CIRRHOSE SYPHILITIQUE DE L'ADULTE. — SYMPTOMES
demment par la voie vasculaire, mais les lésions portales et les lésions artérielles paraissent la plupart du temps et quoi qu'on en ait dit, d'importance analogue, bien que le rôle de l'artérite syphilitique dans la pathologie générale de la maladie rende a priori assez vraisemblable l'idée que dans ce cas la sclérose est surtout d'origine artérielle. C'est la localisation de la lésion le long des branches vasculaires importantes qui donne à la sclérose la forme rubanée qui lui est particulière. Dans sa description histologique de l'hépatite syphilitique héréditaire tardive, M. Hudelo assigne comme point de départ aux lésions une infiltration embryonnaire diffuse qui, suivant son extension et sa localisation, donne naissance à la sclérose ou à la gomme. Pourquoi les lésions du foie que nous venons de décrire sont-elles, en somme, assez rares aussi bien dans la syphilis acquise que dans la syphilis héréditaire tardive, ainsi que le montrent, en particulier, les statistiques de M. Fournier, de M. Mauriac, c'est là un fait dont l'explication n'a pas été donnée jusqu'à présent, les causes qui déterminent l'apparition d'une localisation hépatique de l'infection étant encore fort obscures, bien que l'alcoolisme, l'impaludisme, un ictère antérieur passent pour créer une prédisposition encore mal démontrée.
SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC. — La forme scléro-gommeuse de Ja syphilis du foie peut rester latente et en tout cas son tableau svmptomatique est généralement assez fruste. C'est ainsi que les symptômes dus à la lésion hépatique peuvent passer inaperçus au milieu du syndrome d'une cachexie syphilitique progressive.
Il est assez probable que dans certains cas les lésions sont susceptibles de ne pas dépasser le stade congestif, ce qui explique que les symptômes puissent s'amender rapidement sous l'influence du traitement approprié. Cette forme congestive est admise par M. Barthélémy pour la syphilis héréditaire tardive.
D'ordinaire, les symptômes sont ceux de la cirrhose alcoolique commune, c'est-à-dire qu'on y trouve de l'hypertrophie de la rate, du météorisme, de l'ascite, delà circulation complémentaire abdominale, et l'ensemble des troubles digestifs (une diarrhée rebelle s'observe très souvent), respiratoires, circulatoires, urinaires, qui par leur réunion donnent à la maladie de Laënnec ses caractères spéciaux. L'ictère est rare, et, quand il existe, dû à la compression des voies biliaires par une gomme, un ganglion hypertrophié, une cicatrice,
M. Mauriac a insisté sur ce fait que lorsque les troubles cirrhotiques sont évidents, la lésion est déjà fort ancienne ; il faut donc la dépister par la recherche des petits signes habituels de la cirrhose, particulièrement des troubles digestifs qui préexisteraient parfois pendant de longues années (trois ans et neuf ans dans deux faits de Leudet).
Les troubles fonctionnels qui ont un aspect un peu spécial à la syphilis sont: une douleur sourde, due à la périhépatite, fixe, intense. TnAnï: df. MÂDEcnri. V. — 30
exacerbante, plus rarement continue, sans irradiations à distance (1), spontanée et éveillée par l'exploration de l'organe. Il faut y joindre un état de malaise général accentué, à exaspération vespérale qui serait très caractéristique, d'après M. J. Simon (art. Foie syphilitique du Dict. de Jaccoud). Le diagnostic différentiel d'avec la cirrhose alcoolique atrophique repose le plus souvent tout entier, d'une part sur la notion de l'étiologie syphilitique à laquelle mènent, soit l'interrogatoire et les aveux du malade, soit la constatation de stigmates positifs d'une infection syphilitique acquise ou héritée, d'autre part sur l'existence des signes physiques propres au foie syphilitique.
Quand on sait combien dans la pratique l'ascite et le météorisme peuvent rendre l'exploration du foie peu précise, on a l'idée des difficultés que peut parfois rencontrer le diagnostic. Quand l'exploration est possible, la constatation de l'hypertrophie irrégulière du foie, des déformations de son bord antérieur, constituent les meilleurs éléments du diagnostic. Celui-ci peut encore se poser avec l'hépatite paludéenne, avec la cirrhose hypertrophique biliaire de Hanot, avec une cirrhose biliaire par obstruction ; l'évolution de la maladie, d'une part, la recherche des antécédents des malades, les stigmates laissés par les manifestations spécifiques antérieures, d'autre part, ainsi que l'analyse détaillée du tableau symptomatique, permettront généralement de trancher la question. Quand les irrégularités de la glande sont perçues nettement, leur constatation peut en imposer pour une tumeur du foie, cancer primitif ou secondaire, kyste hydatique. Dans le cancer secondaire il est assez rare que lorsque l'on constate les nodules hépatiques, il n'existe déjà des signes indubitables de la carcinose primitive au niveau de l'estomac, de l'intestin, etc. Au reste, l'hypertrophie du cancer hépatique secondaire et surtout primitif, dépasse d'ordinaire largement celle du foie syphilitique; la marche de la cachexie est beaucoup plus rapide et l'aspect du malade différent. Le kyste hydatique sera aussi le plus souvent facile à différencier.
PRONOSTIC. —MARCHE. —TERMINAISONS. — Le pronostic de la syphilis hépatique tertiaire dépend d'un certain nombre de facteurs, de la précocité du diagnostic, d'où découle l'efficacité du traitement, de l'état général du malade au moment de l'apparition de la localisation hépatique, des manifestations syphilitiques qui coexistent au niveau des autres organes. Assez souvent l'hépatite syphilitique n'est qu'une des lésions qui mènent plus ou moins rapidement l'organisme à la cachexie définitive. Chez l'adulte, la marche est généralement lente et, sous l'influence du traitement spécifique, les améliorations
(1) A. F. Pmcque, La syphilis d i foie chez l'adulte. Formes cliniques et traitement {Gaz. des hôp., 8 janv. 1898)