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CIRRHOSE SYPHILITIQUE DE L'ADULTE

ANTOMIE PATHOLOGIQUE. — Cette forme est d'aspect tout à fait caractéristique ; elle est souvent désignée sous les noms de foie ficelé, foie capitonné, qui mettent bien en évidence l'aspect essentiel de la lésion, son irrégularité. La lésion cirrhotique est rarement généralisée ; le plus souvent il existe à côté des régions sclérosées et atrophiées des régions hypertrophiées. Ces hypertrophies partielles sont tantôt seulement apparentes et en rapport avec une dégénérescence amyloïde, d'autrefois réelles et en relation avec une véritable hypertrophie compensatrice, ainsi que l'ont fait remarquer depuis longtemps Leudet, et MM. Lacombe, De Lavarenne, Mauriac (1).

A l'ouverture du ventre, l'organe ainsi irrégulièrement déformé apparaît le plus souvent entouré d'adhérences qui partent des zones fibreuses et les réunissent aux organes voisins, particulièrement au diaphragme. Ces brides cicatricielles sont plus accentuées que dans la plupart des cirrhoses et il existe souvent des plaques épaisses et résistantes de périhépatite, parfois très étendues. Chez une malade de M. Lancereaux, une fausse membrane de cette nature enveloppait tout le foie, et par la compression qu'elle exerçait sur les vaisseaux du hile avaitdéterminé de l'ascite et de l'ictère.

Le foie ficelé est divisé en mamelons irréguliers, par de larges bandes de tissu scléreux dont la rétraction fait saillir des mamelons volumineux comparés par M. Lancereaux aux lobules du rein déjeune veau. Les bandes fibreuses sont épaisses ; elles forment des rubans (sclérose rubanée) parfois larges de 2 centimètres et pénétrant dans la profondeur de l'organe où se retrouve une lobulation analogue à celle de la surface. Dans d'autres cas, l'aspect de la glande malade a pu être comparé à celui des circonvolutions intestinales. L'organe présente habituellement sur sa surface des cicatrices stellaires, inégales, déprimées, dont la présence est presque pathognomonique et qui sont dues à la résorption de gommes superficielles. Les bandes de sclérose sont parsemées de gommes visibles à l'œil nu, et

(1) Virchow a constaté au niveau de ces zones une augmentation des acini et une hypertrophie des éléments trabéculaires.

dont le volume varie de celui d'un grain de mil à celui d'une noix et qui sont parfois isolées, le plus souvent réunies en groupes, soit au niveau des points d'intersection des bandes fibreuses, soit plus rarement dans le parenchyme hépatique lui-môme. Toutes ces lésions ont habituellement leur maximum à la face supérieure du foie dans le voisinage du ligament suspenseur. Les bords, surtout le bord antérieur, sont anfractueux, irréguliers, très déformés.

En fin de compte, et malgré les hypertrophies partielles signalées plus haut, le volume et le poids de la glande sont rarement très augmentés, parfois même ils sont diminués.

La consistance du foie est augmentée à la pression, et à la coupe les bandes scléreuses crient sous le couteau. Ces bandes pénètrent irrégulièrement de la surface dans la profondeur en diminuant graduellement d'épaisseur. Rosé et relativement assez tendre quand il est jeune, le tissu scléreux devient de plus en plus ferme, blanchâtre, nacré, à mesure qu'il vieillit.

Le plus souvent la rate est hypertrophiée et présente, soit des lésions inflammatoires vulgaires, soit des altérations spécifiques comparables à celles du foie. Les reins peuvent aussi présenter différentes lésions, particulièrement la dégénérescence amyloïde, et l'intervention de ces altérations secondaires n'est pas sans compliquer le tableau clinique de la syphilis hépatique, déjà peu net par lui-même.

Au point de vue microscopique, les bandes de la sclérose syphilitique sont constituées par un tissu adulte très riche en fibres et contenant très peu de cellules conjonctives, sauf en quelques points spéciaux où elles se réunissent en petits amas (gommes miliaires). Ce tissu conjonctif présente une disposition très irrégulière ; il siège surtout dans les espaces porto-biliaires, pénètre quelquefois dans les lobules à l'aide de prolongements irréguliers, à extrémité renflée en tête de serpent, qui parfois se réunissent pour former des anneaux. Les néocanalicules biliaires sont rares dans l'épaisseur du tissu fibreux, on trouve plus souvent des petits amas de cellules hépatiques dégénérées ou des cellules isolées. Les bandes de tissu scléreux présentent sur leurs bords des dentelures qui s'insinuent entre les cellules trabéculaires voisines, atrophiées ou en voie de dégénérescence granulo-graisseuse, amyloïde ou pigmentaire. Les gommes qui parsèment le tissu de sclérose présentent les caractères microscopiques qui ont été signalés plus haut.

Ce qui est à noter particulièrement dans l'évolution du tissu scléreux, c'est l'importance considérable des lésions d'endo et de périphlébite porte, et surtout celle des lésions de périartérite et d'endartérite oblitérante qui sont tout à fait caractéristiques de cette cirrhose.

PATHOGÉNIE ET ÉTIOLOGIE. — La pathogénie de la cirrhose syphilitique est difficile à déterminer. L'invasion du foie se fait évi-

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