ACCIDENTS ET COMPLICATIONS
a surtout insisté sur l'importance de ces manifestations cardiaques Elles se traduisent par des lipothymies, un état syncopal, des syncopes qui peuvent être mortelles, un état de lenteur du pouls, des accès d'arythmie ou d'intermittences cardiaques, par des symptômes graves de collapsus cardiaque et quelquefois même par des accidents douloureux ressemblant à l'angine de poitrine. M. Huchard pense qu'il s'agit surtout de trouble dans l'innervation du cœur.
La thrombose veineuse a été signalée dans beaucoup d'observations. Elle peut être suivie de la séparation d'embolies.
Plus rare, la thrombose artérielle détermine quelquefois des gangrènes circonscrites.
Nous avons indiqué les symptômes qui dans la grippe indiquent la participation à peu près constante du système nerveux : la céphalalgie, la douleur des membres et du tronc, la lassitude générale, rabattement. Plus rarement, mais assez souvent encore, on note du vertige, des pertes de connaissance, du délire de parole et d'action.
Quelquefois les phénomènes nerveux, par leur intensité et leur groupement, éveillent l'idée d'une altération organique. On pourra redouter l'existence d'une méningite, surtout chez les enfants, lorsqu'à la fièvre, à la céphalalgie se joindront de la photophobie, des vomissements, du délire ou du coma accompagnés même parfois de paralysies ou contractures localisées. Le plus souvent il s'agira seulement d'accidents pseudo-méningi tiques, ainsi que M. Sevestre en a rapporté des exemples; mais il pourra aussi y avoir méningite. La marche de la température, la raideur habituelle de la nuque, les caractères du pouls, les paralysies oculaires, etc., permettront ordinairement de reconnaître s'il s'agit de méningite vraie ou de pseudo-méningite (1).
Les médecins italiens, au cours de la dernière épidémie, ont signalé l'apparition possible de la nona, état léthargique d'assez longue durée. Cet accident n'a pas été signalé en France.
La grippe a maintes fois provoqué l'apparition de névralgies occupant de préférence les branches du trijumeau; mais qui ont été rencontrées en divers points du corps. Ces névralgies, qui peuvent se prolonger assez longtemps, s'accompagnent fréquemment d'atrophies musculaires, ainsi que M. Joffroy (2) en a rapporté des exemples.
Les psychoses résultent assez souvent de la grippe. M. Bidon (3) pense qu'on peut les classer sous trois chefs: 1° dépression psychique ; 2° excitation maniaque; 3° psychoses idiopathiques éclatante l'occasion de la grippe. Les deux premières formes sont identiques à ce qu'on observe d'une part dans les délires de convalescence ; de l'autre, dans la pneumonie, les exanthèmes et l'état puerpéral.
La première classe a pour caractère la conservation de la cons-
(1) Sevestre, Soc. méd. des hôpit., 1890.
(2) Joffroy, Soc. méd. des hôpit., 1890.
(3) Bidon, Revue de méd., 1890.
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cience dans presque tous les cas, présence de quelques idées de défiance, rêverie avec des hallucinations ébauchées. Elle guérit généralement au bout de quinze jours à trois semaines. Le pronostic est généralement favorable aussi dans le deuxième groupe caractérisé par une excitation plus ou moins grande, généralement à début brusque et avec hallucinations modérées.
Enfin dans le troisième groupe il s'agit de psychoses bien classées dans lesquelles la grippe joue seulement le rôle d'agent provocateur. Les psychoses sont tout à fait semblables à celles que l'on observe en dehors de l'influenza et leur pronostic est beaucoup moins rassurant.
On a signalé à la suite de la grippe des altérations diverses des organes des sens. Elles sont surtout marquées du côté des oreilles. Déjà dans les épidémies antérieures d'infîuenza nous trouvons signalée l'apparition d'otites, d'écoulements d'oreille, mais l'épidémie de 1889-1890 a tout particulièrement montré la participation fréquente de l'oreille à la maladie.
La plupart des professeurs allemands ont vu deux, trois à quatre fois plus d'otites en décembre 1889, et janvier 1890 que dans les deux mois correspondants des années précédentes.
Gruber à Vienne 625 contre 238, Ludewig à Halle 137 contre 44, Jansen à Berlin 401 contre 191.
L'otite peut apparaître au cours de l'influenza ou dans la convalescence. Elle aboutit ordinairement à la production d'un exsudât purulent qui peut se faire jour spontanément.
Généralement l'otite de la grippe comporte un pronostic favorable. Elle peut cependant se compliquer de suppuration de l'apophyse mastoïde, de méningite. Elle ne détermine pas généralement des désordres persistants de l'ouïe et envahit rarement le labyrinthe, bien que Lannois en ait signalé deux cas.
MARCHE. -- FORMES. — TERMINAISON. — Nous avons dit les symptômes principaux de la grippe et ses complications et nous avons établi que la grippe peut présenter trois formes principales suivant qu'elleest nerveuse, thoracique, gastro-intestinale. Mais un renseignement d'une importance aussi grande au moins est fourni par l'ensemble de la maladie, par l'accentuation plus ou moins grande de ses symptômes. La grippe est rudimentaire, légère, intense.
Au cours des épidémies de grippe, la maladie de nombre d'individus est simplement caractérisée par un léger malaise, de l'inaptitude au travail, une tendance à la fatigue, un peu de céphalalgie, du rhume de cerveau, du mal de gorge, une diminution de l'appétit.
Dans la grippe légère le sujet présente un coryza, une laryngite, une amygdalite, une bronchite qui s'accompagnent d'un tel sentiment de fièvre et de maladie qu'il garde la chambre et le plus ordinairement prend le lit.
Dans la grippe intense, la durée de la maladie est plus longue et les troubles locaux sont plus marqués. Souvent les complications en augmentent la durée.
La convalescence de la grippe est ordinairement assez lente et cette durée contraste avec la brièveté habituelle de la période fébrile. Pendant longtemps le sujet se plaint de fatigue, d'inaptitude au travail physique ou intellectuel, de courbature et de douleurs articulaires, d'insomnie, de manque d'appétit.
La convalescence est surtout longue chez les sujets âgés, maladifs, nerveux, chez ceux qui ont eu des complications pulmonaires, chez les personnes qui n'ont pris aucun souci de leur santé pendant la maladie. Le rétablissement est habituellement plus lent à la fin de l'épidémie (Paul Guttmann).
77 est bien difficile de préciser la proportion des décès dans Vinfluenza. Les statistiques mortuaires n'indiquent que rarement cette cause de décès et d'un autre côté la plupart des cas de la maladie échappent à tout examen médical.
La grippe a cependant une influence très notable sur la mortalité et toutes les statistiques ont montré que le chiffre des décès, pendant le cours de l'épidémie, a été souvent double et quelquefois davantage.
La cause immédiate du décès dans la grippe a été le plus ordinairement la pneumonie ou la broncho-pneumonie, la bronchite capillaire. Plus rares, mais dans une proportion encore notable, ont été les décès par affaiblissement du cœur, par méningite.
La grippe a certainement été plus grave chez les vieillards, chez les sujets atteints de maladies du cœur, d'affections chroniques des poumons, tuberculeuses ou autres.
La grippe a souvent activé la marche de la tuberculose.
DIAGNOSTIC. — La grippe se distinguera facilement de la fièvre catarrhale saisonnière dans laquelle les phénomènes nerveux, l'altération de l'état général sont beaucoup moins marqués.
Les caractères tirés de la symptomalogie seront insuffisants en revanche à distinguer la grippe pandémique des petites épidémies circonscrites. Celles-ci sont à la première, a dit avec raison Biermer (1 ), ce que le choléra nostras est au choléra asiatique, et l'auteur allemand pense que dans les deux cas le diagnostic se basera surtout sur les données étiologiques, sur la connaissance ou l'absence d'une épidémie. La bactériologie, depuis le moment où écrivait Biermer, nous a mis entre les mains un moyen de reconnaître s'il s'agit du choléra indien. Notre connaissance du bacille de Pfeiffer est encore trop récente et trop incomplète pour que nous puissions fonder déjà sur sa recherche dans l'influenza des espérances analogues.
(1) Biermer, loc. cit.
SSO A. NETTER. - GRIPPE.
Il ne faudra pas oublier la diversité d'allures de la grippe dont les symptômes éveilleront l'idée des affections les plus diverses. Nous avons vu que la grippe peut revêtir l'apparence d'une pneumonie, d'une méningite, d'une fièvre typhoïde, d'une fièvre paludéenne. L'analyse des phénomènes présentés par le malade montrera le plus ordinairement l'absence de quelque symptôme important s'il s'agit d'une forme anormale de la grippe.
M. Faisans a pensé que l'état de la langue pouvait fournir quelquefois un signe pathognomonique de la grippe. Il a reconnu depuis que cet organe n'a pas toujours un aspect identique.
PROPHYLAXIE. — Un isolement rigoureux pourrait prévenir l'influenza et nous avons montré que certains individus ou groupes d'individus ont, en effet, grâce à cet isolement, échappé à l'épidémie.
Cette notion n'est pas sans intérêt et elle nous permet d'espérer que dans les services hospitaliers, les sanatoria, on pourra empêcher l'apparition de la maladie.
Beaucoup d'auteurs pensent qu'il serait possible de faire plus et d'empêcher l'influenza d'envahir une ville, une contrée. Sisley, an Congrès international de Londres, a proposé de placer l'influenza parmi les maladies soumises à la déclaration médicale. Nous croyons comme Parsons, qu'une telle proposition serait difficilement acceptable et qu'on n'en tirerait nullement le profit que Sisley en attend Beaucoup de cas de grippe ne se traduisent que par des symptômes peu marqués et ne provoquent point la visite du médecin. Au début d'une épidémie, moment où le diagnostic précoce est le plus important, on ne pourra généralement distinguer s'il s'agit d'influenza ou de simple fièvre catarrhale saisonnière, etc.
Les derniers travaux bactériologiques portent à croire que les produits de sécrétion de la bouche, du nez, du pharynx, des bronches sont les véhicules habituels de contage. Il serait bon de les rendre inoffensifs au plus tôt, et Parsons propose de faire brûler sans délai les morceaux de papier qui rempliraient les offices habituellement dévolus au mouchoir. Nous indiquons seulement ici cette proposition dont l'application pratique nous semble d'une réalisation difficile.
TRAITEMENT. — On ne connaît pas de remède spécifique de la grippe. Le traitement est surtout symptomatique.
On a surtout recours aux médicaments antifébrilet et antinévralgiques : antipyrine, antifébrine, phénacétine, quinine, que l'on a prescrits à doses souvent élevées. Il conviendra de ne pas abuser de ces médicaments qui ont leurs inconvénients et qui ne paraissent, en tous cas, pas influer beaucoup sur la marche de la maladie.
Les expectorants, les narcotiques, les médicaments cardiaques peuvent, suivant les cas, se trouver indiqués.