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RELATION ENTRE LA GRIPPE ET LA FIEVRE CATARRHALE

On recommandera au malade de garder la chambre, non seulement pendant la maladie mais encore les premiers jours de la convalescence. Goldschmidt (de Madère) a cru constater que la grippe ne frappait pas les sujets récemment vaccinés et a prescrit la vaccination jennerienne comme moyen préventif.

Ollivier avait reconnu à l'huile de foie de morue une action préventive.

RELATION ENTRE LA GRIPPE ÉPIDÉMIQUE ET LA FIÈVRE CATARRHALE SPORADIQUE. — Nous avons envisagé jusqu'ici la grippe comme une maladie bien individualisée ne faisant que des apparitions intermittentes à la surface du globe. Chacune de ces apparitions est la traduction de l'activité de l'agent spécifique de la grippe, parasite que Ton commence à connaître. Les invasions successives de la grippe se trouvent ainsi assimilées à celles d'autres maladies contagieuses revenant elles aussi à certains intervalles. Le type de ces maladies est le choléra asiatique. Contrairement à ce qui a été dit si longtemps, jamais pour arriver d'un point à un autre la grippe, pas plus que le choléra, n'a mis un temps plus court que les moyens de communication les plus rapides dont dispose l'espèce humaine.

L'analogie qui s'établit aussi tout naturellement entre la grippe et le choléra fait naître encore une autre idée. La grippe pourrait présenter un foyer endémique d'où partiraient, à un moment donné, des irradiations épidémiques. Comme pour le choléra le foyer endémique devrait être cherché en Asie, non plus sur les bords du Gange mais dans les steppes de l'Asie Centrale. Nons ne connaissons pas encore assez l'histoire médicale de ces régions pour établir la réalité de cette hypothèse. Heyfelder (1) dit cependant que la maladie observée en mai 1889 à Bockhara était réputée fréquente. D'autre part on sait qu'en Russie (2) en Chine (3), c'est-à-dire dans les régions les plus voisines de ce foyer présumé, les cas d'influenza sont assez communs toutes les années. Ici encore nous trouverions un nouveau rapprochement avec ce qui se passe dans le choléra : endémique sur les bords du Gange, endémo-épidémique en Indo-Chine.

Il convient de rappeler ce que nous avons dit au début de ce chapitre: les symptômes de l'influenza n'ont rien de spécifique. On peut les observer en dehors de tout pandémie.

Nous n'entendons pas parler seulement des affections saisonnières dans lesquelles les phénomènes catarrhaux ne s'accompagnent pas en général d'altérations aussi marquées du système nerveux, mais qui peuvent néanmoins présenter le caractère contagieux de la grippe.

(1) Heyfelder, Zur Infïuenza épidémie in Petersburg {Wien. klin. Woch., 1889).

(2) Teissier, Rapport sur la grippe (mission en Russie).

(3) China médical customs reports.

392 A. NETTER. — GRIPPE.

L'analogie est encore plus complète avec les épidémies circonscrites à un groupe de maisons, à un village, à une étendue plus ou moins considérable : épidémies dont chaque année fournit dans tout pays un nombre plus ou moins considérable, et qui ont même été relevées plusieurs fois dans certaines localités en 1889, antérieurement à l'apparition de la grande influenza.

S'agit-il là d'influenza nostras aussi différentes de l'influenza vraie que les choiera nostras le sont du choléra asiatique. Cette opinion est fort plausible. C'est celle à laquelle nous sommes disposé à nous rallier, ainsi que l'indiquent les développements dans lesquels nous sommes entré. Nous devons cependant reconnaître que la bactériologie nous a fourni dans le choléra indien des arguments qui nous font encore défaut dans l'influenza.

Nous ne savons pas encore si le bacille de Pfeiffer n'existe pas dans la grippe sporadique et si même on ne peut le rencontrer dans la cavité bucco-pharyngée de sujets sains.

Ce parasite pourrait être susceptible de vivre à l'état inoffensif dans les cavités naturelles et acquérir un pouvoir pathogène et contagionneux sous l'influence de causes externes atmosphériques. L'expansion plus ou moins grande des épidémies serait en rapport avec ces modifications de virulence.

On se trouverait ainsi amené à partager l'opinion acceptée par Fùster (de Montpellier) (1) et Seitz (2) qui admettaient l'unicité de l'affection catarrhale et qui ne reconnaissaient aucune différence essentielle entre les constatations médicales catarrhales et les épidémies catarrhales

Gray nous apprend, dès 1824, que les habitants de l'île de Saint- Kilda ont tous les ans au mois de juin /' influenza, deux ou trois jours après l'arrivée d'un bateau venant d'Ecosse. L'épidémie est avancée ou retardée suivant que le bateau accoste plus tôt ou plus tard. L'année se passe sans épidémie si le bateau ne vient pas. Si des étrangers se fixent dans l'île ils sont respectés la première année et ultérieurement ils deviennent sujets à l'épidémie comme les indigènes.

Panum signale des faits tout à fait identiques pour les îles Feroë. Ici l'influenza sévit tous les printemps à l'arrivée des bateaux. Elle frappe d'abord les ouvriers qui se rendent à bord des bateaux et se répand plus tard dans l'île. Finsen a cité des faits analogues en Islande, Bennet et Ellis, dans les îles de la Société, Steen-Bille dans les îles Nicobar.

On voit dans ces cas une épidémie de grippe succéder à l'arrivée de personnes qui n'ont pas cette maladie. On peut supposer que les habitants du continent apportent un contage auquel ils sont habitués et qui au contraire devient nocif pour les insulaires. Les agents parasitaires habitant normalement la cavité buccale, et dont l'activité pathogène

(1) Fuster, Monographie clinique de l'affection catarrhale. Montpellier, 1865.

(2) Seitz, Catarrh und Influenza. Miinchen, 1865.

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