‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 27 sur 109 · BLENNORRHAGIE UROGÉNITALE DE L’HOMME · texte numérisé non relu

BLENNORRHAGIE UROGÉNITALE DE L’HOMME

(URÉTHRITE BLENNORRHAGIQUE)

Bien différente des uréthrites banales provoquées par des causes banales, malpropreté, injections irritantes, coït avec une femme atteinte de leucorrhée simple, l’uréthrite de la blennorrhagie ne survient que trois, quatre ou cinq jours après la contagion. Latente est la période d’incubation et aucun symptôme ne révèle la lésion uréthrale qui est en train de se développer.

MALADIES VÉNÉRIENNES

Du troisième au cinquième jour, le malade éprouve quelques sensations de prurit, de cuisson légère, surtout pendant la miction. Il examine le gland qui est un peu tuméfié, le méat est un peu rouge, et la pression fait sortir une goutte de liquide clair ou grisâtre, filant. Rarement, il y a des douleurs périnéales et un malaise général avec troubles gastriques.

Les jours suivants, l’écoulement se modifie, les douleurs augmentent; vers le dixième jour, furéthrite se présente avec tous ses symptômes.

La verge et surtout le gland sont tuméfiés, sensibles à la pression ; l’urèthre fait saillie sous la verge, il est dur et noueux, la palpation en est douloureuse.

Le méat est rouge, humide, ses lèvres sont tuméfiées ; si l’on presse sur le canal, il en sort un liquide caractéristique : clair au début, il se fonce ensuite et devient de plus en plus épais ; il est gris, puis jaunâtre, puis verdâtre, quelquefois strié de sang ; il détermine sur la chemise du malade de larges taches empesées, d’une teinte verte au centre, jaune à la périphérie. Sous l’influence du moindre écart de régime, sa quantité augmente.

Les douleurs spontanées sont peu vives. Cependant elles peuvent être éveillées par la station assise longtemps prolongée ou par une marche un peu longue, la fatigue, etc. Mais si le malade souffre peu, quand le canal est au repos, il en est autrement pendant la miction, qui est horriblement pénible dans les uréthrites aiguës survenant chez des individus vigoureux. Le passage de l’urine détermine une sensation que le malade compare à une brûlure extraordinaire, celle d’un fer rouge, par exemple. Aussi le voit-on retarder de plus en plus le moment où il urinera, et, quand il est forcé de vider sa vessie, prendre les positions les plus bizarres pour diminuer sa torture.

La nuit surtout, il souffre atrocement. Des érections continuelles le tourmentent; elles sont d’autant plus cruelles que le canal, modifié dans son élasticité, ne peut suivre le mouvement de la verge, il fait saillie au-dessous d’elle « comme la corde d’un arc » , et telle est la douleur, que certains malades croient la calmer en brisant la corde, manœuvre qui produit la rupture de l’urèthre avec tous ses accidents. Qu’une éjaculation, spontanée ou non, survienne, et ce sera une autre souffrance, différente de caractère : le sperme sera rare, quelquefois sanguinolent.

C’est pendant cette période, du dixième au cinquantième jour, que surviennent les complications de voisinage, balanite, cystite, prostatite, épididymite.

Avec ou sans ces complications, vers le quarante-cinquième jour en moyenne, en réalité à un moment très variable suivant les sujets et le traitement employé, les douleurs diminuent un peu et l’écoulement uréthral se modifie. Il redevient jaune, puis grisâtre, puis blanchâtre, les mictions sont moins pénibles, les érections moins fréquentes. Le malade, se hâtant quelquefois trop de se soustraire à l’hygiène sévère qui lui a été imposée, provoque une nouvelle poussée d’uréthrite aiguë qui, du reste, peut survenir spontanément, peu d’affections étant aussi sujettes aux rechutes, comme aux récidives.

Enfin, le malade parvient à la fin de sa triste histoire : l’écoulement devient imperceptible, ne se montre plus que le matin, longtemps après que le malade a uriné. La guérison se fait, à moins que furéthrite ne devienne chronique.

La maladie peut présenter une marche subaiguë, avec écoulement moins

BLENNORRHAGIE

abondant, moins verdâtre, douleurs moins vives. Elle survient surtout chez les individus de faible santé et tend encore plus souvent que l’uréthrite aiguë à être suivie de blennorrhée.

La durée de l’uréthrite aiguë est difficile à déterminer ; si l’on connaît la date du début, on ne peut fixer exactement celle de la fin, et il est peu de malades qui, à la fin du troisième mois de leur chaudepisse, ne présentent encore une légère goutte au réveil. Mais la durée peut être beaucoup plus longue, s'il se fait des poussées nouvelles d’uréthrite, et atteindre 8 mois, 10 mois avant la guérison ou le passage à l’état chronique.

Diagnostic. — Il est des plus simples en général. Une balano-posthite avec phimosis consécutif donne lieu à un écoulement abondant par l’orifice préputial; mais les douleurs sont limitées à l’extrémité du gland, l’écoulement n’est pas aussi épais, ni aussi jaunâtre ; cependant on sera forcé de guérir la balanoposthite avant d’être sûr qu’elle ne cache pas une blennorrhagie uréthrale.

Les chancres intra-urêthraux, syphilitiques ou simples, siègent de préférence dans la fosse naviculaire. S’ils sont peu profonds, on ne peut les constater par la vue, ils forment une petite tumeur uréthrale limitée, et s’accompagnent d’un écoulement blanchâtre, sanieux, toujours moins abondant que celui de l’uréthrite, sans douleurs dans la partie profonde de l’urèthre.

Le diagnostic le plus difficile est celui de Yuréthrite simple , et il y a peu de temps que nombre d’auteurs le déclaraient impossible ou inutile au moins, toutes les uréthrites étant considérées comme de même nature. Mais la notion de la spécificité de la blennorrhagie a fait disparaître la confusion. L’uréthrite simple est due à l’onanisme, à la malpropreté du gland et du méat, à une injection uréthrale irritante ou septique ; elle peut même être due au coït avec une femme atteinte d’écoulement vaginal ou de vulvite simples, non blennorrhagiques. Les symptômes sont peu graves, elle ne dure que quelques jours ; les douleurs sont peu prononcées, l’écoulement n’a jamais les caractères de celui de la chaudepisse vraie.

Pronostic. — Le pronostic de l’uréthrite blennorrhagique est à réserver. En outre des complications de voisinage, le malade est toujours exposé à des attaques de rhumatisme blennorrhagique. S’il est imparfaitement soigné, ou si sa santé générale laisse quelque peu à désirer, il a toutes les chances possibles de ne pas guérir de son uréthrite, qui devient chronique.

Traitement. — Il n’y a aucun spécifique de la blennorrhagie, en ce sens qu’on ne connaît pas l’agent destructeur, à coup sûr, du gonocoque. Il faut se contenter d’un traitement opportuniste, à la fois hygiénique et pharmaceutique.

Cependant, au début de la maladie, on pourra intervenir d une manière plus hardie et essayer le traitement abortif, sans promettre au malade la guérison certaine. Une injection de nitrate d’argent à 1 /1 00e ou 1 /50e, faite dans la fosse naviculaire et l’urèthre antérieur, en ne dépassant pas la région pénienne, détermine au bout de quelques heures un gonflement de la verge, puis un écoulement douloureux qui cesse en 2 ou 5 jours; pratiquée dans les pre-

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mières' heures de l’écoulement, elle a de grandes chances de produire un résultat favorable.

Une fois l’écoulement établi, le malade devra éviter toutes les causes d’irritation uréthrale : boissons alcooliques, aliments épicés, etc. Les boissons alcalines, l’eau de Vichy naturelle ou artificielle, prises en grande quantité, agissent utilement en diluant l’urine et en diminuant son acidité.

Parmi les médicaments empiriques qu’on a essayés, un grand nombre ont été abandonnés sans espoir de retour. Le salol semble avoir quelque utilité en communiquant à l’urine des propriétés antiseptiques. Puis, lorsque l’écoulement commence à décroître, mais à cette époque seulement, interviennent les balsamiques, copahu, cubèbe, santal : l’opiat de copahu et de cubèbe est une des préparations les plus employées. Le santal jouit d’une activité moindre. Dans la règle, sous l’action des balsamiques, l’écoulement se modifie rapidement et diminue ou même disparaît dans l’espace de 10 à 15 jours.

Cependant la durée du traitement classique est si longue qu’on a cherché à l’abréger, et il est difficile quelquefois de refuser aux malades l’essai loyal des injections, même si on ne leur accorde pas très grande confiance.

La difficulté est de pénétrer dans toutes les régions de l’urèthre jusqu’au culde-sac du bulbe, de prolonger suffisamment l’action et de ne pas provoquer d’épididymite, ce qui arrive quelquefois. Les injections qui méritent le plus d’être conseillées sont celles de sulfate de quinine neutre, de sublimé, de résorcine, de permanganate de potasse. Faites avec prudence, répétées un certain nombre de fois, elles pourront abréger la durée de la période aiguë.

En outre, à toute période de la chaudepisse, le malade doit porter un suspensoir, il doit être soumis à une alimentation suffisante, à condition qu’elle ne soit pas irritante, et ne se fatiguer d’aucune façon, la débilitation constituant le meilleur moyen de provoquer l’uréthrite chronique.

URÉTHRITE BLENNORRHAGIQUE CHRONIQUE

L’uréthrite chronique qui survient à la suite de la chaudepisse est en général comme elle de nature gonococcique, comme l’ont établi les recherches de Neisser. Si l’on examine avec soin l’écoulement purulent, on y trouvera le gonocoque, mais il faudra multiplier les préparations et les examens ; mais il est difficile, actuellement, d’affirmer que toujours une uréthrite chronique est gonococcique.

L’uréthrite chronique, par son traitement et ses complications, est du ressort de la chirurgie. Les recherches du professeur Guyon et de ses élèves ont prouvé qu’elle est liée à une lésion du cul-de-sac du bulbe, lésion qui consiste anatomiquement en un catarrhe chronique de la muqueuse avec tendance à la sclérose des tissus sous-jacents (Brissaud), et qui souvent s’accompagne, à une époque plus ou moins éloignée, de rétrécissement. La lésion du cul-de-sac du bulbe est constante, elle peut être accompagnée de lésions de l’urèthre postérieur se traduisant par des signes de cystite cervicale qui en rendent le traitement plus difficile.

Un écoulement peu abondant, qu’on n’observe bien que le matin quand

BLENNORRHAGIE

le malade a uriné depuis longtemps — tantôt transparent, tantôt un peu purulent, empesant un peu la chemise du malade, quelquefois la colorant légèrement en jaune — est le symptôme essentiel de l’uréthrite chronique. Dans les premières fractions de l’urine, il y a toujours quelques filaments qui la rendent trouble.

En raison de l’insidiosité des symptômes, le malade n’attache aucune importance à son affection; mais de temps à autre, à la suite d’un excès de boisson surtout, l’écoulement augmente et redevient purulent. Au cours de ces petites poussées d’uréthrite aiguë peuvent survenir une épididymite, une cystite du col, et toutes les complications de la blennorrhagie aiguë. De plus le malade est exposé au rétrécissement, et là est le plus grand danger de sa maladie.

Le diagnostic est facile, mais il faudra éliminer la tuberculose uréthrale et juxta-uréthrale par les commémoratifs, le toucher rectal surtout. En outre on devra rechercher au moyen de la sonde s’il existe un rétrécissement.

COMPLICATIONS DE L’URÉTHRITE BLENNORRHAGIQUE

La plupart surviennent au cours de l’uréthrite aiguë, mais cependant elles peuvent intervenir dans l’uréthrite chronique, au moins au cours d’une poussée d’uréthrite aiguë. Ces complications sont : les abcès périuréthraux qui n’ont pas de gravité, et qui siègent soit au niveau de la fosse naviculaire, soit autour du bulbe de l’urèthre, soit dans les glandes de Mery-Cooper, et dans ce dernier cas s’ouvrent sur les côtés du rectum; la prostatite, qui peut se terminer par résolution ou aboutir à la suppuration de la glande et du tissu cellulaire du voisinage ; la cystite du col et enfin l’épididymite , dont la pathogénie longtemps discutée doit être aujourd’hui rapportée à la propagation de l’inflammation uréthrale. Ces diverses complications sont toutes du ressort de la chirurgie et il n’y a pas lieu de les décrire ici.

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