‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 141 sur 153 · HENRI CLAUDE · texte numérisé non relu

HENRI CLAUDE

Médecin des hôpitaux.

Les altérations des méninges spinales constituent rarement des maladies autonomes. — De ces membranes plus que de tout autre organe, on peut dire que les lésions qu'on y observe sont le plus souvent la conséquence des processus pathologiques qui ont leur siège au voisinage ou qui atteignent l'économie tout entière.

Les inflammations aiguës des méninges spinales accompagnent à peu près constamment celles des méninges cérébrales (méningites aiguës, méningites cérébro-spinales). Dans les méningites tuberculeuses, alcooliques, les altérations peuvent présenter leur maximum d'intensité au niveau des enveloppes du cerveau, mais elles ne laissent pas intactes celles de la moelle et quelquefois frappent celles-ci d'une façon élective.

Dans les diverses myélites, les méninges sont, à des degrés différents, bien souvent intéressées. La syphilis qui frappe la moelle atteint toujours en même temps les méninges. La tuberculose vertébrale, les tumeurs du canal rachidien, toutes les causes décompression de l'axe spinal qui ont été étudiées dans d'autres parties de ce Traité déterminent des lésions méningées, qui à leur tour peuvent provoquer des altérations secondaires des racines ou de la moelle.

On le voit, la plupart des maladies des méninges spinales sont solidaires d'autres maladies des méninges cérébrales, du cerveau , de la moelle et du canal rachidien, et leur étude ne peut être distraite de ces dernières. Nous rappellerons seulement, dans cet exposé, leur place dans la description générale des maladies du système nerveux, et nous nous occuperons plus particulièrement de certaines affections, dans lesquelles les méninges rachidiennes sont à peu près seules intéressées.

La disposition et la structure de ces méninges a été décrite ailleurs (1). Leurs connexions avec les diverses parties du systèmenerveux ont été indiquées. Nous reviendrons, dans le cours de notre description, sur certains détails qu'il pourra être utile de rappeler.

A la physiologie pathologique générale, nous avons peu de chose à ajouter à ce qui a été dit à propos des méninges cérébrales. Les manifestations cliniques des méningites spinales se confondent avec celles des méningites cérébrales. Certains signes toutefois, tels que celui de Kernig, sont plutôt en rapport avec les altérations des méninges spinales.

(1) Voy. IIutinel et Ki.ippbl, Maladies des méninges cérébrales, in Traité de médecine, t. IX, p. 2"2 et 388.

Les symptômes des méningites spinales sont pour la plupart des symptômes d'emprunt. Troubles moteurs, troubles sensitifs, troubles trophiques, toute cette symptomatologie souvent bruyante traduit l'irritation, la compression, la destruction de l'axe bulbo-spinal ou des racines nerveuses. Une mention particulière doit être faite toutefois pour les phénomènes douloureux, qui prennent souvent une importance exceptionnelle.

Les douleurs dans les altérations des méninges peuvent être dues aux compressions nerveuses, mais, comme l'a bien indiqué Vulpian, elles traduisent aussi parfois l'irritation simple de la dure-mère. Cette membrane n'est pas dépourvue de nerfs; contrairement aux idées de Kolliker, Rûdinger a affirmé l'existence de ramuscules nerveux libres ou périvasculaires dans la dure-mère; Luschka, Rûdinger, dans le tissu cellulo-adipeux du canal rachidien et autour des sinus veineux, ont décrit de nombreux plexus nerveux; enfin les recherches des histologistes modernes, grâce aux techniques délicates employées aujourd'hui, nous ont fait connaître le mode de terminaison des fibrilles nerveuses dans les méninges. D'ailleurs, expérimentalement, Flourens, Philippeaux et surtout Vulpian ont démontré que la duremère était douée d'une certaine sensibilité. Vulpian découvrait la dure-mère et pinçait cette membrane fortement, et il constatait que sous l'influence de cette excitation la pression artérielle s'élève, les battements du cœur se ralentissent, les contractions se renforcent à chaque excitation, enfin la pupille se dilate.

Quant à la pie-mère, l'existence de réseaux nerveux à son intérieur n'est pas douteuse : Pûrkinjeles a décrits chez le bœuf; Kolliker a vu ces fibrilles formées de tubes de 3 p.à6ji, accompagner les vaisseaux et entrer avec eux dans la moelle. D'après Remak, ces fibres proviennent des racines postérieures et, pour Rûdinger, en partie du grand sympathique. Au point de vue physiologique, Magendie et Cl. Bernard ont vu la sensibilité de la pie-mère s'atténuer sur les régions antéro-latérales de la moelle après section des racines antérieures, ce qui indique l'existence de fibres récurrentes qui suivent ces racines. D'après Vulpian, les fibres nerveuses sont beaucoup plus nombreuses à la partie postérieure qu'à la partie antérieure de la ,pie-mère, et, dans les recherches expérimentales, on est frappé de la sensibilité extrême des régions postérieures de la pie-mère à la moindre excitation, mécanique, électrique, thermique ou chimique. Pour cet auteur, la prédominance des lésions des méningites aiguës et surtout chroniques à la partie postérieure de la moelle pourrait être expliquée par cette richesse de fibres nerveuses. En effet, ces fibres sont non seulement des fibres sensitives et probablement trophiques, mais encore des fibres sympathiques, c'est-à-dire vaso-motrices pour la plupart. « Les influences pathogénétiques qui retentissent sur les membranes médullaires agiront grâce à cette innervation spéciale

Page 1