ICTÈRE INFECTIEUX BÉNIN. — SYMPTOMATOLOGIE
L'exploration du foie et de la rate montre qu'ils sont tous deux hypertrophiés.
Souvent vers le troisième ou quatrième jour apparaît une éruption d'herpès labial.
Cette première phase se prolonge cinq à six jours en moyenne, puis l'ictère survient, augmentant progressivement : tantôt cet ictère s'accompagne des signes de la rétention biliaire et les matières fécales sont décolorées (ictère catarrhal infectieux de M. Chauffard); tantôt au contraire la diarrhée bilieuse continue (ictère pléiochromique de Stadelmann).
Les urines renferment dans les deux cas, d'abord des pigments biliaires normaux, puis, avec ces pigments, de l'urobiline. On constate en outre l'existence de la glycosurie alimentaire.
Au cours de la phase ictérique se produit une crise survenant plus ou moins tôt, quelquefois presque au début de cette phase, et caractérisée par une diurèse abondante, avec élimination assez considérable d'urée, chute de la température et disparition des phénomènes généraux. L'ictère diminue progressivement ; le malade est en pleine convalescence. La persistance quelquefois assez longue de l'urobilinurie et de la glycosurie alimentaire, démontre toutefois que la cellule hépatique ne recouvre que lentement son intégrité. M . Chauffard , Girode, ont insisté sur ce fait.
Cette terminaison est celle que l'on observe le plus souvent, ce qui justifie la dénomination d'ictères infectieux bénins par laquelle on désigne ces infections avec ictère. Toutefois on ne saurait oublier que dans quelques cas la maladie change brusquement d'allure, et que la mort peut survenir au milieu des symptômes de l'insuffisance hépatique ou des accidents de l'ictère grave.
Forme typhoïde (typhus hépatique, ictère fébrile à rechute, maladie de Mathieu, maladie de Weil). — Il existe parfois une période d'incubation assez longue (douze à quinze jours), en particulier dans les cas où l'affection est due à l'absorption de certaines eaux.
Le début est le plus souvent assez brusque : le malade est pris de frissons; sa température s'élève rapidement; il se plaint d'une céphalalgie intense et quelquefois de rachialgie; il éprouve une sensation de fatigue, de courbature générale, et des douleurs musculaires. La langue est saburrale, l'anorexie absolue ; dans certains cas des vomissements bilieux se produisent.
La maladie peut aussi débuter d'une façon insidieuse, par du malaise, de l'anorexie; mais les symptômes acquièrent vite, dans les deux circonstances, toute leur intensité. La température s'élève rapidement à 39°, 40°, la céphalalgie est persistante, parfois très violente, la face est rouge, les conjonctives injectées. L'insomnie est absolue.
Les troubles abdominaux manquent à cette période prodromique de l'affection. L'herpès labial est assez fréquent. L'examen du foie et
de la rate montre que ces deux organes sont tuméfiés; le foie peut cependant paraître normal. Les urines sont souvent albumineuses.
La durée de cette première période est de cinq ou six jours, quelquefois de huit et dix jours. L'ictère apparaît alors, d'abord léger et localisé aux sclérotiques, puis augmentant rapidement et se généralisant. Les selles sont le plus souvent décolorées, mais d'une façon incomplète. Quelques malades ont de la diarrhée ; plus fréquemment on note la constipation. Les urines sont rares, foncées, albumineuses; elles contiennent des pigments biliaires normaux et modifiés.
La fièvre et la céphalalgie persistent, la prostration s'accentue. Bientôt apparaissent des hémorragies. La plus fréquente est l'épistaxis, qui peut devenir dangereuse par sa répétition et son abondance ; on observe aussi du purpura, des marbrures érythémateuses, de& plaques congéstives de la peau(l) (Rendu), des hémorragies gingivales; certains malades présentent l'apparence de scorbutiques. Leshémoptysies sont exceptionnelles, ainsi que les hématémèses et les hémorragies intestinales. M. Landouzy a signalé l'hémorragie^ rétinienne.
Le foie est volumineux et douloureux à la pression ; la splénomégalie persiste.
L'état général s'est aggravé, l'état typhoïde et les phénomènes dedépression se sont accentués, et certains malades meurent à cette phase de la maladie.
Le plus souvent cependant, huit ou quinze jours après l'apparition de l'ictère, et parfois au moment où les symptômes semblent le plus graves, une crise se produit : la fièvre tombe, les hémorragies s'arrêtent, la transpiration apparaît; le taux des urines s'est élevé, les phénomènes généraux s'amendent. Tantôt il s'agit d'une défervescence vraie et définitive : la diurèse est alors très abondante, les sueurs profuses, le malade est pris d'un sommeil profond ; la température descend au-dessous de la normale (36°, 3ô°5).
Tantôt, au contraire, il s'agit d'une rémission passagère, ce que peuvent faire reconnaître une chute thermique moins franche, une diurèse et une transpiration peu abondantes ou nulles, une tuméfaction persistante du foie et delà rate. Au bout de trois à cinq jours, en effet, des frissons se produisent, la fièvre reparaît, l'ictère qui déjà tendait à décroître devient plus intense, les urines se suppriment; en un mot, tous les phénomènes de la période d'état réapparaissent aussi intenses et aussi graves. Cette rechute dure trois à huit jours environ, puis brusquement se produit la crise qui annonce, définitivement cette fois, la terminaison de la maladie.
La convalescence est marquéee par le retour de l'appétit et des
(1) On a noté assez fréquemment l'existence d'exanthèmes divers, morbilliformcs, Bcarla'tiniformcs ; l'urticaire, "'"ides taches rosées Weil) ont été signalées