TUMEURS DE LA PROTUBÉRANCE. — SYMPTOMATOLOGIE
les mêmes caractères que dans les autres parties des centres nerveux. Les cancers primitifs ou secondaires sont plus rares et les kyslcs hydatiques, les abcès sont tout à fait exceptionnels.
SYMPTOMATOLOGIE. — Ces tumeurs de la protubérance, d'une façon générale, présentent une symptomatologie qui est empruntée aux différents éléments du syndrome protubérantiel que nous connaissons; elles se différencient toutefois des hémorragies et des ramollissements par la prédominance de certaines troubles, de la sensibilité notamment, et par la progression en général continue des symptômes, dont l'apparition successive est assez caractéristique. On peut distinguer dans l'évolution des tumeurs delà protubérance une phase prolubérantielle et une phase dans laquelle le néoplasme s'étend aux parties voisines.
Au début, des phénomènes douloureux, céphalée occipitale, névralgies dans la zone d'innervation du trijumeau (face, globe oculaire), engourdissement douloureux d'un membre, crampes, viennent indiquer un état d'irritation de diverses parties de la protubérance. Puis, survient une légère déviation de la face, ou un certain degré de déviation conjuguée des yeux d'un côté, avec ou sans diplopie ; enfin, peu à peu, les bras et les jambes s'affaiblissent, et, lorsqu'on se livre à un examen complet du malade, on constate que l'hémiplégie des membres siège du côté opposé à la paralysie faciale ou oculaire. En même temps, le sujet accuse fréquemmentdes douleurs, des élancements dans les membres, dans les muscles delà face; la sensibilité cutanée est modifiée dans ses différents modes, on observe quelquefois une hémianesthésie alterne.
Les phénomènes peuvent rester stationnaires quelque temps, mais, habituellement, de nouveaux symptômes s'ajoutent aux premiers, la paralysie devient bilatérale (paralysie faciale double), l'anesthésie s'étend, l'impotence fonctionnelle des membres s'accentue, des contractures, des mouvements spasmodiques se produisent, enfin surtout apparaissent des manifestations traduisant l'extension des lésions primitives.
C'est alors que surviennent les paralysies des divers muscles innervés par la troisième paire, le ptosis, le strabisme externe, l'ophtalmoplégie extérieure complète ou incomplète inégalement accentuée de chaque côté.
Des troubles fie la parole (dysarthrie, anarthrie), de la déglutition, la perte du goût, la déviation de la langue, son atrophie, indiquent que la lésion descend et atteint les noyaux du giosso-pharvngien, de l'hypoglosse. Enfin des irrégularités du pouls, de la tachycardie, des phénomènes dyspnéiques traduiront l'extension du processus aux noyaux du pneumogastrique. La vie du malade est alors en danger; il peut mourir brusquement par une syncope, dans une crise
de dyspnée intense, dans une attaque épileptiforme. La glycosurie et l'albuminurie ont été également signalées à celte période.
Mais d'autres symptômes viennent compliquer habituellement le tableau clinique, ce sont des phénomènes résultant de la destruction ou de la compression des organes voisins. Le cervelet peut être intéressé par la tumeur qui détruit le pédoncule cérébelleux moyen : on voit alors du vertige, de la titubation avec entraînement du côté lésé (G. Guinon et Blocq). Les tubercules quadrijumeaux ont été envahis par des tumeurs qui ont gagné la région de la calotte, et des troubles de la vue en sont résultés. Dans les mêmes conditions, on a pu observer la compression des veines de Galien^ l'hydrocéphalie et les phénomènes d'hypertension du liquide céphalo-rachidien que nous connaissons, céphalée, torpeur, vomissements, névrite optique, etc.
Mais chaque cas particulier revêt une physionomie qui lui est propre et l'on voit des types souvent bien différents de celui que nous avons esquissé, généralement en rapport avec des dégénérations secondaires. De petits ictus peuvent se produire au début ou au cours de la maladie (Raymond). Hunnius a vu une tumeur très limitée qui intéressait seulement le noyau du facial et ses racines. Un gros tubercule de la protubérance et du bulbe, observé par Ch. Lévi, ne causa qu'une paralysie faciale du type périphérique. Wernicke constata dans un cas des troubles dans la sphère du moteur oculaire commun, du moteur oculaire externe, du trijumeau moteur (trismus), du facial, sans paralysie des membres. Meyer a observé une tumeur très vasculaire qui donnait naissance à un souffle isochrone à la systole cardiaque, perceptible par l'application du stéthoscope sur la boîte crânienne, et qui en imposa pour un anévrysme.
DIAGNOSTIC. — La constatation d'une des manifestations du syndrome protubérantiel, paralysie alterne motrice ou sensitive, dévia lion conjuguée des yeux, phénomènes spasmodiques, névralgies, etc., permettra de localiser la lésion à la protubérance. Il ne faudra pas ignorer toutefois qu'une tumeur du cervelet ou qu'une pachyméningite de la région de la base et de la protubérance pourraient provoquer les mêmes symptômes de paralysie alterne. Il faut donc analyser Je plus près certains troubles.
Une lésion portant, par exemple, sur les racines de la sixième paire à leur émergence donnera lieu à un strabisme interne, mais non à la déviation conjuguée qui indique une altération atteignant le noyau même du moteur oculaire externe.
L'atrophie desmuscles paralysés, totale, complète, accompagnée des signes de la réaction de dégénérescence, est en faveur d'une lésion nucléaire. Enfin, dans l'étude de chaque cas, il sera nécessaire d'avoir présents à l'esprit la topographie des noyaux et des racines des nerfs