HÉMORRAGIE
La plupart des artères du pédoncule (2) viennent de la cérébrale postérieure, qui fournit trois vaisseaux plus particulièrement nourriciers au pédoncule et une branche, l'artère optique postérieure et interne, qui traverse le pédoncule pour gagner la couche optique ; les trois artères nourricières sont : 1° les pédonculaires internes, destinées surtout à l'étage inférieur et au bord interne du pédoncule ; 2° l'artère des noyaux de l'oculo-moteur commun, qui remonte en dedans des racines de la troisième paire pour gagner les différents noyaux de ces nerfs; enfin 3° la pédonculo-jumelle, qui irrigue les parties externes et supérieures du pédoncule et va constituer, avec la cérébelleuse supérieure et la cérébrale postérieure, un réseau anastomotique établissant au-dessus de l'isthme de l'encéphale des voies de communication assez larges entre les circulations du cervelet et du pédoncule.
SYMPTOMATOLOGIE. — Les hémorragies de l'étage inférieur peuvent être divisées au point de vue symptomatologique en deux catégories suivant qu'elles occupent la partie interne ou la partie externe du pédoncule.
Les hémorragies de la partie interne peuvent être précédées de prodromes : céphalée, vertiges, tintements d'oreille, puis la paralysie
(1) D'Astros, Revue de méd., 1894.
(2) Duret, Arch. de phys., 1873. — Alezais et d'Asthos, Soc. de biologie, avril et juin 1892.
HÉMORRAGIE. — SYMPTOMATOLOGIE. 213
s'installe rapidement à la suite d'une attaque apoplectiforme. On constate alors une paralysie de la troisième paire du côté delà lésion qui est totale, — s'étendant à la musculature intérieure et extérieure (obs. de Weber, de Leteinturier)(ptosis, strabisme externe etdiplopie, limitation des mouvements de l'œil), — ou tout au moins très étendue. L'hémiplégie du côté opposé est complète (face, membres, tronc, luette et langue), elle s'accompagne consécutivement de contractures et de mouvements spasmodiques. Une hémianesthésie des régions paralysées se surajoute généralement au début à l'impuissance motrice, mais elle peut disparaître par la suite et n'est jamais très accusée. Les troubles vaso-moteurs et thermiques étaient très manifestes dans le cas de Weber.
L'hémorragie se produit-elle dans la partie externe du pédoncule, la paralysie du moteur oculaire commun n'existe pas, car les foyers, qui sont d'ailleurs généralement petits, n'atteignent pas les fibres du nerf. Andral cite dans ses Cliniques un cas d'hémorragie ancienne transformée en kyste séreux, occupant la partie moyenne du pédoncule et qui ne se traduisit que par l'hémiplégie et l'hémianesthésie, sans troubles oculaires.
Mais il est fréquent de trouver, en même temps que les foyers de celte région, d'autres lésions dans la partie interne de l'étage inférieur ou de Yétage supérieur : alors les symptômes sont ceux de la paralysie alterne à foyer unique. Tel était le cas de Leube. Dans celui de Rickards, l'hémorragie occupait la région de la calotte audessus des tubercules quadrijumeaux. Cette localisation de l'hémorragie à Vêlage supérieur s'annoncerait par des vomissements et par la céphalée localisée à la partie occipitale, à la nuque. La paralysie s'établit à la suite d'un ictus ou plus souvent au milieu d'un état de torpeur et de somnolence qui persiste longtemps et qui doit être rapporté à la compression exercée par la masse sanguine épanchée sur l'aqueduc ou les veines de Galien, qui a pour conséquence à son tour l'hypertension du liquide céphalo-rachidien.
La paralysie de la troisième paire est toujours incomplète, la musculature interne n'est pas prise et l'ophtalmoplégie externe elle-même est partielle (ptosis, strabisme). Quand les noyaux sont atteints, la paralysie des branches intéressées peut être incomplète.
Lorsque l'hémorragie, qui est due ici à la rupture de l'artère de l'oculo-moteur, est peu étendue, il n'y a pas do troubles moteurs dans les membres ou dans la face, la voie motrice n'étant pas intéressée par la lésion de la calotte ; toutefois, la plupart des foyers, par la distension de la région qu'ils provoquent, déterminent une certaine compression sur l'étage inférieur et engendrent tout au moins un certain degré de parésie. L'hémianesthésie est au contraire fréquente, quoique plus ou moins caractérisée.
Enfin, une dernière variété d'hémorragie est due à la rupture de
ces artères optiques que nous avons vues traverser le pédoncule. Ses caractères sont mal définis, parce que son siège est très variable et qu'elle entraîne des désordres très divers (destruction de la couche optique, inondation ventriculaire, etc.).
En dehors des symptômes de localisation que nous venons de rapporter, les hémorragies pédonculaires entraînent les mêmes phénomènes généraux que les autres hémorragies cérébrales (troubles du côté du cerveau, du pneumogastrique, du grand sympathique).
Evolution. — Elles dépendent du nombre et de l'étendue des foyers. Les complications pulmonaires, survenant du même côté que la paralysie des membres, sont parmi les accidents terminaux les plus fréquents.