CIRRHOSE SYPHILITIQUE DU NOUVEAU-NE
La syphilis héréditaire peut frapper non seulement le fœtus luimême, mais encore le placenta ; elle est, on lésait, une des causes les plus fréquentes delà mort du fœtus dans l'utérus, mort suivie d'une macération d'autant plus prononcée que l'expulsion est plus tardive.
Dans le fœtus macéré le foie est un des premiers organes altérés ; il devient flasque, mou, ridé, diminue de volume et présente une coloration feuille morte ou terre de Sienne (Gubler). Son poids comparé à celui du foie d'un fœtus macéré du même âge mais non syphilitique est augmenté (Cari Rudge, Hutinel et Hudelo), moins cependant que ne l'est celui de la rate qui, malgré la perte absolue que la macération lui a fait subir, dépasse de beaucoup la moyenne.
La syphilis hépatique héréditaire est rarement une manifestation isolée de l'infection, le plus souvent elle est combinée aux lésions cutanées, muqueuses, osseuses, viscérales de l'hérédo- syphilis. On l'observe soit chez des fœtus, soit chez des nouveau-nés, soit chez des enfants qui, sains en apparence à la naissance, présentent dans le cours des trois premiers mois les symptômes d'une localisation hépatique. C'est dire qu'elle ne fait pas exception aux règles habituelles de l'hérédo-syphilis.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — D'après MM. Hutinel et Hudelo les premiers stades de développement des lésions ne déterminent pas d'altérations appréciables à l'œil nu; plus tard on trouve des foies
d'une coloration foncée, violet sombre ou lie de vin, saignant abondamment à la coupe, plus fermes que les foies sains, et ne présentant ni sur leur surface ni sur des coupes d'autres altérations bien apparentes. Si la lésion est plus accentuée on peut apercevoir de petits points, de petites taches, ou même des nodules blanchâtres, semés sur le fond violacé de l'organe.
Mais bientôt apparaît une lésion absolument caractéristique, connue depuis Gubler sous le nom de foie silex, expression qui rend bien la coloration brun pâle de la glande et une certaine transparence générale qui rappellent l'aspect de certaines pierres à fusil.
Ces caractères sont plus ou moins nettement tranchés suivant le degré et l'étendue de la lésion qui, quelquefois généralisée, est le plus souvent partielle ou du moins inégalement développée dans les divers lobes, comme la syphilis de l'adulte. Le foie est toujours augmenté de volume : le rapport de son poids à celui du corps qui chez le fœtus sain est de 1/25 peut s'élever jusqu'à 1/12; l'organe est lobule, turgide, lisse, distend la capsule, présente des bords mousses et la coloration spéciale signalée par Gubler s'étend d'une f^çon uniforme, ne laissant plus apercevoir à l'œil nu ni la lobulation normale, ni les veines centrolobulaires. A la section la surface du foie est lisse, sa consistance augmentée ; difficile à entamer avec le doigt, le parenchyme crie sous le scapel ; son élasticité est si grande qu'un morceau cunéiforme emprunté à son bord tranchant, pressé entre les doigts s'échappe « à la manière d'un noyau de cerise et rebondit à la surface du sol » (Gubler). A la section il s'écoule peu de sang, mais une sérosité albumineuse, jaunâtre. Le fond de la glande est tantôt uniforme, tantôt au contraire semé de points blanchâtres oue Gubler a comparés à des grains de semoule.
Entre les lésions que nous venons de décrire à leur maximum et le foie turgescent et violacé signalé d'abord, il existe toute une série d'intermédiaires ; dans d'autres cas les lésions du foie silex sont localisées en une série de départements isolés comme des taches jaunes au milieu d'un parenchyme congestionné ou même sain en apparence ; cet état marbré du foie est très fréquent chez les nouveau-nés syphilitiques (Hutinel et Hudelo).
On a signalé d'une façon exceptionnelle une cirrhose vraie, avec une coloration verdâtre ou vert olive du parenchyme et parfois un aspect granuleux analogue à celui de la cirrhose commune. Dans deux cas de ce genre, MM. Hutinel et Hudelo ont trouvé l'explication de cette forme exceptionnelle dans une oblitération complète des canaux hépatiques, complication purement accidentelle de la sclérose syphilitique. Il existe deux observations analogues, dues à Chiari et H. Beck. Schuppel a signalé l'existence de la péripyléphlébite syphilitique.
Les lésions syphilitiques localisées, c'est-à-dire les gommes, sont