‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 143 sur 153 · ALTÉRATIONS SANS SYMPTOMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS SANS SYMPTOMES CLINIQUES

Ossifications et calcifications des méninges. — On rencontre assez fréquemment implantées sur l'arachnoïde de petites concrétions osseuses, du volume d'un grain de mil, isolées ou groupées, lenticulaires, siégeant particulièrement sur les parties postérieures de la membrane et dans les régions inférieures du canal rachidien. On n'en trouve pas sur la pie-mère, et on ne les a signalées que très rarement sur la dure-mère. Heschlet Ludwig ont décrit chez les vieillards des incrustations calcaires de la dure-mère constituées par du carbonate et du phosphate de chaux.

Pigmentation. — La surface de l'arachnoïde, surtout dans les régions cervicales et bulbo-protubérantielles, est souvent parsemée de taches punctiformes ou de petits placards d'une coloration gris brunâtre ou ardoisée. Signalées par Valentin et bien décrites par Virchow, ces taches sont dues à la présence de cellules pigmentaires semblables à celles de la choroïde et n'ont pas de signification pathologique.

Varices. — Le développement considérable du système veineux rachidien explique l'existence de dilatations veineuses, constatées fréquemment à la surface interne de la dure-mère et sur la pie-mère. Elles peuvent favoriser les épanchements de sang intrarachidiens.

Méningites radiculaires. — On sait que les racines rachidiennes antérieures et postérieures se rassemblent pour traverser la duremère. En réalité, cette membrane est seulement refoulée ainsi que l'arachnoïde, et elle constitue, doublée par celte dernière, une gaine qui se continue avec le périnèvre des nerfs et qui émet des cloisons destinées à séparer les racines et les faisceaux qui les composent. Mais, après un trajet de longueur variable, la racine postérieure se dégage de cette enveloppe pour aller se jeter dans le ganglion rachidien, la racine antérieure continue son trajet. La portion de racines

(1) Vulpian, Leçons sur les maladies du système nerveux, 1879.

comprise entre la sortie du sac sous-arachnoïdien et rentrée de la racine postérieure dans le ganglion porte le nom de nerf radicalaire. En effet, dans cette partie, les racines ont la structure d'un nerf périphérique enveloppé de sa gaine lamelleuse, et présentent des espaces lymphatiques périfasciculaires en communication directe avec l'espace sous-arachnoïdien, constituant en quelque sorte des diverticules de celui-ci espacés régulièrement sur toute la hauteur de l'axe bulbospinal, ainsi qu'au niveau des méninges cérébrales, puisque les nerfs crâniens présentent une disposition analogue (1). Or ces fentes « deviennent un lieu d'élection pour toutes les lésions inflammatoires qui siègent dans la cavité sous-arachnoïdienne ; non seulement les inflammations s'y fixent, mais encore elles s'y développent, au point que des méningites à peine visibles peuvent donner naissance à de grosses névrites radiculaires » (Nageotte). Cette région est donc particulièrement vulnérable : Nageotte, de Massary y ont constaté des altérations dans un certain nombre d'affections générales. Ces lésions ne nous intéressent que d'une façon indirecte, car ce sont des névrites plutôt que des méningites, mais ces névrites sont sous la dépendance vraisemblablement de la méningite. En effet, dans un cas de méningite d'origine otitique, Nageotte a pu voir sur des coupes en série un mince anneau de pus autour des fascicules nerveux à l'entrée des racines dans la gaine, lequel se retrouvait sur tout le trajet du nerf radiculaire jusqu'au ganglion, formant de véritables abcès qui distendaient la gaine.

Dans les tumeurs cérébrales, Batten et Collier, puis Nageotte ont décrit des dégénérescences des racines au niveau des nerfs radiculaires, appréciables seulement par la méthode de Marchi, et accompagnées d'une néoformation conjonctive périfasciculaire considérable, lésions qui paraissent secondaires à une méningite très légère caractérisée par une infiltration cellulaire discrète de la pie-mère et de légères altérations vasculaires.

C'est une névrite radiculaire transverse assez analogue à la précédente qui a été décrite par Nageotte dans le tabès et qui a été considérée par cet auteur comme l'origine de la dégénérescence des cordons postérieurs, tandis qu'Obersteiner et Redlich mettaient en cause, en môme temps que des altérations vasculaires, des lésions de méningite pie-mérienne étranglant les racines au niveau de leur pénétration dans la moelle, et y engendrant de même une dégénérescence des cordons postérieurs.

La part qu'il convient d'assigner dans la pathologie médullaire aux lésions des méninges au voisinage des racines rachidiennes est loin d'être fixée encore actuellement, mais il semble résulter tout au moins des travaux que nous venons de résumer que certaines parties des

(1) Nageotte, Sur la systématisation dans les affections du système nerveux et en particulierdans le tabès (XIIIe Conqrès internat, de méd., sect. de neurol., Paris, 1900).

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