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DEUXIÈME PARTIE

MALADIES CUTANÉES

GÉNÉRALITÉS

La peau est tout à la fois un organe de revêtement et un organe d’excrétion ; en même temps elle est soumise comme tous les tissus à l’influence des modifications apportées dans sa nutrition par les troubles circulatoires et par les adultérations du sang, ainsi qu’aux perturbations produites par le système nerveux. Aussi les causes de ses lésions sont-elles des plus variées.

En tant qu’appareil de revêtement, elle subit l’action des agents extérieurs, et surtout des parasites divers, animaux ou végétaux, microscopiques ou autres qui peuvent venir à son contact, l’altérer primitivement, aggraver ou modifier les lésions déjà existantes; les substances chimiques qui sont déposées sur elle peuvent également, lorsqu’elles sont douées de propriétés irritantes, devenir la cause d’altérations auxquelles la résistance et la constitution de la peau, variables suivant les sujets, viennent souvent imprimer un cachet particulier.

Comme appareil d’excrétion, elle est susceptible d’être altérée par les substances qui s’éliminent à travers ses glandes, substances chimiques, organiques ou inorganiques, normales ou accidentelles, provenant de l’alimentation ou d’un fonctionnement vicieux des parenchymes viscéraux ou élaborées par les micro-organismes introduits dans l’économie.

Ces substances peuvent encore amener une perturbation dans la nutrition de la peau, en raison de leur présence dans le sang, des modifications qu’elles impriment à sa constitution et des propriétés irritantes dont elles jouissent vis-à-vis des tissus constituants de la peau. C’est sans doute en raison des modifications du liquide sanguin qui les accompagnent et les spécifient, que les états constitutionnels, diathésiques et dyscrasiques ont sur la production, la forme et la persistance des dermatoses un rôle si important, rôle que Bazin a eu l’immense mérite d’établir, et qui ne saurait être nié, malgré les protestations de Hebra et de ses élèves. C’est également par les altérations qu’elles entraînent dans la constitution chimique du sang que les lésions et les troubles fonctionnels des viscères, du rein, du foie, du tube digestif en première ligne, agissent si efficacement dans la production d’un grand nombre de dermatoses.

Quant au rôle du système nerveux dans la production des dermatoses, il se traduit avec la plus grande netteté en maintes circonstances : tantôt le système nerveux intervient comme agent instrumental intermédiaire entre une intoxication et une lésion cutanée, tantôt il agit primitivement et directement sur la

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peau pour y produire ces troubles trophiques dont le nombre et la variété se sont tant accrus depuis que les recherches de Charcot et Vulpian en ont démontré la réalité et indiqué la pathogénie.

Cette simple énumération suffit à montrer que les lésions cutanées sont rarement primitives, que souvent elles ne font que traduire extérieurement des altérations diverses d’organes divers. En d’autres termes, il y a moins souvent maladie cutanée à proprement parler que lésion cutanée ou affection cutanée.

Cependant, la peau présente, dans sa constitution même et dans sa structure, des variétés nombreuses, résultant de l’hérédité ou de malformations originelles, qui impriment un cachet particulier à certaines de ses lésions.

Ces causes diverses s’associent la plupart du temps dans un cas donné, s’influencent les unes les autres, s’additionnant ou se neutralisant partiellement ; de leur association résultent des altérations cutanées à caractères variables et souvent complexes, quoiqu’elles ne soient jamais constituées que par un nombre restreint de lésions élémentaires qui sont, tout à la fois, des lésions anatomiques et des symptômes.

Sous le nom de taches ou de macules , on désigne toutes les altérations qui se traduisent par une modification de coloration des téguments, sans donner lieu à aucune saillie ou avec une saillie à peine appréciable et sans infiltration de la peau. Les taches peuvent disparaître par la pression comme dans les érythèmes, ou persister malgré la pression et avoir une durée parfois considérable, comme les taches pigmentaires.

Les papules sont des saillies de coloration variable, de dimensions également variables, résistantes, ne renfermant pas de liquide, disparaissant au bout d’un temps variable sans laisser de traces. Anatomiquement, elles sont constituées par une infiltration inflammatoire ou simplement congestive des couches superficielles du derme.

Les tubercules sont également des productions résistantes, ne renfermant ; pas de liquide, de dimensions variables, ordinairement saillantes : plus nettement circonscrits que les papules, les tubercules sont enchâssés profondément dans le derme: de plus, et c’est là surtout ce qui les distingue des papules, ils ont toujours une évolution lente et ne disparaissent pas spontanément. Leloir ajoute à ces caractères qu’ils sont toujours engendrés par un microbe pathogène. Ils sont constitués par une infiltration du derme atteignant jusqu’à ses couches profondes: le néoplasme se substitue aux éléments normaux du derme, de sorte que, à sa disparition, il y a fréquemment persistance d’une cicatrice.

On donne le nom de vésicules à des soulèvements de l’épiderme peu étendus, ordinairement arrondis ou acuminés, remplis d’un liquide séreux transparent.

Les vésicules résultent de la transformation cavitaire des cellules de la couche cornée de l’épiderme. Ce processus, bien étudié par Leloir, consiste dans le j développement, autour du noyau de la cellule, d’une cavité qui se remplit de liquide et qui finit par se substituer entièrement à elle : les éléments cellulaires ainsi altérés se rompent, les cavités s’ouvrent les unes dans les autres, et il en résulte une cavité unique, mais multiloculaire, limitée en haut par la portion de la couche cornée restée saine, en bas parles cellules du corps muqueux.

Les bulles sont des soulèvements épidermiques généralement plus volumi neux que les vésicules et remplis également de liquide séreux transparent. 1

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Elles sont uniloculaires et résultent non de l’altération cavitaire des cellules épidermiques, mais du décollement de l’épiderme, au niveau de la couche muqueuse de Malpighi, entre la couche granuleuse et le stratum lucidum, décollement produit par l’afflux de sérosité dans l’épiderme à la suite d’une lésion exsudative de la peau ; plus rarement, et seulement dans certaines régions où l’épiderme est épais, le décollement se fait à la limite de l’épiderme et du derme : ce processus, bien étudié par J. Renaut sous le nom de phlycténisation, diffère absolument du processus de vésiculisation.

Les pustules sont des soulèvements épidermiques de dimensions variées, de forme généralement arrondie, renfermant un liquide purulent ou séro-purulent. Elles sont, comme les vésicules, le résultat de l’altération cavitaire des cellules épidermiques et sont également multiloculaires. Elles peuvent occuper un siège plus ou moins profond dans les couches épidermiques.

La rupture des vésicules, des bulles et des pustules est ordinairement suivie du développement de croûtes plus ou moins épaisses.

On désigne sous le nom de squames ou d’écailles les lamelles épidermiques de largeur, d’adhérence et d’épaisseur variables qui se détachent de la surface des téguments, soit à la suite d’une des lésions élémentaires précédentes, soit sans altération antérieure des téguments. Elles sont formées de cellules épidermiques cornées et résultent d’une anomalie dans le pi’ocessus de kératinisation : les cellules de la couche cornée conservent leur noyau, présentent l’aspect microscopique de l’épiderme muqueux, et se détachent des couches sous-jacentes.

La multiplicité et la complexité des causes des lésions cutanées suffisent à faire présumer les règles générales de leur thérapeutique. Le rôle des causes internes et des lésions humorales permet de supposer, ce que confirme avec éclat la pratique, que les agents externes bu topiques, ne peuvent suffire à la guérison de la plupart des affections cutanées ; l’état constitutionnel des malades, les lésions viscérales diverses, engendrées par cet état constitutionnel ou accidentellement développées, fournissent des indications spéciales qui ne doivent pas être méconnues, si l’on veut obtenir la guérison effective et surtout prévenir le retour de l’affection cutanée. Inversement, les altérations dermoépidermiques, déjà constituées, souvent modifiées par des agents extérieurs et en première ligne par les micro-organismes qui se trouvent en permanence à la surface des téguments, réclament un traitement local approprié sans lequel le traitement interne restera souvent impuissant contre elles.

Le cadre de cet ouvrage ne comporte pas les développements qui conviennent à un véritable traité de dermatologie : aussi ne trouvera-t-on dans les chapitres suivants que la description des affections qui présentent une importance réelle soit en raison de leur fréquence, soit au point de vue de la pathologie générale. Quant aux affections cutanées d’ordre purement chirurgical telles que les épithéliomas, la chéloïde, le furoncle, les boutons des pays chauds, l’éléphantiasis, etc., elles n’ont pas leur place dans un Traité, de médecine et le lecteur devra se reporter aux ouvrages de pathologie externe et en particulier au chapitre des maladies de la peau inséré par A. Broca dans le premier volume du Traité de chirurgie.

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