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CHAPITRE III

BLENNORRHAGIE

Sous le nom de blennorrhagie (de pXéwa, mucus, p-qyvuui, je chasse dehors) on désigne une affection caractérisée par un écoulement purulent ayant pour siège ordinaire l’urèthre chez l’homme et chez la femme, mais susceptible de donner lieu à des écoulements analogues par diverses autres muqueuses et de se compliquer de phénomènes généraux dont les plus importants sont connus sous le nom de rhumatisme blennorrhagique.

MALADIES VÉNÉRIENNES

Confondue longtemps avec la syphilis et le chancre mou, et attribuée au prétendu virus vénérien, la blennorrhagie ne fut définitivement séparée des deux maladies précédentes que lorsque les recherches pratiquées à l’hôpital du Midi eurent démontré que l’inoculation du pus blennorrhagique ne provoquait pas le développement d’un chancre; elle a été plus longtemps encore confondue avec les uréthrites banales, non transmissibles d’un sujet à un autre, plus courtes, provoquées par des irritations simples, non spécifiques : la connaissance du rhumatisme blennorrhagique a bien laissé soupçonner la spécificité de la blennorrhagie, que Féréol affirmait dès 1866 ; mais sa démonstration restait à faire. L’agent pathogène recherché par Jousseaume, puis Salisbury, entrevu par Hallier, fut décrit par Neisser en 1870. Les recherches ultérieures semblèrent confirmer le rôle du gonocoque et aujourd’hui on peut définir la blennorrhagie : une maladie microbienne, due probablement au gonocoque.

Du gonocoque de Neisser. — C’est un diplocoque, dont les deux moitiés sont plus ou moins nettement séparées, qui jamais ne se dispose en chaînettes. En général il est contenu dans les leucocytes du pus, à côté du noyau, ou dans les cellules épithéliales desquamées ; il est rare de le trouver en dehors des cellules, sous forme d’amas. Il se colore facilement par les couleurs d’aniline ; mais, fait essentiel, il se décolore par la méthode de Gram (action de l’iodure de potassium iodé et de l’alcool sur les préparations colorées avec le violet de gentiane aniliné).

Ces trois caractères permettent de le distinguer des microbes habituels du pus, qui sont fréquents dans le pus blennorrhagique, au moins à la partie terminale de l’urèthre.

Le gonocoque ne se cultive pas sur les milieux de culture ordinaires ou du moins s’y cultive très difficilement : bien des prétendues cultures de gonocoque sont dues uniquement au développement de parasites accidentellement introduits dans les cultures. On ne peut le cultiver d’une manière certaine que sur le sérum de sang humain : il se développe à la surface une culture très difficile à apercevoir, de coloration grisâtre, qui atteint son maximum en deux à trois jours, puis meurt rapidement.

Rôle du gonocoque dans les manifestations blennorrhagiques. — Les

recherches de Bokai, de Bockhardt, celles plus récentes de Bumm, qui fait des cultures pures sur sérum et a réussi avec la vingtième culture à déterminer une uréthrite blennorrhagique typique, semblent avoir prouvé le rôle pathogène du gonocoque. Cependant ces expériences ont besoin d’être reprises en présence des nombreuses contradictions qui se sont élevées de toute part.

Et d’abord, dans les produits blennorrhagiques, il est rare de trouver le gonocoque isolé. En général, il est associé aux microbes de la suppuration, streptocoques et staphylocoques, et à des microbes moins bien déterminés qui varient suivant les muqueuses sur lesquelles on le recherche. Ainsi dans l’urèthre, on trouve, d’après les recherches de Legrain, le diplococcus subflavus de Bumm, le micrococcus citreus conglomeratus du même auteur, le micrococcus ochroleucus de Prove, un microcoque orange, un microcoque blanc, etc. Les recherches de tous les auteurs s’accordent sur ce point, à savoir que le gonocoque est constant dans l’uréthrite blennorrhagique aiguë, et aussi sur

BLENNORRHAGIE

cet autre point qu’aucun des microcoques que nous avons cités ne s’y rencontre constamment. On peut en déduire au moins que, si le gonocoque n’est pas l’agent de l’uréthrite, ce rôle n’appartient pas non plus à un des microbes actuellement connus.

Dans l’uréthrite chronique, le gonocoque se rencontre d’autant plus souvent qu’on est moins éloigné du début et, en faisant des examens multipliés du pus blennorrhéique à plusieurs jours d’intervalle, on le trouve presque toujours (Neisser). La présence du gonocoque dans les écoulements blennorrhagiques permet d’attribuer à la blennorrhagie les vulvites, les métrites, les salpingites, etc. (Terrillon, Rendu), qui surviennent chez les femmes mariées à des hommes atteints de blennorrhagie plusieurs années auparavant. Cependant il se peut que certains cas d’uréthrite chronique post-blennorrhagique soient dus à une infection uréthrale par un microbe autre que le gonocoque.

Dans la blennorrhagie de la femme, on ne trouve jamais le gonocoque à l’état de pureté. Les associations microbiennes expliquent aisément le fait, que, dans beaucoup de vulvites, de métrites, de salpingites, causées par le gonocoque, on ne trouve plus à un moment donné que des microbes de la suppuration.

Le gonocoque se rencontre également dans les lésions blennorrhagiques des muqueuses extragénitales, C’est ainsi qu’on l’a observé dans les conjonctivites des nouveau-nés et les conjonctivites blennorrhagiques de l’adulte.

Une difficulté a été soulevée dans ces dernières années : on a trouvé le gonocoque dans les sécrétions d’uréthrite développées en dehors de toute contagion; le professeur Straus en a rapporté un exemple probant. D’autre part, quelques auteurs ont trouvé le gonocoque dans l’urèthre d’individus n’ayant pas la blennorrhagie et ne l’ayant pas eue. Éraud admet que le gonocoque est un microbe saprophyte habitant normalement l’urèthre comme le pneumocoque habite la bouche et susceptible de devenir pathogène sous l’influence de causes à déterminer. Le développement ordinaire de la blennorrhagie à la suite d’une contagion semble prouver tout au moins que, quel que soit l’agent pathogène, il n’habite pas normalement l’économie ; mais il y a lieu de faire encore des réserves sur le rôle réel du gonocoque dans l’uréthrite blennorrhagique. Quant à son rôle dans les manifestations viscérales qui accompagnent la blennorrhagie, il sera recherché plus loin, à propos du rhumatisme blennorrhagique.

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