
Certains enfants présentent quelques jours ou même quelques heures après leur naissance, un ictère plus ou moins intense. Cet ictère des nouveau-nés ne relève pas toujours de la même cause et il est nécessaire pour en faire l'étude de distinguer deux groupes: dans l'un l'ictère est consécutif soit à une affection ou à un vice de conformation des voies biliaires, soit à une maladie infectieuse (ictère symptomatique); dans l'autre, au contraire, il apparaît comme la première et la seule manifestation d'un état morbide sur la nature duquel on n'est pas encore complètement renseigné (ictère idiopathique)
Ictère idiopathique. — La plupart des auteurs qui ont étudié l'ictère des nouveau-nés le regardent comme très fréquent. Kehrer (1) à Vienne l'a noté 414 fois sur 690 nouveau-nés. Porak (2) l'a observé 198 fois sur 248 nouveau-nés, Bauzon (3) 57 fois p. 100.
L'ictère semble surtout fréquent chez les enfants qui ont souffert pendant l'accouchement, qui naissent en état d'asphyxie; la primiparité, les présentations du siège, seraient donc des conditions favorables à sa production. Il paraît en outre beaucoup plus fréquent chez les enfants débiles, nés avant terme, que chez les enfants vigoureux (Kehrer, Epstein).
(1) Kehrer, Studien ûber den Icterus neonatorum (OEster. Jahrb. fur Pœdiat. t. II, 1871, p. 71).
(2) Porak, Considérations sur l'ictère des nouveau-nés {Rev. de méd. et de chir mai-août 1878.
(3) Bauzon, Ictère des nouveau-nés {Congrès de Rome, 1894).
Nombreuses ont été les théories que l'on a proposées pour expliquer l'ictère idiopathique des nouveau-nés. P. Frank a invoqué la rétention du méconium ; Frerichs, l'abaissement subit de la tension des capillaires du foie par l'interruption de la circulation ombilicale et l'établissement de la respiration, d'où passage des pigments biliaires dans le sang; Birch-Hirschfeld (1), l'œdème de la capsule de Glisson et la stase veineuse au niveau du hile, d'où compression des gros vaisseaux biliaires; Hewit, la gêne de la circulation pulmonaire chez les enfants dont la respiration s'établit lentement et difficilement, chez ceux, par exemple, qui ont de l'atélectasie pulmonaire et par conséquent surtout chez les débiles et les enfants nés avant terme. D'autres auteurs (Billard, Quincke, Bouchard (2)t Porak, Bauzon, etc.) admettent une origine hématique; il se fait en effet après la naissance, une destruction considérable de globules rouges ; il s'agirait ici d'un véritable ictère hémaphéique.
L'ictère idiopathique débute parfois quelques heures après la naissance; il est exceptionnel de voir un enfant naître ictérique. La coloration est surtout marquée le deuxième et le troisième jour, puis elle diminue progressivement et disparaît au bout d'une semaine environ. Dans quelques cas très rares elle persiste quinze à vingt jours. Les selles sont ordinairement colorées; les urines ne contiennent pas ou contiennent peu de pigments biliaires, mais elles renferment quelquefois de l'urobiline et toujours des urates en excès, une forte proportion d'urée (Hofmeier) et enfin de l'hématoïdine (Parrot, A. Robin). Le foie ne paraît pas augmenté de volume. La perte de poids qui se produit pendant les premiers jours après la naissance est plus considérable que normalement et l'augmentation consécutive est plus tardive.
Néanmoins l'affection est toujours bénigne et guérit dans tous les cas spontanément.
Ictère symptomatique. — L'ictère des nouveau-nés peut être lié à une malformation congénitale des voies biliaires ; ainsi on a vu manquer complètement la vésicule et les gros conduits ; on a observé l'oblitération de tous les conduits du hile du foie, l'imperforation du cholédoque ou du canal cystique. Ordinairement les enfants ne survivent que quelques jours et meurent avec des hémorragies intestinales, ombilicales, avec de l'ascite, etc.
L'ictère peut être consécutif à une infection catarrhale des voies biliaires, accompagnée souvent de troubles digestifs plus ou moins intenses (3).
(1) Birch-Hirschfeld, Die Krankheiten der Leber (Gerhardt's Handbuch der Kinierkrankheiten, t. IV, 2e partie, 1880, p. 691).
(2) Bouchaiid, De l'ictère hématique et plus particulièrement de l'ictère hématique des nouveau-nés {Cours de clin. méd. et Soc. de biol., 1873).
(3) Dans plusieurs cas d'ictère infectieux du nouveau-né terminés par la mort, MM. Lesage et Demelin ont constaté l'envahissement de l'organisme tout entier
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Il se montre fréquemment à la suite de la phlébite ombilicale ; il s'agit, alors d'un ictère pyohémique avec fièvre et hémorragies multiples.
Il faut probablement rapprocher de ce dernier, l'ictère consécutif à l'hémorragie du cordon.
Citons enfin les faits très rares ou exceptionnels d'ictère par syphilis hépatique ou périhépatite syphilitique (Parrot), par cirrhose hypertrophique biliaire (un cas ded'Espineet Picot) et ces ictères infectieux qu'on a décrits comme maladies à part, maladie bronzée hématique, ou maladie de Winckel et la dégénérescence graisseuse aiguë des nouveau-nés [Buhl (1) et Hecker (2) ].
La maladie bronzée hématique, tubulhématie rénale de Parrot, ictère noir de Liouville, s'accompagne d'hématurie ou d'hémoglobinurie, de diarrhée bilieuse, de convulsions; l'enfant tombe rapidement dans le coma et l'hypothermie et meurt en quelques jours. A l'autopsie on trouve un sang noir, poisseux; à la coupe du rein, les pyramides paraissent noires et des hémorragies occupent çàet là le parenchyme. La mortalité est considérable.
Pour ce qui est de la dégénérescence graisseuse aiguë elle est évidemment le résultat d'une infection générale en rapport probablement avec une infection puerpérale.