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CHAPITRE VI

SUETTE MILIAIRE

Historique. — La suette est une maladie générale, infectieuse, endémoépidémique, caractérisée par des sueurs abondantes, une éruption d’aspect variable et des accidents nerveux paroxystiques.

Il existe dans l’histoire médicale deux grandes formes épidémiques de suette, qui se sont succédé en Europe, qu’on a voulu séparer au point de vue nosologique, mais qui paraissent être, comme nous le verrons, deux formes d’une même maladie, modifiée dans le cours des siècles et sous l’influence des climats et des races. Les premières descriptions sont dues à Arétée, Érasistrate, Cœlius Aurelianus^).

La suette anglaise ( pestis britannica, sudor anglicus, pestis ephemera ) la plus anciennement connue, apparut pour la première fois, subitement, sans importation connue, en 1485; à quatre reprises (1507, 1518, 1529, 1551) elle sévit encore sur l’Angleterre, tout en épargnant l’Écosse et l’Irlande. Les épidémies très meurtrières, surtout en 1518, à extension très rapide, cessèrent subitement en 1551, pour ne plus reparaître; la quatrième épidémie atteignit l’Europe du Nord, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, mais respecta la France: on vit à Augsbourg dans le court espace de 8 jours, 15000 atteintes et 800 décès. Après un long répit, la suette reparut au xvne siècle en Allemagne, puis au xvme siècle en France, où elle atteignit surtout la Picardie et la Flandre.

La suette picarde (1718-1723) eut comme principal historien Bellot : dans ce même siècle elle créa quatre grands foyers, au nord, au centre, à l’est et au midi; elle sévit à Paris en 1747. Au xixe siècle, elle a marché du nord à l’est (Thoinot); elle s’est largement étendue dans le bassin de la Garonne (Parrot), de la Charente, de la Loire (2) ; parmi les épidémies les plus importantes et les

(') Colin admet cependant, contrairement à Hecker et Anglada, que le morbus cardiacus, qui, d’après Littré, fut observé du ni” siècle avant J.-C. au ne siècle de l’ère chrétienne, est la suette miliaire ; la description qu’en donne Littré (affaiblissement extrême, petitesse du pouls, oppression intolérable, syncopes, transpiration profuse) et ce fait qu’elle atteignait surtout les jeunes gens vigoureux, rapprochent en effet beaucoup cette maladie de la suette (Colin).

(2) En France (Colin), il existe actuellement deux zones épidémiques, l’une au nord s’étendant de la Manche au Jura, l’autre du centre au sud (Allier, Poitou, Aude, Dordogne, Hérault).

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mieux étudiées il faut signaler celle de Poitiers (1845) dont Gaillard, Orillard et Grisolle ont conté l’histoire, et celle de la Vienne et de la Haute-Vienne (1887) rapportée par Brouardel, Thoinot, Hontang, Parmentier (commission d’étude) et Chédevergne, Jablonski, Thiaudière et Litardière.

Comme nous l’avons dit plus haut, la suette miliaire moderne, qui commence avec la suette picarde, diffère notablement au premier abord de la suette des xvie-xvne siècles. Dans cette dernière, en effet, l’éruption manquait souvent, ou bien elle se bornait à la coloration livide de la face et des extrémités, avec tuméfaction des mains et des pieds ; dans les épidémies modernes au contraire, l’exanthème est la règle. En outre, la gravité était plus grande qu’actuellement; tandis que certaines épidémies anglaises ont fait jusqu’à 99 victimes sur 100 cas, on a vu en France des formes si bénignes qu’elles ne donnaient pas 1 mort sur 100; enfin on remarqua au xvne siècle que des Anglais venus en France y tombaient malades sans propager la maladie. Se basant sur ces arguments, Hecker, Littré ont nié l’identité nosologique des deux maladies. Cependant reconnaissons avec M. Colin que la gravité n’est pas un caractère assez stable pour établir une distinction entre deux maladies que séparent des siècles et des différences de races ; car certains cas graves de suette picarde ont eu toute la violence des cas ordinaires de l’ancienne suette anglaise ; l’éruption d’ailleurs a fait défaut dans nombre de cas de l’épidémie de Coulommiers (1859), et, d’autre part, de nombreuses analogies comme l’abondance de la sudation, la rapide décomposition des cadavres, la lenteur de la convalescence avec la persistance des palpitations légitiment amplement le rapprochement nosologique des deux formes (Colin).

Étiologie. — L’étiologie de la suette est des plus incertaines. Elle atteint indistinctement tous les âges : de nombreux nourrissons ont été malades dans l’épidémie de 1887 ; les vieillards ne sont pas réfractaires; le sexe aussi n’a aucune importance, bien que certaines épidémies aient sévi plus particulièrement sur les femmes.

Par contre, il est certain que la constitution vigoureuse expose particulièrement les adultes ; les plus vigoureux sont souvent le plus violemment atteints ; Parrot a observé ce fait parmi les ouvriers dont la profession entretient le mieux les forces. Toutefois la maladie sévissant surtout dans les campagnes, les paysans mal logés et occupant des habitations humides et sales, insuffisamment aérées, sont les victimes ordinaires des épidémies; mais, comme le fait remarquer M. Colin, quand la suette atteint les villes, les classes aisées ne présentent pas d’immunité.

On a fait jouer un grand rôle à l’humidité, au voisinage des marais, des canaux, aux inondations, au curage des rivières, même au brouillard (en Angleterre) ; on a invoqué aussi l’influence des putréfactions de matières organiques, du voisinage des fumiers, l’encombrement des habitations, etc.; mais ce sont là des conditions banales communes à toutes les populations rurales et qui font défaut dans, beaucoup de pays infectés par la suette. On peut en dire autant de la constitution géologique du sol, des mœurs des habitants, de leur race, de leurs conditions hygiéniques. En somme, au point de vue étiologique, la suette est indépendante des conditions ethnologiques et climatériques.

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L’inoculation a été tentée sans succès par Legrand de Mello, Dubun de Peyrelongue et Moreau, Dufraisse, Borgi, Mazuel, avec le liquide des vésicules. Parrot cependant réussit à déterminer sur lui-même une éruption toute locale, vésiculeuse, mais sans caractéristique nette ; ce résultat unique est contestable, et l’inoculabilité est au moins douteuse.

Que penser de la contagion**. Parrot, Orillard, Gaillard la repoussent, Grisolle la considère comme douteuse et les faits semblent leur donner raison; on voit, par exemple, une nourrice malade ne pas infecter son enfant; un seul époux est atteint dans un ménage, un seul enfant dans une famille qui occupe la même chambre; il est fréquent enfin de voir un individu qui a pénétré pendant quelques heures dans un foyer épidémique s’y contagionner et subir la maladie à son retour dans sa localité sans infecter personne autour de lui ; la suette est une maladie régionale qui ne serait pas plus contagieuse que la malaria (Jaccoud).

Cependant la contagion était admise par Foucart, Rayer, par Loreau (1845) et dans l’épidémie de 1887, MM. Hontang, Parmentier, Thoinot, l’ont constatée de façon indéniable; par exemple, un médecin est contagionné par le premier malade qu’il ait à soigner ; un foyer épidémique se développe autour d’un malade unique qui a contracté sa maladie dans une autre région assez éloignée. MM. Brouardel et Thoinot soutiennent même que la contagion est très puissante ; ils invoquent en effet la rapidité avec laquelle un individu peut être atteint en pénétrant dans un milieu épidémique ; ils s’appuient sur le nombre vraiment colossal des cas qui se développent en quelques heures dans une même localité; il semble, cependant, que le développement si rapide des épidémies s’explique beaucoup mieux par l’influence d’une cause quelle qu’elle soit, agissant à la fois sur toute une population. Nous admettrons donc que si la contagion existe, elle est limitée. Son mode de transport, ses portes d’entrée nous sont inconnus.

Épidémiologie. — Nous avons dit quelle obscurité entoure l'origine des épidémies de suette. Elles peuvent apparaître à toute époque de l’année, plus intenses cependant pendant la saison chaude. Toute épidémie est précédée de cas sporadiques plus ou moins nombreux, souvent séparés par de longs intervalles, ce qui revient à dire que l’épidémie naît toujours d’un foyer endémique permanent, mais dont l’existence est souvent méconnue ; la suette fait alors irruption dans les contrées voisines où elle était encore inconnue, « et s’y crée parfois de nouveaux foyers qui joueront à leur tour un rôle dans les nouvelles épidémies » (Thoinot), en sorte que toutes les épidémies seraient reliées les unes aux autres par une chaîne plus ou moins continue de cas isolés.

Ordinairement, quand l’épidémie apparaît dans une localité où elle était inconnue, elle se développe avec une rapidité inouïe; c’est par centaines -que se comptent les cas simultanés dans un centre important ; en une semaine elle atteint son acmé, puis elle décroît très rapidement; cette rapidité d’expansion est indépendante de l’importance du centre frappé, que ce soit une ville ou un village. Mais là s’arrêtent les caractères communs aux différentes épidémies ; tandis que à certaines époques, le foyer reste limité à une région bien déterminée et sans aucune tendance à l’envahissement, dans d’autres cas, au con-

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traire, elle atteint un territoire considérable; en 1849 elle couvrait le quart de la France (Colin). Son extension échappe d’ailleurs à toute règle; elle est indépendante (sauf quelques exceptions) de la direction des vents. On voit combien, par la puissance de diffusion, cette maladie diffère des fièvres éruptives; elle se rapproche beaucoup, au contraire, par son évolution, toutes proportions d’expansion et de mobilité gardées, de la grippe épidémique.

En beaucoup de circonstances, la suette a été précédée de petites épidémies de fièvres éruptives (épidémie de Coulommiers, 1841, rapportée par Barthez, Landouzy et Guéneau de Mussy), de rougeole (Ardouin, Orillard, Jolly), plus rarement de scarlatine. MM. Thoinot et Hontang ont relevé la coexistence de la suette et de la rougeole dans 11 épidémies. L’interprétation de ces faits est difficile. S’agit-il de véritables coïncidences ou simplement de formes anomales de la suette? Dans l’épidémie de 1887 où les médecins de Poitiers, MM. Chédevergne, Jablonski, Thiaudière, Litardière, affirmaient l’existence de la rougeole simple ou à forme miliaire, la commission officielle n’a reconnu qu’une forme spéciale à laquelle on a donné le nom de suette rubéolique (morbilleuse).

Nature. — La suette est une maladie infectieuse; elle en a les débuts, le retentissement général, la contagiosité, la marche épidémique. Les recherches bactériologiques ont été ébauchées en 1887 par MM. Roux et Chantemesse, à une époque où l’épidémie était en pleine décroissance ; l’examen du sang sur lamelles n’a donné de résultats qu’une fois. L’inoculation à différents animaux est restée vaine.

Sa coïncidence avec le choléra observée en France, particulièrement en Picardie (Bucquoy 1852, 1849) et dans un assez grand nombre de communes, avait conduit à rechercher un rapprochement avec cette pandémie (choléra cutané); mais les deux maladies n’ont coexisté qu’en France, et leurs modes d’extension, de transport, sont trop différents pour qu’il soit utile de discuter cette conception. Rappelons que Rayer rapportait la suette à l’existence d’une gastro-entérite.

Plus récemment, on a soutenu avec plus de vraisemblance l’origine tellurique du virus de la suette (Bouchard, Parrot, Jaccoud). Ce dernier auteur s’est efforcé de démontrer son étroite affinité avec la malaria, parce qu’on l’observe dans les pays où règne l’infection paludique, parce qu’elle alterne quelquefois avec les fièvres palustres, parce qu’enfin, elle présente un caractère rémittent ou intermittent (Jaccoud). Mais combien sont plus grandes les dissemblances! La suette pénètre dans des régions où l’impaludisme est inconnu, où la constitution calcaire et la sécheresse du sol éloignent toute possibilité d’influence marécageuse (Parrot, Gaillard, Colin). Jamais l’impaludisme ne procède par poussées subites et violentes comme la suette; enfin, le sulfate de quinine a peu d’action sur cette dernière. Ces raisons sont suffisantes pour admettre que la suette est une maladie bien spécifique qui n’a aucun rapport avec les autres infections ou intoxications connues.

Incubation. — L’incubation de la suette varie dans des limites très restreintes : elle peut être de 2 à 3 jours; elle n’est jamais inférieure à 24 heures (Brouardel, Thoinot), mais son maximum nous est inconnu.

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Anatomie pathologique. — Les lésions de la suette sont fort mal connues : aucune étude histologique n'a été faite et les renseignements macroscopiques qui datent de la première moitié de ce siècle sont très insuffisants.

Altérations cadavériques. — Très rapidement, dans les 3 ou 4 heures qui suivent la mort, le cadavre se couvre de lividités, de sugillations ecchymotiques, la bouche et le nez donnent écoulement à du sang spumeux; en quelques heures, les tissus se décomposent et la putréfaction répand une odeur insupportable, signalée dans toutes les épidémies.

Lésions viscérales. — Dans le tube digestif qui avait attiré l’attention de Rayer, Foucart ( gastro-entérite de Rayer), on trouve des plaques de vascularisation, de pigmentation, de la congestion des plaques de Peyer, de la psorentérie que Bourgeois considérait comme une éruption vésiculeuse de l’intestin. Le foie, la rate, les reins sont augmentés de volume et congestionnés ; la rate est diffluente. La congestion signalée dans les poumons n’a rien de spécial et est purement agonique. Il y aurait tout intérêt à étudier le myocarde, dont l’altération pourrait expliquer les accidents de suffocation (Jaccoud) ; cependant on n’a pas signalé de myocardite appréciable à l’œil nu; c’est dans le bulbe et le système nerveux central que parait être la cause de ces accidents ; on y constate une congestion générale des méninges et du tissu nerveux (Allioni, Parrot, Rayer); il s’agit là d’un phénomène secondaire, résultant de la suffocation.

Sang. — (a) Pendant la maladie, tiré de la veine, le sang est rose clair (Parrot) et son coagulum a l’aspect de la gelée de groseilles, sans couenne inflammatoire. Examiné au triple point de vue de la coagulation, du nombre des globules et de la chromométrie, le sang se présente sous deux types (Parmentier). Dans le premier , il y a diminution du nombre des hématies, sans altération notable de leur aspect et de leur richesse en hémoglobine ; c’est le type clés pyrexies (Hayem). Le second, qui répond au type phlegmasique (2e variété de Hayem), s’observe dans les cas où il existe des complications inflammatoires : il est caractérisé par la formation d’un réticulum fibrineux à grosses fibrilles rayonnant autour d’amas hématoblastiques avec formation de grumeaux ou plaques phlegmasiques de Hayem.

Malgré les pertes considérables de liquide que subit l’organisme, le sang ne paraît pas épaissi, car le nombre des globules n’augmente pas.

(b) Pendant la convalescence, on constate les caractères d’une anémie moyenne (3 800 000 globules rouges) et une légère diminution de l’hémoglobine.

Symptômes. — On décrit dans la suette trois périodes : début ou invasion, éruption, desquamation ; beaucoup d’auteurs cependant admettent quatre périodes, les uns donnant plus d’importance aux prodromes (Barthez, Landouzy, Guéneau de Mussy, Colin), les autres à la convalescence (Parrot). Mais l’inconstance des prodromes ne permet pas d’en faire un stade spécial, et la

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convalescence, quelque longue et pénible qu’elle soit, n’appartient pas à la maladie, mais à ses suites.

i" Invasion. — Le début est progressif avec prodromes, on rapide ou subit-

(a) Prodromes. — Ils sont la règle dans certaines épidémies (Foucart, Teilhol); ils manquent le plus souvent dans d’autres (épidémie de 1887), ou bien sont assez peu marqués pour passer inaperçus ; c’est dire que leur durée peut varier beaucoup (de 1 à 4 jours). Ils n’ont rien de caractéristique; le malade éprouve un malaise général, une faiblesse croissante et en apparence inexplicable; il est courbaturé, souffre dans tous les muscles; mais ces sensations douloureuses prédominent dans les genoux et les poignets qu’il meut difficilement, bien qu’il n’y ait aucune trace d’arthropathic ; puis des frissonnements répétés apparaissent surtout le soir; il s’y joint souvent de l’embarras gastrique, un état saburral, des nausées, bien que l’appétit soit quelquefois conservé.

Rarement des accidents nerveux apparaissent dès le début, sous forme de crampes plus ou moins douloureuses dans les muscles fies mollets ; elles sont généralement passagères; cependant une femme qu’a observée M. Thoinot eut pendant plusieurs heures une main invinciblement contracturée en flexion (tétanie).

Mais les prodromes font souvent défaut, et le malade tombe d’emblée dans la période d’invasion. Les phénomènes caractéristiques de cette période sont : la faiblesse extrême, les sueurs , la fièvre et les accidents nerveux paroxystiques.

(b) Invasion rapide. — Elle se manifeste dans l’après-midi ou vers le soir par un malaise vague, mais qui devient rapidement assez intense pour obliger au repos; les jambes fléchissent, de petits frissonnements courts avec une légère transpiration se succèdent rapidement; le malade, de plus en plus souffrant, se couche, et dans la nuit apparaît le premier accès sudoral.

(c) L’invasion brusque se montre surtout au début des épidémies ; après une journée sans malaise sérieux, le malade se réveille tout à coup dans la première moitié de la nuit en proie à une souffrance étrange, une anxiété et une agitation vives, des frissons répétés, une transpiration très abondante; il souffre de la tête; mais ce qui augmente son inquiétude et son agitation, c’est une sensation d’étouffement, de constriction épigastrique à laquelle se joignent des palpitations violentes. En même temps les sueurs augmentent, elles coulent à profusion; ce syndrome dure une heure ou plus, puis peu à peu le malaise s’atténue et le calme revient, en même temps que diminue -la transpiration.

Tel est le premier accès; rarement sa violence égale celle des accès qui surviendront dans les nuits suivantes. Une des caractéristiques de cette maladie c’est, en effet, le calme relatif du jour et l’agitation violente, les accidents redoutables de la nuit.

Il y a donc dans la suette, à cette période, des éléments permanents et des symptômes épisodiques. Ces derniers constituent le paroxysme ou accès nocturne, avec ses éléments principaux : sueurs et troubles nerveux.

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Paroxysme nocturne. — Revenons sur leur description. Les sueurs sont permanentes, mais moins profuses le jour, moins abondantes aussi au début; elles sont souvent en rapport avec l’intensité des troubles nerveux, maisn’ont pas de relations avec l’intensité de l’éruption ; pendant le paroxysme nocturne, elles coulent en telle abondance qu’elles peuvent imprégner et traverser les matelas et répandre l’humidité autour du malade ; quand on soulève les draps il s’en élève une buée épaisse; leur abondance, favorisée par la façon dont se couvrent les malades dans la crainte du refroidissement, présente tous les degrés; elles répandent une odeur fade, qui devient dans les intérieurs malpropres de certaines campagnes, d’une extrême fétidité et qu’on a comparée à celle de la paille pourrie (Rayer, Guéneau de Mussy),- à celle des cadavres en putréfaction, mais qui n’a d’ailleurs rien de spécifique (Foucart, Grisolle, Parmentier) et qui disparaît avec des soins suffisants de propreté. La sueur est à peine acide (Guéneau de Mussy). La poussée sudorale est le plus souvent précédée de frissons; quand elle diminue, elle laisse une sensation de bien-être.

L’accès à' oppression accompagne ou précède l’accès de transpiration ; sa brusquerie et son intensité sont parfois telles que le malade croit succomber; elle semble due à une sensation de constriction, de barre à l’épigastre et au niveau de l’appendice xiphoïde, quelquefois aussi de constriction pharyngienne ; celle-ci se prolonge quelquefois en arrière entre les deux épaules ; plus rarement elle semble porter sur tout le tronc. Les palpitations , qui accompagnent toujours l’oppression, dominent quelquefois la scène, le cœur bat follement, soulève la paroi costale et le creux épigastrique. Pendant ce temps, le malade très agité, anxieux, suffocant, redoute la mort qu’il croit prochaine. Le paroxysme ainsi constitué dure de quelques minutes à trois quarts d’heure, entrecoupé par des temps de repos relatifs. Dans la forme légère, le malade n’éprouve qu’une sensation de barre avec un peu de gêne respiratoire, mais ces malaises se calment d’eux-mêmes et laissent reposer le malade (Parmentier).

Quand l’accès est calmé, malgré le bien-être qui survient alors, l’agitation persiste. La céphalée, la crainte d’un nouvel accès, l’humidité qui enveloppe le malade produisent l'insomnie ; les cauchemars sont fréquents; quelquefois l’abondance de la transpiration et la violence de l’accès laissent une véritable stupeur.

Ce ne sont pas les seuls phénomènes nerveux ; le délire survient la nuit du 3e ou 4e jour (Parmentier), tantôt doux, tranquille et monotone, tantôt bruyant, mêlé de cris, à dominante professionnelle, rarement furieux. Rayer l’attribuait en partie à la déperdition de liquide par sudation ( delirium a depletioné).

La céphalée est très intense dans certaines épidémies, elle est gravative, accablante, continue, occupant surtout la région sus-orbitaire et le vertex, contribuant à priver le malade de tout sommeil (Colin). Les crampes douloureuses des membres inférieurs et des mains (tétanie), les soubresauts des tendons, complètent la série des troubles nerveux.

Pendant le jour : tout se calme, le malade, affaibli, cherche à dormir; la face est congestionnée, les conjonctives un peu rouges, la peau brûlante; la langue reste humide, la soif n’a pas l’intensité que semble comporter la transpiration

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excessive ; la langue est saburrale et l’appétit nul : les vomissements alimentaires et bilieux du début ne se répètent pas, exception faite des cas où le malade essaye de s’alimenter; le ventre est souple, malgré une constipation qui se manifeste dès le début et qui reste opiniâtre pendant 4 ou 5 jours, et finit par céder aux purgatifs énergiques; les garde-robes, spontanées ou non, ressemblent à du goudron ou de la poix (épidémie de 1887) et répandent une odeur infecte. On a signalé des hémorrhagies intestinales, mais elles sont peu abondantes.

L’urine est rare; elle tombe, dès le premier jour qui suit l’accès de transpiration, à 800, 700 grammes et, à mesure que la sueur augmente, à 500, 400 et moins; elle est rouge et dense, et ne contient jamais d’albumine; l’urée tombe, en même temps que la quantité d’urine, à 5 grammes, 4 grammes par jour (Parmentier).

Les voies respiratoires restent remarquablement indemnes ; la toux sèche, férine, qu’on observe dans quelques épidémies (1887), n’a pas cependant l’intensité de la toux morbilleuse; même au plus fort des accès d’oppression, on ne constate aucun signe sthétoscopique ; les épistaxis sont aussi très fréquentes.

Du pouls, rien d’intéressant à signaler; dans la forme intense qui nous sert de type, il est plein, régulier, variant de 90 à 100 dans l’intervalle des paroxysmes; mais au bout de quelques jours il s’affaiblit, traduisant ainsi l’affaiblissement du cœur surmené et altéré par l’épaississement du sang et l’excès de fonctionnement, l’ataxie des paroxysmes (Jaccoud). La température du jour ne dépasse guère 59°, 5 dans les cas sérieux; le soir et la nuit elle s’élève au-dessus de 40°; Ardouin, à Oléron, a observé les chiffres de 41, 42° et plus, à la période la plus grave.

La période d’invasion dure de 1 à 4 jours, rarement 6 et 7 jours (1887). Dans des épidémies plus anciennes, elle s’est prolongée dans certains cas plus de 15 jours (Foucart). Chaque paroxysme nocturne augmente l’affaiblissement et aggrave l’état du malade ; les accidents nerveux s’exagèrent jusqu’à l’apparition de l’éruption.

2° Éruption. — Elle se manifeste dans la soirée en même temps qu’une exacerbation fébrile et un redoublement des phénomènes nerveux (agitation, étouffements, barre épigastrique) précédée et annoncée par des sensations cutanées nouvelles ; le plus souvent c’est un picotement d’abord localisé au dos, aux membres, puis généralisé, dont l’intensité augmente et provoque une vive démangeaison; les malades le comparent à un fourmillement, quelquefois à un engourdissement général, ou encore à la brûlure^ de l’ortie.

L’éruption est bien visible le lendemain, et déjà le malade se sent soulagé. Barthez, Landouzy, Guéneau de Mussy, avaient signalé cet apaisement qui suit la première poussée éruptive : les sueurs très abondantes, pendant qu’elle s’opère, diminuent comme la fièvre et les phénomènes nerveux, le pouls se modère. Le malade a les yeux brillants, les paupières rouges et gonflées.

L’éruption envahit d’abord le cou, le dos et la partie antérieure du thorax, puis les membres supérieurs du côté de la flexion, surtout au niveau du poignet ( bracelet miliaire ), enfin 2 ou 5 jours après son début, les pieds et les

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mains; la paume de la main et la plante des pieds sont généralement respectées. La face, indemne dans certaines épidémies, était au contraire, en 1887, le siège de manifestations très intenses; elle présente alors sur les joues deux placards rouges, réunis au niveau de la base du nez par une bande de même couleur (Hontang) ; le maximum de l'éruption occupe le plus souvent le tronc, les fesses et les avant-bras (poignets et mains). Contrairement à l’opinion de M. Jaccoud qui ne voit dans l’éruption qu’un effet de la sudation excessive une éruption intense peut accompagner une sudation moyenne.

Les manifestations muqueuses sont variables; tantôt le voile reste pâle; tantôt il est piqueté de rouge dans les premiers jours de l’éruption, ou bien il est uniformément coloré comme dans la scarlatine (Thoinot).

Il faut distinguer dans l’éruption deux éléments : l 'exanthème et la miliaire. L'exanthème est souvent le premier en date et le plus étendu; peu étudié ou considéré comme accessoire jusqu’alors, il a pris une très grande importance dans l’épidémie de 1887. Il est remarquable par sa variabilité dans une même épidémie d’un malade à l’autre, par sa polymorphie sur un même sujet, suivant le siège et suivant le jour de la maladie; c’est ainsi qu’il peut revêtir uniquement ou successivement l’aspect morbilliforme , scarlatiniforme , hémorrhagique ou purpurique ; le premier type, formé de taches x'ouges irrégulières, de dimensions variables, laissant entre elles des intervalles de peau saine, surtout sur le tronc, prédomine aux extrémités. Cet aspect ne persiste pas toujours; les plaques rouges se rejoignent et se confondent de façon à prendre le type scarlatiniforme sur le haut de la poitrine, le cou, le dos. Quand cette fusion des éléments s’est faite rapidement, le type scarlatiniforme est réalisé d’emblée; mais on voit fréquemment l’éruption, morbilliforme aux jambes et scarlatiniforme sur le tronc; souvent aussi, après la poussée des vésicules, apparaissent des taches purpuriques qui se disposent en cercle autour d’elles, ou forment un piqueté irrégulier sur la surface scarlatineuse. C’est dire qu'il faut examiner successivement toutes les régions du corps pour déterminer le type éruptif.

La miliaire est représentée essentiellement par une papule très petite d’abord, qui soulève la surface cutanée comme un petit point acuminé, et se transforme rapidement en vésicule; la vésicule elle-même a des dimensions variables, tantôt simple soulèvement épidermique que l’on sent plutôt qu’on ne le voit à l’œil nu (Thoinot), tantôt vésicule bien saillante et visible qui se réunit à d’autres pour prendre l’aspect de bulles grosses comme des grains de chènevis {miliaire bulleuse) ; ce dernier type se réalise surtout au poignet. Sur la face, elles forment quelquefois des groupes qui simulent l’herpès en formation. En quelques points, les vésicules reposent sur une peau de couleur normale {miliaire blanche ); au contraire, la miliaire reposant sur une zone rouge constitue la miliaire rouge.

La durée d’une vésicule est de 4 jours en mo.yenne : en 24 heures, elle est généralement complète, puis elle peut se réunir à d’autres; vers le 5e jour elle devient opaque, son contenu se trouble, puis s’évacue et elle se dessèche (4e jour environ) ; parfois la vésicule se dessèche sans se troubler.

La miliaire est plus abondante aux régions où elle débute ; elle a à peu près le même siège que l’exanthème. Les combinaisons des 2 éléments sont des

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plus variées : dans certaines épidémies (1887), la miliaire est secondaire et suit l’exanthème, ce dernier prenant le plus d’importance.

L’éruption, dans son ensemble, est quelquefois complète en 24 heures; mais elle procède presque toujours par poussées; après la première survient une période de calme; mais la nuit suivante ou après un plus long intervalle, les sueurs, la fièvre, la dyspnée reparaissent, et une nouvelle poussée sudorale et éruptive se manifeste ; cela se renouvelle deux ou trois fois au maximum : il s’agit bien là d’une seule éruption en plusieurs temps, et non de rechutes. Après chaque poussée, le nombre des vésicules augmente et, si la dernière est un peu tardive, les téguments présentent tous les types et toutes les périodes de l’éruption. Cependant, dans la règle, l’exanthème a complètement disparu au bout de 6 à 9 jours, ne laissant que de légères taches purpuriques qui se décolorent elles-mêmes plus lentement.

Durant cette période, l’état du malade reste toujours moins pénible pendant le jour; la transpiration est modérée, la peau est moite, la céphalalgie, l’oppression sont modérées et discontinues.

Le pouls qui pendant les paroxysmes était vibrant, plein et dépassait 100 à 120, tombe à la normale ou plus bas, à 55 (Thoinot) ; il est large, ample, affaibli quand la diaphorèse est excessive, et toujours régulier-'; aussi les accidents cardiaques semblent-ils beaucoup plutôt l’effet de troubles bulbaires que le résultat d’une myocardite, comme M. Jaccoud l’admet pour les cas mortels avec suffocation. Pendant la nuit, la fièvre reparaît un peu, l’agitation qui s’atténue quand les poussées sont terminées, produit cependant encore l’insomnie.

L’appétit est nul et la soif reste dans des limites modérées; la langue, quelquefois desquamée, reste couverte, comme les gencives, d’un enduit épais; la constipation est opiniâtre, les selles peuvent manquer pendant 5, 6, 8 jours; ce trouble semble lié au dessèchement du tube digestif; les garde-robes, infectes et couleur goudron, deviennent parfois véritablement hémorrhagiques sans compromettre la vie du malade (Parmentier).

h’urine a les caractères déjà indiqués à la période d’invasion, son acidité cause une dysurie, une cuisson très pénible de tout le canal; l’urée tombe à 5 grammes en 24 heures; l’albuminurie ne se voit jamais.

La toux du début continue pendant la période d’éruption, quelques râles sibilants se font entendre dans la poitrine. L’épistaxis apparaît encore à cette période, et la tendance hémorrhagique peut se manifester, mais sans revêtir aucun caractère de malignité, par les hémoptysies et par l’apparition des règles qui sont avancées, plus abondantes et prolongées.

La température, rémittente ou irrégulière, dépasse rarement 58°, 58°5, dans les cas bénins et moyens ; sa rémission matinale est toujours importante ; dans les cas graves, mais non mortels, elle ne dépasse pas 59°5; dans les cas mortels, elle atteint 41, 42 et même 45° aux approches de la mort. On manque cependant de renseignements précis sur la courbe exacte de la température.

5° Desquamation. — La desquamation elle-même se manifeste déjà dès le cinquième jour, par conséquent à une époque où il peut encore survenir de nouvelles poussées. Les deux périodes s’entremêlent donc et on voit la face

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entrer en desquamation alors que l’éruption du tronc est encore très colorée.

Elle se présente sous trois formes: desquamation furfuracée ; desquamation en collerettes qui se développe sur les anciennes vésicules desséchées dont l’épiderme tombe en laissant un anneau épidermique soulevé, c’est la forme la plus précoce ; enfin desquamation à larges lambeaux ou scarlatiniforme qui se montre aux doigts et à la paume des mains.

Elle débute sur les diverses régions dans l’ordre où l’éruption les a envahies, elle marche lentement, dure très longtemps, au point qu’on peut en voir des traces aux avant-bras, au bout de 3 ou 4 semaines. La langue se desquame quelquefois, les papilles sont saillantes et le malade a une sensation de grain de sable dans la bouche.

A mesure que l’éruption s’efface, tous les malaises disparaissent ; la transpiration cesse, l’appétit renaît et souvent les malades demandent à manger trop tôt, car les indigestions sont fréquentes à cette période (Parmentier). Cependant la constipation persiste encore quelque temps ; le sommeil devient régulier, et dans les cas moyens, si de nouvelles poussées ne surviennent pas, le malade peut se lever vers le 8e ou 10e jour.

Mais le véritable signe de la guérison, c’est la polyurie-, ce symptôme apparaît brusquement ou progressivement. Généralement vers le 7e jour (épidémie de 1887), l’urine, dont la quantité était tombée à 500 ou 400 grammes, commence à augmenter insensiblement jusqu’au 9e et 10° jour ; l’urée à ce momen ne dépasse pas 6 à 7 grammes par jour. A partir du 10% 15e, 14e jour, au moment où les sueurs ont ordinairement disparu, l’urine devient d’un seul coup très abondante et passe, par exemple, de 1 litre à 2 ou 3 litres : ou bien elle monte progressivement jusqu’au chiffre normal qu’elle dépasse; l’urine est pâle sans aucun sédiment; l’urée suit une courbe parallèle à celle de l’urine, elle monte brusquement ou lentement à 16, 18, 26 grammes par jour. Telle est la crise urinaire de la suette (Parmentier).

Convalescence. — Peu de maladies donnent lieu à une convalescence plus longue, plus pénible, plus incertaine ; « il semble que le malade ne parviendra jamais à recouvrer la santé », et cela est vrai non seulement des formes graves, mais aussi de ces attaques seulement ébauchées, qui n’ont tenu le malade que pendant 5 ou 6 jours au lit ; certains malades ne peuvent reprendre les travaux de la campagne et avec beaucoup de ménagements qu’après 6 semaines de convalescence (épidémie de 1887).

Le convalescent est pâle et anémique, il a peine à se tenir sur les jambes, il sent des douleurs continues dans les mollets, les cuisses, les genoux, il marche lentement, car les efforts le mettent hors d’haleine et provoquent des sueurs abondantes ; souvent il a de l’œdème des pieds ; les muscles de la face, la langue sont agités de tremblements fibrillaires ; il dort mal, l'appétit fait de nouveau défaut. On a signalé aussi une émotivité et une irascibilité exagérées; M. Thoinot a vu des femmes atteintes de mélancolie, d’accès maniaques. On reconnaît bien là les signes d’un trouble profond du système nerveux central, qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher de ceux qui suivent la dengue et la grippe épidémique; ce sont bien les mêmes phénomènes d'affaiblissement, d’inertie fonctionnelle des tissus et des appareils, cette sorte de neurasthénie,

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qui chez les sujets prédisposés peut rester permanente ; du même ordre sont les crises douloureuses rectales, les névralgies intercostales, les irrégularités du cœur, phénomènes plus rares observés dans l'épidémie de 1887.

Rechutes. — La rechute est caractérisée par une nouvelle poussée éruptive généralement limitée, survenant pendant la convalescence ; presque toujours provoquée par une alimentation prématurée, elle guérit généralement en 3 jours, à moins qu’il n’y ait des poussées successives ; c’est une nouvelle cause d’affaiblissement pour le malade.

Marche et formes. Durée. — 1° La forme normale et moyenne de la suette correspond à la description précédente ; elle dure de 15 à 20 jours.

2° Dans la forme bénigne, les sueurs sont d’abondance moyenne, les phénomènes nerveux se bornent à de légères palpitations et de l’insomnie ; la constipation existe, l’éruption est plus ou moins abondante; mais le malade souffre peu et il peut quitter le lit vers le 8e jour.

5° La forme ambulatoire, plus simple encore, se borne à des transpirations abondantes suivies de faiblesse, sans malaise et sans fièvre : au bout de 1 ou 2 jours d’invasion, l’éruption apparaît, limitée et peu intense, et au 5e jour le malade revient à son état normal ; parfois il n’a même pas interrompu son travail.

4° Forme maligne, (a) Maligne primitive ou foudroyante. — Cette forme de suette tue avec une rapidité extraordinaire, 2 jours, 1 jour, 3 heures (Plouvier, Parrot) ; le malade est pris le soir de sueurs profuses qui ne cessent plus, la température monte immédiatement à 40° et plus ; l’agitation, l’oppression et la constriction extrêmes, aboutissent en quelques heures au délire; et le malade succombe dans le coma ou dans une recrudescence de la suffocation.

(b) Maligne secondaire. — Après un début normal, précédé ou non de prodromes, l’état s’aggrave dans un deuxième ou troisième paroxysme, le délire et les cauchemars empêchent tout repos; le malade, en proie à des hallucinations, se débat, les contractures des jambes, des mains, les soubresauts des tendons, l'hyperthermie indiquent l’imminence de la mort. Celle-ci vient en pleine transpiration, le plus souvent avant l’éruption ou pendant qu’elle apparaît, du 2e au 5e jour. Elle résulte alors de l’accès paroxystique de suffocation, ou de l’intoxication profonde (hyperthermie, ataxo-adynamie, coma). Quelquefois la maladie a évolué normalement lorsque tout à coup, au milieu de la nuit, la suffocation apparaît et tue le malade en quelques minutes. La mort est plus rare après la première poussée éruptive, elle est encore plus rare dans la convalescence.

5° La forme sans éruption, et inversement la miliaire sans sueurs, sont des formes rares et d’un faible intérêt clinique.

6° Forme rubéolique (morbilleuse). — Cette forme a été décrite parla commission d’étude de 1887 et particulièrement par M. Hontang; jusque-là on avait constaté dans de nombreuses épidémies de suette l’existence d’éruptions morbilleuses ; presque toujours ce fait s’observait à la périphérie des foyers épi-

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démiques, dans des pays qui avaient déjà subi une épidémie de rougeole ; on l'interprétait en admettant la coexistence de la suette et de la rougeole sur un même sujet (Hontang). Mais par leur étiologie, leur évolution, leurs récidives, ces cas appartiennent évidemment à la suette.

Elle atteint surtout les enfants, qu'ils aient été ou non déjà affectés par la rougeole, et l’on voit par exemple, dans une même famille, les parents atteints de suette ordinaire et les enfants de suette morbilleuse ; elle est moins grave que la suette vulgaire, la guérison est la règle.

Elle emprunte à la rougeole ses prodromes (larmoiement, injection des conjonctives, coryza, toux férine) et son éruption; à la suette la brièveté de ses prodromes (quelques heures), les sueurs, la variété et la polymorphie de l’exanthème, la desquamation, l’absence de complications bronchiques et pulmonaires, les poussées éruptives successives. Le début en est rapide, mais sans grande violence ; la température atteint dès le début de l’éruption 59° à 40°; mais la peau est humide, les sueurs abondantes, les phénomènes nerveux sont peu accusés (Hontang). Dans l’éruption, l’exanthème prend plus d’importance que la miliaire ; il débute par le nez, les joues, le menton, ce qui le distinguerait de la rougeole qui apparaît en arrière des oreilles (Hontang). Il est franchement morbilleux sur la face, le tronc ; mais, dès les premières heures, on sent à la main et l’on distingue, à un examen attentif, une poussée de petits points saillants sur chaque tache; le second jour, la miliaire se développe en petites vésicules très fines qui se généralisent ; mais le type morbilleux ne persiste pas et les macules se confondent pour former des plaques plus ou moins larges et scarlatiniformes ou hémorrhagiques.

La température oscille autour de 59°. L’éruption dure 4 et 5 jours : les poussées successives ne donnent pas lieu à des phénomènes nerveux graves et l’enfant guérit le plus souvent sans aucune complication. Dans l’épidémie de Ruelle observée par Jolly en 4861, cette forme fut cependant très mortelle (1887). La maladie peut récidiver dans la même épidémie sous la même forme.

7° Suette des femmes enceintes. — La suette n’atteint pas les femmes enceintes avec une égale gravité dans toutes les épidémies. Parfois la grossesse évolue normalement; plus souvent l’avortement a lieu sans modifier en rien la marche de la maladie ; l’avortement ou l’accouchement avant terme sont si fréquents que Parrot voyait dans la suette un véritable emménagogue; cependant Gaillard, Rayer n’ont pas observé cette action abortive. M. Thoinot a vu tantôt l’avortement suivi de mort, tantôt l’avortement simple, parfois l’accouchement à terme, parfois enfin la mort de la femme sans avortement; sur 9 femmes enceintes, M. Parmentier rapporte 5 morts, 2 avortements suivis de guérison, 2 guérisons sans avortement. Dans les cas mortels, le délire et les accidents nerveux se montrent de bonne heure; l’éruption ne produit aucune amélioration, le pouls reste élevé et un peu irrégulier, la malade perd connaissance le jour ou le lendemain de l’éruption, elle succombe dans le coma.

La suette serait grave, pour quelques auteurs, chez les femmes en état de lactation; l’épidémie de 1887 n’a pas confirmé ce fait.

Complications. — Contrairement aux fièvres éruptives dont elle diffère

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déjà par tant de points, la suette n’a pas de complications proprement dites, elle ne semble pas avoir d’infections secondaires : la mort, nous l’avons dit, résulte surtout de l’exagération des phénomènes normaux.

L’angine intense, la congestion pulmonaire, la broncho-pneumonie sont les seuls accidents anormaux à signaler. Les délires permanents (mélancolie, manie aiguë) s’observent chez des sujets prédisposés. Les hémorrhagies nasale, bronchique et intestinale n’offrent pas de gravité. Les métrorrhagies ont été fréquentes dans quelques épidémies, la suette avançant l’apparition des règles.

Coïncidences morbides. — De tout temps, on a insisté sur la coïncidence avec la suette, soit des fièvres éruptives, rougeole, scarlatine (Barthez, Parrot, Orillard, Ardouin, Chédevergne), soit avec le choléra (Bourgeois, Ménière, Hourmann). Il est difficile d’interpréter la totalité de ces faits; la création du type morbilleux (1887) suffit à expliquer une grande partie de ces formes complexes en apparence; cependant, il est certain qu’à côté des foyers de suette franche il existe des foyers de rougeole non moins nette comme à Poitiers et à Bourges en 1887.

Mais, si l’on en croit les descriptions de M. Chédevergne, il existerait une rougeole compliquée de miliaire , dans laquelle, après une période d’invasion de 5 jours, caractérisée par du catarrhe, par des sueurs modérées, sans étouffements, sans épistaxis, se montre une éruption morbilleuse type ; mais le 7e ou 8e jour la miliaire apparaît, quelquefois assez abondante pour couvrir et cacher complètement la première; la desquamation est presque toujours furfuracée. La guérison est fréquente; si la maladie tourne mal, la mort a lieu du 5e au 10e jour, en quelques heures dans le coma, et sans aucun des phénomènes nerveux ordinaires (constriction, suffocation, etc.). Cette forme atteint des enfants qui n’ont pas encore eu la rougeole, elle ne récidive pas, elle ne contagionne pas les adultes.

Enfin, il existe une suette secondaire rare, qui vient compliquer une maladie provoquant elle-même des sueurs, rhumatisme articulaire aigu, pneumonie, pleurésie aiguë, congestion pulmonaire. La nuit, le malade est réveillé par l’accès de suffocation déjà décrit; l’agitation et le malaise durent 2 à 5 heures; le lendemain on reconnaît la miliaire, et la maladie semble reprendre son cours, mais la mort survient au milieu des phénomènes nerveux ordinaires la 2e ou 3e nuit (Chédevergne). Il s’agit là évidemment de suette sporadique.

Diagnostic. — La suette épidémique ne peut être confondue avec aucune autre maladie. Mais la prédominance du type morbilleux ou scarlatineux dans l’éruption peut troubler à un premier examen, comme on l’a vu dans l’épidémie de 1887. En pareil cas cependant, on aura toujours des bases certaines de diagnostic dans : la durée de l’incubation, la durée de l’invasion, les phénomènes prédominants à cette période, dans l’aspect soigneusement étudié de l’éruption, dans la nature des complications.

Pour la rougeole , la durée de l’incubation (13 à 14 jours) est toujours supérieure à celle de la suette; l’invasion est également plus longue (2 ou 3 jours au plus dans la suette). Le catarrhe, le coryza, sont plus accentués. L’éruption dans la suette est toujours, dès le 2e jour, recouverte de petites

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saillies vésiculeuses. Les sueurs sont inconnues à ce degré dans la rougeole ; enfin, les accidents nerveux, si intenses qu’ils soient dans la rougeole, n’ont jamais le type bulbaire ; ce sont des convulsions et du coma. Les manifestations bronchopulmonaires sont presque inévitables dans la rougeole, elles font complètement défaut dans la suette. La desquamation, insignifiante dans la rougeole, ne peut passer inaperçue dans la suette. Enfin la contagion de la rougeole à l’adulte est extrêmement rare; la suette morbilleuse, au contraire, peut se transmettre ; mais chez l’adulte elle reprend son type franc.

Il est difficile de confondre la suette avec la scarlatine dont les phénomènes angineux sont trop différents.

Il est inutile de revenir sur la rougeole compliquée de suette dont M. Chédevergne a donné la description.

Les sudamina abondants qui accompagnent les infections n’ont aucune analogie avec la miliaire épidémique.

J. Roux, Beau, ont observé à Toulon, et sur la flotte française de la mer Noire en 1854, une forme de choléra sudoral dans laquelle la sueur, en énorme abondance, remplaçait les vomissements et la diarrhée; mais il existait aussi du refroidissement des extrémités, de la langue, de l’affaiblissement extrême du pouls, de l’extinction de la voix; les malades avaient le faciès cholérique, des crampes; les urines étaient supprimées. Ce syndrome, rapproché des conditions étiologiques, suffira à établir le diagnostic (Collin).

Pronostic. — Il est impossible de porter un pronostic de la suette et il faut s’en abstenir (Thoinot). Les épidémies ne sont nullement comparables : alors que celles du xvne siècle tuaient à l’égal du choléra, la mortalité dans les épidémies modernes a diminué; elle a varié de 53 pour 100 à 1 pour 100, dans un même foyer elle varie d’un village à l’autre. Dans la règle, le pronostic est toujours plus grave au début qu’à la fin ; c’est un caractère commun à toutes les grandes épidémies, les derniers cas sont ébauchés, et ce n’est qu’exceptionnellement que survient un cas malin. L’adulte est toujours plus gravement pris que l’enfant; en 1887, les enfants ont tous guéri. L’alcoolisme aggrave la maladie ; la faiblesse, la débilité naturelle ou secondaire à une autre maladie n’ont aucune influence sur l’évolution de la suette; au contraire, les constitutions vigoureuses réagissent plus violemment. La grossesse est une fâcheuse condition à cause des chances d’avortement et d’hémorrhagie consécutive, mais nous avons vu que l’accouchement normal est possible.

Le pronostic est beaucoup plus incertain avant l’éruption, la mort étant rare quand celle-ci a apparu ; c’est là un phénomène assez particulier ; dans les fièvres éruptives en effet, le véritable danger commence avec l’éruption ; dans quelques formes malignes seulement on voit la rougeole et la scarlatine tuer à la période d’invasion; ici, au contraire, le système nerveux dont les manifestations cardio-pulmonaires constituent tout le danger, est comme soulagé, quand l’éruption est faite; d’autre part, l’absence de complications explique la bénignité relative de la maladie dans son évolution ultérieure. Le pronostic est donc d’autant meilleur que la maladie est plus avancée. L’exagération des accidents nerveux, l’agitation excessive, les contractures, permettent de prévoir une terminaison fatale.

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Traitement. — 1° Hygiène. — Dans les épidémies de suette, le médecin a toujours à lutter contre le préjugé qui porte l’entourage du malade à favoriser et augmenter la transpiration en le surchargeant de couvertures et en chauffant sa chambre. Là comme partout, il est nécessaire de modérer le symptôme excessif, il faut donner au malade de l’air frais, constamment renouvelé, le mettre dans une chambre spacieuse ; le linge sera aussi fréquemment renouvelé que le nécessitera la transpiration; il est préférable encore de changer de lit matin et soir et de chambre en même temps, si la chose est possible.

Pour calmer la soif qui, on le sait, n’est pas excessive, on doit donner des boissons fraîches légèrement acidulées ou mieux encore la macération de quinquina. L’alimentation avec le lait et le bouillon est suffisante.

2° Traitement des symptômes. — L’embarras gastrique et l’état saburral peuvent dans quelques cas exiger l’emploi du vomitif (méthode vomi-purgative de Foucart), mais quand ce trouble est peu accentué, on ne peut retirer du vomitif aucun avantage. Au contraire, la constipation exige une intervention dont les lavements et les purgatifs huileux feront les frais.

Contre la fièvre, il ne faut pas hésiter à employer les lotions froides quand elle est modérée, les bains tièdes et froids quand elle est intense ; ce dernier mode de traitement a été employé avec succès dans l’épidémie d’Oléron; on peut en attendre des effets énergiques quand la fièvre s’accompagne de troubles nerveux permanents. Le sulfate de quinine à doses massives (1 à 2 grammes par jour) est utile pour modérer les paroxysmes et; combattre les intermittences. Contre les suffocations, la morphine seule ou associée à l’atropine est nécessaire. Enfin, il faut recourir à la méthode révulsive, sinapismes et bains sinapisés, quand on est menacé d’une rétrocession d’exanthème.

Pendant la convalescence, l’alimentation sera surveillée, tout écart de régime pouvant provoquer une rechute. Quand la faiblesse persiste, le sulfate de strychnine à hautes doses, les phosphates trouvent leur indication.

Prophylaxie. — La diffusibilité extrême de la suette, indépendamment de la contagiosité, qui, comme on l’a vu, est restreinte, rend difficiles et peu efficaces les mesures prophylactiques; certes l’assainissement, le nettoyage d’un village est utile, mais on n’aui'a pas ainsi d’action rapide sur l’épidémie; toutefois, l’application de la désinfection, par l’étuve à vapeur sous pression, a rendu des services dans l’épidémie de 1887.

Bibliographie :

Brouardel et Thoinot, Rapport à l’Acad. de méd. sur l’épidémie de suette du Poitou; Bull, de VAcad., 1887. — Chédevergne, Épidémie de rougeole de Poitiers ; Rev. gén. de clin, et de thérap., 1887, 38 et 38. — Colin, art. Suette du Dict. encycl. — Doléris, art, Suette du Dict. de méd. et de chir. — Hontang, Suette rubéolique ; Th. de Paris, 1888. — Jablonski, Thiaudière, Litardière, Poitou méd., 1887. — Jaccoud, Tr. de pathol . — Parmentier, La Suette miliaire à Lussac-les-Châteaux ; Rev. de méd., sept, et nov. 1887. — Thoinot, La Suette du Poitou; Rev. de méd., 1889. — Thoinot et Hontang, Géographie médicale de la suette; Rev. d'hyg., 1887, n° 11.

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