HÉMORRAGIE ET RAMOLLISSEMENT. — ANATOMIE
ÉTIOLOGIE. — PATHOGÉNIE.— Les hémorragies du cervelet sont plus rares que celles du cerveau ; leur rapport, d'après Rochoux, est de 1 à 12, pour Andral de 1 à 15, Hillairet de 1 à 30. Leur fréquence est également moins grande que celle des tumeurs et des abcès.
Enfin l'hémorragie se voit plus souvent que le ramollissement simple.
Toutefois ici, comme au niveau du cerveau, il faut bien remarquer que la distinction des deux lésions est parfois très difficile dans certains cas et que celles-ci peuvent être confondues et réunies par suite de processus pathologiques communs. Le plus souvent, l'hémorragie succède à une rupture de l'artère du corps rhomboïdal. Celte rupture est la conséquence de lésions d'arlérite chronique (artériosclérose, syphilis) ou de lésions aiguës (artériles) des maladies infectieuses. La syphilis est une des causes les plus fréquentes d'arlérite cérébelleuse ; elle peut être méconnue si l'on ne recourt pas à l'examen histologique; dans le cas que nous avons rapporté avec M. Josué, le diagnostic de la nature de la lésion artérielle ne put être fait que sous le microscope (1).
D'après Gharcot et Bouchard, Carion, les anévrysmes miliaires sont plus rares sur les artères cérébelleuses que sur les artères cérébrales. Enfin les embolies ne pouvant s'engager dans l'artère cérébelleuse par suite de l'angle obtus formé par la jonction des deux vaisseaux, il en résulte que les ramollissements sont liés ordinairement à une inflammation ihrombosante des parois artérielles, et non à une oblitération par caillot migrateur.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les hémorragies du cervelet se présentent sous forme de grands foyers détruisant une partie plus ou moins grande de l'organe, ou en petits foyers circonscrits.
Les grands foyers se rencontrent en plein centre d'un lobe. Ils sont dus, pour Durct, surtout à la rupture de l'artère du corps rhomboïdal. Parfois, la masse sanguine n'est pas visible à l'extérieur, mais ordinairement les couches superficielles sont ramollies, et au toucher on sent qu'il y a dans la profondeur une collection sanguine. Souvent l'épanchement s'est fait jour en dehors et l'on trouve dans les méninges ou au niveau du quatrième ventricule des coagulations sanguines; il faut signaler aussi l'augmentation de volume du lobe altéré sous l'influence de la masse de sang épanché, de sorte que les autres parties du cervelet ou les organes voisins peuvent être refoulés et comprimés comme dans le cas de tumeur. L'hémorragie siège très rarement au niveau du vermis, mais les troubles circulatoires, la compression peuvent entraîner des modifications fonctionnelles de celte région.
(1) H. Claude et O. Josué, Ramollissement du cervelet, artérite syphilitique (Soc. anat., 1897).
On a signalé des hémorragies diffuses sous les méninges, l'inondation ventriculaire; des foyers peuvent apparaître simultanément dans les autres parties du cervelet ou du cerveau.
Mais les foyers multiples se voient plutôt dans les petits épanchements. Ceux-ci ne se rencontrent que sur les coupes de l'organe ; ils ne gagnent pas habituellement la périphérie ; souvent ils sont dus à des ruptures de petites artérioles terminales comme il s'en produit dans les maladies infectieuses ou toxiques hémorragipares; dans un cas de purpura dû à l'intoxication par la benzine que nous avons rapporté, il y avait un foyer au niveau du corps dentelé du volume d'une noisette, et d'autres foyers plus petits dans le bulbe et la protubérance. Ce sont ces petits foyers qui se réparent le mieux et dont on peut voir les traces à l'autopsie sous forme de noyaux ocreux. Les grands foyers entraînent la mort assez rapidement, mais on peut voir à leur niveau les traces d'hémorragies d'âges différents et qui se sont produites à divers moments. Enfin, en dehors de la masse sanguine épanchée, on trouve presque toujours une zone où la substance nerveuse est ramollie ou congestionnée et semée de petits foyers de ramollissement lacunaire.
Le ramollissement primitif vrai est plus rare, parce que la thrombose par embolie ne se voit pas au niveau du cervelet. Le ramollissement par artérite thrombosante auquel on a affaire, se complique souvent d'épanchement sanguin. Suivant l'importance du vaisseau malade, le foyer est limité, circonscrit ou diffus, détruisant presque la totalité d'un lobe. Ces foyers n'ont rien de spécial au cervelet. Ils subissent toutes les modifications qu'on a décrites au niveau du cerveau et même la transformation kystique. — Dans un cas inédit que nous avons observé, toute la partie antérieure du lobe gauche était transformée en une masse kystique divisée par des travées à contenu séro-fibrineux. La substance nerveuse était sclérosée à la périphérie et les méninges épaissies. Le centre du lobe et le vermis étaient intacts. A la périphérie du foyer, ou à une certaine distance, les artères sont souvent le siège de plaques d'artérite, de déformations, et il est possible de retrouver le caillot obturateur au niveau duquel l'artère présente une dilatation fusiforme et des parois amincies. Il existe aussi fréquemment d'autres foyers de ramollissement dans le cerveau ou la protubérance. Ces lésions multiples expliquent que les symptômes soient parfois d'une interprétation difficile et que le diagnostic précis ne puisse souvent être fait.
SYMPTOMATOLOGIE. — Avec Hillairet, on peut décrire une forme légère et une forme grave de l'hémorragie cérébelleuse.
La forme légère au point de vue clinique répond à ces petits foyers d'hémorragie discrets ou aux ramollissements bien limités, stationnaires, qui ne modifient guère les fonctions de l'organe. Aussi le plus