TUMEURS DE LA PROTUBERANCE. — DIAGNOSTIC
de la région de l'isthme, et leurs rapports avec les voies motrices et sensitives. On pourra ainsi se rendre compte de la disposition que devrait avoir telle ou telle lésion, siégeant dans la protubérance ou en dehors, pour déterminer les symptômes reconnus. Ce travail de synthèse permettra d'arriver à fixer le siège et la nature de la lésion qui serait le plus en rapport avec les faits cliniques soigneusement analysés. Nos connaissances des localisations anatomiques permettent d'arriver ainsi à un diagnostic très précis.
Il faudra se souvenir aussi que les tumeurs peuvent être multiples (les tubercules surtout) ; ce fait donne l'explication de certains troubles dont la coexistence est impossible à expliquer, si l'on n'admet pas deux ou plusieurs foyers, protubérantiels, bulbaires, etc.
De plus, il sera nécessaire de tenir compte des actions à dislance de quelques-uns de ces néoplasmes qui, sans avoir de rapports directs avec certaines parties de la protubérance, du pédoncule ou du bulbe, provoquent des symptômes qui paraissent indiquer une localisation sur ces points : Bischoff, Levaditi en ont donné des exemples. Dans le cas de Levaditi (1), un tubercule limité à la région delà calotte, en contact seulement avec les tubercules quadrijumeaux postérieurs, les fibres les plus dorsales du pont de Varole en avant, la formation réticulaire en arrière, sur les côtés avec les faisceaux les plus médians du ruban de Reil et les fibres croisées du pédoncule cérébelleux supérieur, donna lieu à une hémiplégie motrice, bien qu'aucune fibre du faisceau pyramidal n'ait été interrompue ou n'ait subi la moindre dégénérescence, et la maladie se termina par des troubles cardiaques et la paralysie du diaphragme, quoique la lésion n'atteignit pas le bulbe. Il existe sans doute, en pareil cas, des troubles circulatoires (ischémie, œdème), des compressions que nous pouvons mal apprécier à l'examen nécroscopique et qui engendrent ces désordres fonctionnels, ou de simples modifications dynamiques.
En revanche, des néoplasies étendues, altérant plusieurs noyaux ou racines nerveuses, n'ont donné lieu à des manifestations appréciables, du vivant du sujet, que du côté de certains nerfs seulement : dans un cas de Merzejewsky et Rosenbach, où l'on constata seulement une paralysie de la septième paire à droite et de la sixième paire, avec parésic du droit interne gauche, l'autopsie révéla l'existence d'une tumeur ayant détruit les noyaux des sixième et septième paires droites etaltéréà un moindre degré le noyau de la huitième paire à droite, ceux des sixième et septième paires à gauche, enfin dans une mesure encore plus faible les noyaux des neuvième, dixième, onzième et douzième paires (2).
Le développement lent, progressif et surtout continu des tumeurs permettra de les distinguer des autres lésions de la protubérance. Les
(1) Levaditi, Un cas de tubercule de la protubérance (Bévue ncurol., 1899). (2j Cité dans les Cliniques du professeur Raymond, 2e série, p. C95.
phénomènes douloureux, les contractures, les paralysies incomplètes sont des caractères qui ne leur appartiennent pas particulièrement. Enfin, les commémoratifs sur l'état de santé antérieur du malade aideront à fixer dans certains cas le genre de lésion et la nature de la tumeur (antécédents syphilitiques, tuberculose ancienne ou en évolution, cancer viscéral, etc.).