‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 36 sur 153 · ABCÈS DU CERVELET. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

ABCÈS DU CERVELET. — DIAGNOSTIC

en avant, en arrière ou sur les côtés. Les muscles du cou sont contractures, et les mouvements qu'on imprime à la tête sont douloureux. La céphalée, l'état nauséeux persistent. La torpeur, la somnolence sont continuelles, des grimaces convulsives ou de véritables convulsions se produisent à certains moments. L'intelligence n'est pas diminuée.

On note un peu d'agitation la nuit, des mouvements, des plaintes; la température n'est jamais très élevée, elle est souvent voisine de 38° ou même inférieure, le pouls est rapide, régulier, parfois ralenti. La pression dans la région occipitale ou au niveau de l'apophyse mastoïde est douloureuse ; souvent on constate un peu de gonflement et de rougeur. L'examen otoscopique révèle l'existence d'une perforation du tympan, de bourgeons charnus, d'un écoulement généralement fétide, etc.

Plus rarement, on a noté l'inégalité pupillaire, le nystagmus, un état cataleptoïde des membres (L. Lévi), des paralysies alternes, une hyperesthésie plus ou moins étendue. Les réflexes rotuliens sont plutôt exagérés.

Si une intervention chirurgicale ne vient pas modifier le cours de la maladie, la torpeur s'accentue, le malade tombe dans un état comateux, la respiration devient embarrassée, le pouls est plus rapide, la fièvre s'élève, et la mort survient dans une crise convulsive, une syncope, ou au milieu du coma.

La maladie dure dans ces cas environ quinze jours à trois semaines.

Mais l'évolution des accidents n'est pas toujours aussi rapide. Quelquefois les troubles généraux s'atténuent, la fièvre tombe et la maladie prend les allures d'une affection chronique. Parfois rien n'indique l'existence d'une suppuration et les symptômes sont d'emblée ceux d'un néoplasme cérébelleux à développement progressif : c'est-à-dire qu'on voit survenir peu à peu les manifestations du syndrome cérébelleux plus ou moins manifestes, et même dans quelque cas des signes de compression générale, la névrite optique; mais un épisode aigu, fièvre, attaque épileptiforme, délire, vient généralement précipiter l'évolution des accidents.

DIAGNOSTIC. — En l'absence de lésions auriculaires, le diagnostic de l'abcès du cervelet sera fort difficile : la céphalée, les vomissements, la torpeur, l'élévation de température, les convulsions peuvent se montrer dans la méningite aiguë, la méningite tuberculeuse, la thrombose dos sinus. La méningite aigue provoque généralement une agitation extrême, du délire, une grande élévation de température; la méningite tuberculeuse sera dépistée par les troubles intestinaux, le caractère irrégulier du pouls, de la respiration ; la thrombose des sinus donne lieu à une dilatation des veines de la région rétro-auriculaire, avec œdème de la moitié de la face si la jugulaire

interne est elle-même thrombosée ; les accidents ont un début plus brusque, plus solennel : des frissons violents, répétés, une fièvre élevée annoncent la pyohémie.

Souvent la lésion auriculaire latente aura provoqué l'apparition de l'abcès sans être caractérisée encore nettement. Dans tous les cas un examen soigneux de l'oreille moyenne et de la région mastoïdienne s'imposera. Quand l'affection auriculaire sera connue, il faudra distinguer les accidents qui résultent de la rétention du pus dans la caisse, dans les cellules mastoïdiennes, de ceux qui sont en rapport avec la lésion cérébelleuse. En pratique, il est souvent bien difficile d'affirmer dans ces conditions l'existence d'un abcès du cervelet quand il n'existe aucun élément du syndrome cérébelleux, et maintes fois ce n'est qu'après intervention chirurgicale, quand le drainage a fait disparaître les accidents septiques de rétention, que la persistance de la fièvre, de la céphalée, de la torpeur, en même temps que les vertiges, les vomissements, devront faire penser à l'existence d'une collection suppurée intracérébrale. Parfois, l'opérateur sera conduit sur celle-ci en suivant un trajet fistuleux, ou s'il perçoit au niveau des méninges une saillie, un épaississement d'où la ponction exploratrice retirera du pus.

Lorsqu'on a dépisté, d'après l'ensemble des symptômes, la collection suppurée, il faut encore en préciser le siège, afin de régler les conditions d'une intervention chirurgicale qui s'imposera dans la plupart des cas.

Le plus souvent, c'est dans le lobe temporal du cerveau que se développent les abcès, il faudra donc se mettre en garde contre une erreur de localisation : on ne sera en droit de conclure à un foyer cérébelleux, que si les lésions auriculaires occupent la partie postérieure du rocher et de l'apophyse mastoïde, si la douleur est nettement occipitale et s'il existe surtout quelques manifestations du syndrome cérébelleux (1). Enfin, au cours de l'intervention, des indications spéciales provenant de l'état local peuvent apparaître qui guideront l'opérateur vers la région cérébelleuse.

Les abcès à évolution lente, chronique, seront souvent confondus avec les tumeurs du cervelet : il faudra tenir compte, pour établir le diagnostic, de tout écoulement même ancien et tari, qui en l'absence de phénomènes aigus pourrait être la cause des accidents cérébelleux.

On devra e'nfin rechercher si la lésion du cervelet ou de l'oreille n'a pas engendré secondairement une thrombose des sinus ou une

(1) Dans l'abcès du lobe temporo-sphénoïdal ou du lobe occipital, le syndrome cérébelleux manque ou ne se présente qu'à l'état d'ébauche, la paralysie des membres ; quand elle existe, occupe le côté opposé à la lésion et par conséquent à l'otite, si telle est la cause des accidents; enfin on a noté souvent, en pareil cas, des symptôn.es de localisation cérébrale manifeste, hémianopsie. cécité verbale, etc.

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