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CHAPITRE VII

OREILLONS

Définition. — On désigne sous les noms d’oreillons, fièvre ourlienne, parotidite idiopathique ou épidémique, une maladie générale, infectieuse, contagieuse, caractérisée par la tuméfaction de certaines glandes, principalement les glandes salivaires, secondairement le testicule, les glandes mammaires, etc.

Étiologie. — 1° Causes prédisposantes. — Les oreillons s’observent très rarement chez les sujets au-dessous de 2 ans; leur fréquence augmente ensuite, et atteint son maximum pendant la période scolaire, de 5 à 15 ans; elle présente une nouvelle recrudescence à l’âge du service militaire. On observe cette maladie même chez les vieillards. Le sexe n’a pas d’influence étiologique appréciable; les oreillons s’observent en toute saison et dans tous les climats tempérés.

Une première atteinte donne Y immunité. Trousseau, Rilliet et tous les classiques n’ont jamais vu la récidive ; cependant Servier a observé une seconde atteinte, au bout de 5 ans, chez un soldat qui conservait de la première une atrophie d’un testicule.

2° Causes déterminantes. — La contagion n’est plus à démontrer; ses conditions, toutefois, nous sont mal connues; le contact avec le malade paraît nécessaire, car la simple séparation dans les lits d’hôpital suffit à empêcher les épidémies intérieures et l’étude des épidémies parle dans le même sens.

Epidémies. — Les oreillons procèdent toujours par épidémies; les cas sporadiques sont rares, contrairement à ce que croyait Rochard (1757). L’épidémie sévit toujours sur une population jeune, et généralement sur un territoire limité (dans une maison, une école, un asile, une caserne, un navire). Quand les habitants d’un même bâtiment restent bien séparés en deux groupes, sans aucun rapport possible (épidémie de la caserne-pénitencier d’Oléron, observée par Russard), l’épidémie reste limitée à l’un d’eux; il existe cependant des épidémies de ville très étendues et très prolongées (épidémie de Genève rapportée par Rilliet) ; elles procèdent progressivement, n’atteignant qu’un petit nombre de sujets à la fois, et on ne saurait y reconnaître nettement une période d’accroissement, un maximum et une période de décroissance.

Incubation. — La durée de l’incubation n’est pas aussi exactement déterminée que pour les fièvres éruptives; elle paraît être de 20 à 22 jours (Rilliet

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et Barthez), de 8 à 15 (Biedert, Demme); la durée maxima est de 25 jours (Rilliet).

Anatomie pathologique. — La tuméfaction qui constitue les oreillons occupe ordinairement les parotides, mais elle s’étend souvent aux glandes sousmaxillaires; les lésions et la localisation anatomique nous sont très mal connues ; quelques cas mortels étaient trop compliqués pour qu’on pût en tirer une conclusion vraie ; d’autres ont présenté à l’autopsie trop d’altérations pour permettre de conclure de l’état cadavérique aux lésions qui existaient pendant la vie.

Les examens anatomiques de Virchow dont parlent tous les traités classiques ont trait à des parotidites symptomatiques; pour cet auteur, il s’agit d’un catarrhe simple des glandes parotides.

On a localisé le processus dans tous les tissus qui l’emplissent la loge parotidienne, glandes, tissu conjonctif, ganglions. Niemeyer admet sans preuve l’existence d’un exsudât séreux dans le tissu périglandulaire. Bamberger a constaté un exsudât fibrineux dans le tissu interacineux.

Une observation de M. Jacob (1875), relative à un sujet qui succomba à l’œdème de la glotte compliquant les oreillons, vaut la peine d’être rapportée : « les parotides et les sous-maxillaires n’étaient pas notablement augmentées de volume ; leur tissu était resté blanc rosé, mais elles étaient plongées dans une atmosphère celluleuse remplie d’une sérosité verdâtre, transparente, comme gélatineuse, qui ne s’écoulait pas sur la coupe; cette infiltration séreuse donnait aux tissus une consistance particulière presque lardacée. L’examen histologique (Ranvier) donna les résultats suivants : les glandes salivaires ne présentaient pas trace d’inflammation, non plus que les petits ganglions lymphatiques situés au voisinage de la parotide ; nulle part il n’y avait trace de prolifération celluleuse et l’épithélium des conduits salivaires avait conservé un aspect normal. Il n’y avait même pas d’œdème dans le tissu interacineux; toute la lésion était bornée à l’œdème périparotidien, puis à l’œdème de la glotte » (‘).

Il est inadmissible que les glandes elles-mêmes ne soient pas atteintes à quelque degré; la multiplicité des localisations glandulaires (salivaires, lacrymales, mammaires, testiculaires) se\rait inexpliquée par une lésion conjonctive pure ; la lésion du tissu conjonctif, bien que prédominante en apparence, est purement secondaire. Les ganglions parotidiens sont peut-être congestionnés, mais en présence de l’intégrité ordinaire des ganglions voisins qui leur sont reliés, nous ne saurions admettre leur inflammation.

On ne possède pas d’examen anatomique de testicule en état d’orchite. MM. Reclus et Malassez ont constaté sur un testicule atrophié à la suite d’une orchite ourlienne, la persistance des tubes séminifères, mais très atrophiés et très grêles ; leur tunique interne était épaissie, et ils étaient transformés en cordons pleins; il n’y avait pas de prolifération conjonctive intercanaliculaire.

Nature; bactériologie. — Par leur évolution, leur contagiosité, leur caractère épidémique, la période de la vie qu’ils atteignent, les oreillons se rap- (*)

(*) Jacob, Rec. de Mém. de méd. milit., 1875, p. 565, d’après Laveran (art. Oreillons du Dict. encyclopédique ).

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prochent beaucoup des fièvres éruptives (Pratolongo, Trousseau). Si l’exanthème fait défaut, il existe, en revanche, un énanthème qui, d’après Guéneau de Mussy, se caractérise par une congestion avec tuméfaction de la muqueuse buccale, occupant la face interne des joues au voisinage de l’orifice du canal de Sténon et la partie antérieure de la voûte palatine.

MM. Capitan et Charrin (1881) ont trouvé dans le sang de 15 malades des bâtonnets et des microcoques animés de mouvements, qu’ils ont pu cultiver, mais qui n’ont pas été pathogènes pour les animaux ; l’urine ne contenait pas de micro-organismes (*). M. Bouchard (1883), dans un cas grave où la maladie atteignit les glandes salivaires et lacrymales, a constaté dans la salive et dans l’urine albuminurique, des bâtonnets en grand nombre (2). M. Ollivier (1885) a trouvé des micro-organismes variés dans le sang et dans l’urine ; aucune inoculation n’a été faite (3). En 1889, M. Bordas (4) a pu isoler du sang des malades atteints d’oreillons un bacille très semblable à celui de MM. Charrin et Capitan, qui forme sur la gélatine de petites colonies rondes et grisâtres et ne la liquéfie pas; ce micro-organisme ne résiste pas à la dessiccation.

Symptômes. — 1° Prodromes. — Le plus souvent ils passent inaperçus, bien qu’ils soient fréquents (Canstatt) ; dans certaines épidémies, on les observe dans la moitié des cas si les enfants sont bien surveillés (Sanné) ; à l’hôpital, on ne les rencontre que 1 fois sur 5 environ (Rilliet et Barthez). Chez les adultes, les jeunes soldats, les prodromes paraissent toujours manquer (Laveran).

Chez les enfants, Sanné a observé par ordre de fréquence : la fièvre avec ou sans frisson initial, la céphalalgie, le malaise et la courbature, les vertiges, l’épistaxis, les vomissements, la diarrhée; les convulsions sont beaucoup plus rares. La durée de cette période varie de 12 à 56 heures.

2° Période de tuméfaction. — Signes locaux. — La douleur est le premier symptôme ; elle est sourde, gravative, occupe la région parotidienne et plus exactement, au début, le voisinage de l’orifice du conduit auditif. Elle s’irradie dans l’oreille ; elle augmente d’intensité pendant les deux ou trois premiers jours, mais elle diminue généralement quand la tumeur est bien développée. Elle est spontanée et continue, rarement lancinante, ce qui la distingue de la douleur de la parotidite suppurée. Elle est provoquée et exaspérée par la pression, par la mastication, qui est le plus souvent impossible chez l’adulte, par la parole même ; elle empêche l’écartement des mâchoires beaucoup plus que la tuméfaction elle-même, au point que l’examen de la bouche devient impossible et que le malade peut à peine sortir la langue hors des arcades dentaires.

La douleur présente tous les degrés d’intensité ; moins vive chez l’enfant, elle se borne quelquefois à une simple sensation de tension ; elle peut même manquer; chez l’adulte, au contraire, elle est parfois assez forte pour troubler le sommeil. Rilliet et Barthez ont signalé trois points douloureux maxinia que

(*) Capitan et Charrin, Bull, de la Soc. de biol., 28 mai et 4 juin 1881.

(2) Karth, Sur une forme grave d’oreillons; Th. inaug., Paris, 1885.

(5) A. Ollivier, De la contagiosité et du contage des oreillons; Rev. des mal. de l'enfance, juillet 1885, p. 297.

(*) Bordas, Bull, de la Soc. de biol., 1889, p. 645.

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l’on ne retrouve pas toujours réunis, mais qui présentent cependant quelque constance : 1° au niveau de l’articulation temporo-maxillaire ; 2° en arrière de la mâchoire, sous l’apophyse mastoïde ; 5° au niveau de la glande sous-maxillaire. Canstatt seul a signalé des douleurs dans la région du cou et des omoplates, qu’il explique par les rapports intimes de la parotide avec la deuxième paire cervicale (Rilliet et Barthez).

La tuméfaction parotidienne et périparotidienne est le symptôme caractéristique. A son niveau, la peau conserve généralement sa coloration normale, elle est luisante et tendue ; quelquefois elle prend une teinte rose diffuse qui disparaît à la pression pour reparaître aussitôt; plus rarement la rougeur peut simuler l’érysipèle (Laveran). La région gonflée donne au doigt une sensation de résistance élastique, quelquefois molle et pâteuse; mal limitée, elle ne conserve pas l’impression du doigt, sauf dans quelques cas où le gonflement est considérable. On peut admettre, avec Rilliet et Barthez, 3 degrés dans la tuméfaction parotidienne :

1er degré : forme légère. ■ — La tumeur est limitée au sillon rétro-maxillaire; c’est une simple boursouflure qui remplit le creux parotidien sans le déborder et qui déforme à peine les traits.

2e degré : forme moyenne. — La plus commune ; la tuméfaction se rapproche pour la forme et la tension d’une véritable fluxion, mais elle est généralement limitée à la région sus et sous-maxillaire. Le pavillon de l’oreille est soulevé et un peu déjeté en dehors.

3e degré. — Le gonflement est beaucoup plus considérable au niveau de la parotide qui forme une masse arrondie et saillante, il dépasse les limites de la région parotidienne et sous-maxillaire, gagne les côtés du cou et la partie supérieure de la poitrine ; le cou prend alors un volume considérable qu’au premier abord il est difficile de distinguer de l'engorgement ganglionnaire des angines infectieuses, toxiques (diphtérique ou scarlatineuse) ; l’élargissement du bas du visage donne à la tête un aspect piriforme. Quelquefois le gonflement envahit la région temporale et zygomatique, jusqu’au pourtour de l’orbite (Leichtenstern).

Cette forme extrême ne se réalise que rarement, et seulement chez les adolescents et les jeunes gens. On constate rarement l’engorgement des ganglions sous et rétro-maxillaires (5 fois sur 117, Demme), mais l’étendue du gonflement périparotidien rend souvent difficile l’examen précis des ganglions.

Il est fréquent, au contraire, de voir la tuméfaction limitée aux glandes sousmaxillaires ( oreillons sons-maxillaires).

La marche de la tuméfaction est très variable; dans les cas légers et moyens, elle augmente pendant 3, 4 ou 6 jours, puis elle diminue rapidement; en général, au 7e ou 8e jour il n’en reste aucune trace. Rilliet et Barthez l’ont vue, dans quelques cas très intenses, persister 2 et 3 semaines; quelquefois la tumeur parotidienne ayant complètement disparu, il reste une induration avec léger gonflement au niveau de la glande sous-maxillaire (Barthez et Sanné). Le gonflement est le plus souvent bilatéral ; toujours, disait Trousseau, avec quelque exagération. Mais quelle que soit la fréquence de la double

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localisation, il est très rare qu’elle le soit à’ emblée : un côté est toujours pris avant l’autre, tantôt le gauche (Rilliet et Barthez, Heyfelder, Canstatt), tantôt le droit; la tuméfaction d’un côté précède l’autre de 1, 2 ou même 8 jours; il en résulte que le premier côté peut être complètement revenu à l’état normal quand l’autre est en pleine tuméfaction. Le gonflement n’a généralement pas le même développement des deux côtés.

État de la muqueuse buccopharyngée et des conduits d’excrétion. — Le plus souvent, à part un peu de blancheur de la langue, l’examen de la bouche et de la gorge ne dénote rien d’anormal, ni dans la couleur, ni dans l’état d’humidité, ni dans la nature des sécrétions (Rilliet et Barthez, Laveran). Toutefois, quand la fièvre est intense, la muqueuse est un peu desséchée; quand le sujet est scrofuleux (enfants) ou alcoolique, ou use avec excès du tabac (matelots, d’après Laveran), la gorge est rouge et gonflée; enfin, quelquefois la fièvre ourlienne s’accompagne d’un état gastrique, qui, comme on le sait, produit toujours chez l’enfant un certain degré de congestion, sinon d’inflammation de l’isthme du gosier. C’est ainsi, à notre avis, qu’on peut expliquer les altérations qu’on a constatées dans quelques épidémies ; mais il faut considérer comme exceptionnels les symptômes rapportés par divers auteurs et dont voici l’énumération :

Rougeur érythémateuse de la gorge (Bouchut), de la face interne des joues autour de l’orifice du canal de Sténon, et dans la partie antérieure de la voûte palatine (Guéneau de Mussy) ;

Stomatite avec dépouillement de l’épithélium lingual (Jobard). Dans un cas publié par M. Karth nous avons constaté sur le pharynx, les gencives, les joues, un exsudât épithélial qu’on enlevait facilement par le raclage; pendant la convalescence, la muqueuse desquama et le passage des aliments devint douloureux ;

Sécheresse extrême de la bouche (Trousseau);

Angine pharyngée et tonsillaire intense, accompagnant ou plus souvent précédant les oreillons, constituant parfois le symptôme principal et le plus douloureux, se terminant par une desquamation épithéliale à petits lambeaux (épidémie observée dans la garnison de Dax, par Jourdan). Dans quelques cas, ces angines ourliennes seraient suivies, au bout de quelques mois, d’atrophie des amygdales ;

Gonflement en mamelon de l’orifice du conduit de Sténon avec induration du canal, hyperhémie des orifices de Warthon et de Rivinus (Moursou, Granier).

Symptômes généraux. — (a) La fièvre ourlienne à localisation salivaire simple, et dégagée de toute complication, comme c’est la règle chez l’enfant et le cas le plus fréquent chez l’adulte, peut ne donner lieu à aucune réaction générale.

L’enfant ne se plaint que d’une gêne légère dans la mastication, l’appétit est à peine diminué; il continue à sortir et à jouer.

(b) Plus souvent, il existe un léger état saburral; le vomissement apparaît quelquefois le premier jour chez les enfants; l’épistaxis est assez fréquente. Le malade éprouve une courbature générale et une fièvre moyenne ; la tempe-

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rature monte à 38°5 ou 59° pendant 1 ou 2 jours, puis tombe rapidement; elle affecte le type rémittent avec recrudescences vespérales (Barthez et Sanné).

Quelques épidémies se caractérisent par des phénomènes nerveux graves : délire, hallucinations, convulsions, mouvements choréiformes (Glénereau).

(c) Dans quelques cas, les symptômes revêtent l’allure et la gravité d’une fièvre typhoïde ( forme typhoïde , Debize, Laveran), fièvre intense (40° et plus), agitation, délire, adynamie, selles involontaires; le gonflement de la rate existe assez souvent, nous l’avons trouvée considérable dans le cas publié par M. Karth, mais ces symptômes ne s’observent ordinairement que dans les cas à localisation testiculaire.

Marche et formes. — Quelle que soit la forme, la terminaison ordinaire est la guérison. La mort est le résultat des complications que nous énumérerons plus loin : accidents méningi tiques, convulsions, asphyxie mécanique par compression ou œdème du larynx, urémie, syncope, bronchopneumonie.

lu Forme simple à localisation salivaire pure. — C’est celle que nous avons décrite. Elle guérit sans accidents, quelle qu’ait été l’intensité de la tuméfaction et de la fièvre. Chez l’enfant, elle guérit en 4 à 8 jours complètement, sans laisser aucune trace; elle dure plus longtemps (10 à 12 jours, 5 semaines) quand les deux côtés ont été pris successivement à plusieurs jours d’intervalle.

On a signalé, au moment de la guérison, quelques phénomènes critiques tels que transpiration abondante au niveau de la parotide, puis généralisée ; urines sédimenteuses, diarrhée, vomissements bilieux (Canstatt), épistaxis. Malgré la résolution, les adultes conservent souvent pendant quelques semaines une sensation de fatigue et un certain degré d’anémie.

2° Forme avec localisation testiculaire. Orchite ourlienne. — La maladie

ourlienne affecte des localisations glandulaires multiples.

Fréquence. - — Après les parotides, le testicule est le plus souvent atteint. Très rare chez l’enfant (Rilliet n’en avait pas observé au-dessous de 14 ans, Sanné en a vu deux cas à 12 ans, Fabre de Commentry (*) un à 9 ans), ce qui s’explique par le peu de développement et d’activité fonctionnelle de l’organe, cette complication est beaucoup plus fréquente dans l’armée (1 cas sur 5 d’après Laveran).

Époque d' apparition. — L’orchite se montre, en général, du 6e ou 8e jour après le début de la tumeur parotidienne ; mais aussi à toutes les périodes de cette tumeur, tantôt à sa période d’accroissement, tantôt quand elle a complètement disparu (ce dernier mode de développement avait été expliqué par la théorie de la métastase) ; enfin l’orchite peut précéder la parotidite de 1 à 3 jours (Crevoisier d’Hurbache, Lynch, Bérard, Rizet, etc.) ou même constituer toute la maladie ( orchite ourlienne sans parotidite) (2).

Quand les deux testicules sont atteints successivement, la seconde orchite peut être très tardive; M. Maubrac (3) l’a observée au 16e jour de la maladie.

(*) Fabre, Note sur trois épidémies d’oreillons observées à Commentry; Gaz. méd. de Paris, 1887, 42-46.

(2) Kovacs, Zwei F aile von Orchitis parotidea ohnc Parotitis ; Wien. klin. Woch., 1890, 21.

(s) Maubrac, Gaz. méd. de Paris, 1890, n° 3, p. 31.

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Symptômes. — L’apparition de l’orchite est souvent précédée d’un retour de fièvre, généralement sans frissons. Souvent les symptômes généraux prennent une gravité extraordinaire, inexplicable et effrayante si on a méconnu la parotidite; les cas rapportés par Trousseau, Laveran, Lemarchand sont typiques; (a) parfois ce sont les accidents de collapsus qui dominent : anxiété, face pâle et grippée, pouls petit, fréquent, inégal, refroidissement des extrémités; la température centrale s’élève; mais au bout de 24, 36 heures au plus, la douleur testiculaire apparaît et les accidents disparaissent; (b) dans un autre mode de début, les symptômes sont véritablement typhoïdes et adynamiques, fièvre intense, délire, carphologie, insomnie, épistaxis, diarrhée séreuse, selles involontaires.

L’inflammation n’atteint généralement que le testicule et quand elle envahit l’épididyme, c’est toujdurs à un moindre degré. D’après Sorel, au contraire, l’épididyme serait toujours pris en premier lieu.

L’orchite est le plus souvent simple (1 cas double pour 8 simples), son siège n’a aucun rapport avec celui de la parotidite. Elle se manifeste par une douleur dont l’intensité est des plus variables, tantôt une simple tension, une pesanteur exagérée par la station debout, tantôt une douleur très pénible, pongitive, irradiée dans le canal inguinal, l’hypogastre et les lombes.

La peau du scrotum est rouge et tendue, quelquefois œdématiée; le gonflement varie comme la douleur; il est souvent triple ou quadruple de l’état normal. Le testicule conserve sa forme lisse et arrondie, il est moins dur que dans les autres formes d’orchite (Laveran) ; il n’y a généralement pas d’épanchement dans la tunique vaginale. Au 3e ou 4e jour l’orchite atteint son acmé; la période d’état dure 2 ou 5 jours, puis la résolution s’opère rapidement.

L’état général s’améliore dès que l’orchite est évidente , mais la fièvre persiste; toujours plus élevée que pendant la parotidite, elle atteint 40°8, 41° 1 , oscille un peu pendant 3, 4 ou 5 jours, puis tombe soit brusquement, de 3 à 4 degrés au-dessous de la normale, en même temps que le gonflement disparaît (Laveran), soit par lysis (Sorel).

Malgré cette bénignité remarquable, l’orchite ourlienne est souvent suivie à! atrophie testiculaire. Cette terminaison signalée pour la première fois en 1761, par Hamilton, puis par Murat, J. Frank, fut étudiée par Doguy (1828), puis après une période d’oubli, par Rillietet Grisolle. Elle existe environ chez l’adulte 2 fois sur 3 cas d’orchite. Dans les premières semaines qui suivent la maladie, l’organe paraît seulement plus mou ; l’atrophie devient évidente au bout de 1 ou 2 mois, son importance est variable ; quelquefois elle s’accompagne de quelques douleurs persistantes (Laveran). Quand elle est double, chez un jeune homme, elle entraîne toutes les modifications dans la constitution et l’anéantissement des fonctions sexuelles qui constituent le féminisme.

3° Forme typhoïde. — Déjà signalée; elle se caractérise par la gravité de l’état général, par la tuméfaction de la rate, l’albuminurie; la tuméfaction est considérable, et on constate en même temps de l’angine ; elle guérit cependant, (Gerhardt, Colin, Jaccoud, Pognon) (*).

(’) Pognon, Des formes cliniques de la maladie ourlienne ; Th. inaug., Paris, 1889.

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Complications. — (a) Beaucoup de « complications » devraient être comprises dans la symptomatologie, car elles ne sont que des localisations peu fréquentes de l’infection ourlienne sur les glandes.

Telles sont la tuméfaction des mamelles , celle des ovaires , des grandes lèvres (Rilliet, Fournier), des glandes lacrymales ; dans tous ces cas, le processus est identique à celui des glandes parotides. La mastite ourlienne a été observée chez l’homme; c’est cependant une complication rare. On a admis la tuméfaction des ovaires dans des cas où les malades ont éprouvé des douleurs à l’hypogastre (Rizet, Niemeyer) ; dans un fait de Moutard-Martin, on sentait, au niveau de l’ovaire droit, une petite tumeur douloureuse qui disparut assez rapidement.

L’inflammation des glandes lacrymales (Karth) débute après la parotidite; elle est double, elle provoque d’assez vives douleurs et un gonflement considérable de la conjonctive.

(b) Suppuration parotidienne, testiculaire. — La suppuration est extrêmement rare. Meilheurat, Fehr, Laveran, Ferrand (*), l’ont observée; elle est limitée à une petite portion de la parotide et guérit facilement. Dans deux cas de Demmef), il se développa sur la région parotidienne une plaque gangreneuse à tendance extensive qui entraîna la mort. La suppuration du testicule ou de l’épididyme a été signalée par Bourges et Boyer.

(c) Complications cardiaques. — On a observé le ralentissement des battements du cœur pendant la convalescence (Karth), la tendance à la syncope, les lipothymies, des bruits de souffle au cœur.

L’endocardite (Jaccoud) peut atteindre les orifices mitral et aortique à la fois ; elle n’a pas les caractères de l’endocardite végétante, elle peut guérir en peu de jours sans laisser de traces; elle peut s’accompagner de péricardite sèche (3).

(i d ) Nous avons signalé I’amygdalite, les vomissements, la diarrhée.

(e) Les arthropathies (Trousseau, Jourdan, De Cérenville (4), Liégeois (5) occupent une ou plusieurs articulations; le gonflement est nul ou modéré; elles guérissent rapidement.

(f) Accidents nerveux. — Ceux qui s’observent pendant la maladie sont généralement transitoires et bénins; tels sont les vertiges (Liégeois), les convulsions, le délire. Cependant les accidents méningitiques (Cooper, Russel, Maximovitch) qu’on a rapportés à l’œdème cérébral sont une cause de mort signalée à plusieurs reprises. Mais après la guérison il peut se développer des troubles plus tenaces, des paralysies de plusieurs membres, dont Jofïroy a rapporté un cas (6), de l’aphasie des troubles mentaux, la manie aiguë, la mélancolie, etc. (7) (Percy-Smith, Demme).

(*) Ferrand, Note sur les oreillons infectieux; Fr. méd., 1889, n° 24.

(2) Demme, Ueber eine Parotitisepidemie ; Wien. med. Blàtter, 1888, n° 51.

(3) Jaccoud, Oreillons bénins; Lee. clin, de la Pitié, 1885-1886, p. 212; — Sur un cas d’oreillons; Ibid., 1883-1884, p. 497.

(4) De Cérenville, Rev. méd. suisse, 1887, VII, p. 711.

(5) Liégeois, Contribution à l’étude des manifestations cérébrales et méningitiques des oreillons; Progr. méd., 1891, n° 40, p. 241.

(6) Joffroy, De la paralysie ourlienne; Progrès méd., 1886, 47, p. 1009.

C) Percy-Smith, Insanity following mumps; Lancet, 1889, II, p. 265.

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(g) Organes des sens. — Du côté des yeux on a signalé la blépharite, la kérato-conjonctivite, la congestion rétinienne; cette dernière s’accompagne d’une diminution plus ou moins marquée de l’acuité visuelle (Hatry).

L’otite suppurée est rare (Gradenigo). Toynbee, Calmettes (l), Gellé (2) ont vu survenir à la suite des oreillons une surdité sans lésions apparentes de l’appareil, uni ou bilatérale, et qui paraît incurable.

(h) Néphrite, albuminurie, anasarque. — Signalée par Pratolongo, Renard, Henoch, Karth, Bourgeois (3), Pognon (4), l’albuminurie apparaît au cours des formes graves des oreillons, quelquefois avec des accidents typhoïdes; l’hématurie est rare et peu abondante. L’albuminurie, généralement peu abondante, est éphémère (2, 5, 6 jours) et ne laisse aucune trace appréciable; un cas d’albuminurie observé par Colin s’accompagna dès le début de phénomènes urémiques, et aboutit en 5 semaines au coma et à la mort; les reins, gros et blancs, présentaient au microscope les caractères de la néphrite interstitielle aiguë.

(i) Les complications respiratoires sont si rares qu’on peut considérer la bronchite et la bronchopneumonie signalées par les auteurs, comme des affections indépendantes; seul Y œdème du larynx est un résultat direct de la tuméfaction parotidienne par propagation de l’oedème qui l’entoure; il a causé plusieurs fois la mort (Bougard, Jacob) ou a nécessité la trachéotomie (Pilatte) (5).

L ’uréthrite, la vaginite (Greffier, Chatard), la prostatite ont été signalées. Mais leur nature ourlienne n’est pas suffisamment prouvée.

Diagnostic. — Les oreillons peuvent être confondus avec l’adénopathie simple ou liée à une infection grave (diphtérie, scarlatine); avec la parotidite symptomatique, avec l’adénite sous-maxillaire et le phlegmon sus-hyoïdien, quand ils atteignent la glande sous-maxillaire; enfin, l’orchite ourlienne primitive peut donner lieu à des difficultés de diagnostic.

h' adénopathie cervicale aiguë quelle qu’en soit la cause n’a pas le même siège ; elle s’étend plus bas le long du sterno-mastoïdien ; elle est plus douloureuse, elle a au début une consistance plus dure, puis elle se ramollit si elle doit suppurer.

h' adénopathie chronique est toujours multiple, peu douloureuse; les ganglions malades forment de petites masses bien distinctes et mobiles sous le doigt.

Quand la tuméfaction est énorme, elle simule quelquefois l’engorgement ganglionnaire de la diphtérie et de la scarlatine , il suffit d’examiner la gorge pour être fixé sur ce point.

La parotidite symptomatique de la fièvre typhoïde, de la scarlatine, de la stomatite mercurielle est unilatérale, très douloureuse ; la tension est grande, (*)

(*) Calmettes. Sur une conséquence peu connue des oreillons; Fr. méd., 1882, II, p. 86.

(s) Gellé, Surdité consécutive aux oreillons; Ann. des mal. de l'oreille, 1891, n° 7, p. 479.

(s) Bourgeois, Th. inaug ., Paris, 1888.

(4) Pognon, Th. inaug., Paris, 1889.

(6) Pilatte. Œdème du larynx au cours des oreillons; Bull, méd., 8 juin 1890. traité de médecine. — IL 14

210 ÉRYSIPÈLE

la peau œdématiée devient rose, puis rouge; la fluctuation devient rapidement perceptible.

h’ adénite sous-maxillaire et le phlegmon sus-hyoïdien se reconnaîtront facilement avec une palpation attentive.

L’ orchite ourlienne primitive se distingue de l’orchite blennorrhagique par l’absence d’écoulement uréthral, par l’intégrité de la vaginale, de l’épididyme, par la rapidité de son évolution.

Pronostic. — La mort par oreillons est extrêmement rare. Le pronostic des oreillons serait des plus favorables si les malades n’étaient menacés d’atrophie testiculaire; le pronostic serait moins grave chez la femme s’il était démontré que l’ovaire reste toujours indemne.

Traitement. — Chez l’enfant, quand la maladie est d’intensité moyenne, on se bornera à prescrire le repos au lit, ou au moins à la chambre pour éviter les refroidissements qui ne sont pas sans inconvénients. Pour calmer la douleur, on pratiquera des fomentations avec un liniment calmant. Chez I l’adulte il paraît impossible de prévenir la localisation testiculaire, bien qu’on j ait proposé dans ce but d’appliquer des révulsifs sur la parotide.

Le traitement de l’orchite n’offre rien de spécial; on s’efforcera de modérer 9 les accidents généraux qui précèdent et accompagnent son développement. 1 Quand l’oreillon paraît suppurer, on ne saurait trop recommander (Laveran) I de ne pas hâter l’incision, car une tuméfaction volumineuse peut donner la J sensation de fluctuation.

Consulter : Laveran, Dict. encycl. des Sc. méd., art. Oreillons. — D’Heilly, Nouv. Dict. de I Méd., art. Oreillons. — Leiciitenstern, Gerhardt’s Handbuch der Kinderh., art. Parotitis 1 epidemica. — Jaccoud, Cliniques de la Pitié, 1885 et 1887.

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