‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 38 sur 109 · F AV, U S · texte numérisé non relu

F AV, U S

On donne le nom de favus (de favus , rayon de miel) aux lésions déterminées par un champignon découvert par Schonlein (1859) et appelé achorion

Scliœnleinii.

Ce champignon habite ordinairement le cuir chevelu, où il amène la chute des cheveux qu’il infitre en même temps qu’il envahit l’épiderme : l’affection est désignée sous le nom de teigne faveuse ou de favus du cuir chevelu.

Il peut également se développer sur les régions glabres, y produisant des altérations analogues à celles qui occupent le cuir chevelu autour des poils (favus cutané ou favus des parties glabres). Il peut encore, mais beaucoup plus rarement, végéter dans le tissu unguéal. Enfin, dans un cas observé par Kaposi et Kundrat et resté unique, le favus de la peau s’accompagnait de lésions des muqueuses des voies digestives (œsophage, estomac, intestin), dues à la présence du même parasite.

Description du parasite. — Le champignon du favus est constitué par des spores et par des tubes que l’on met en évidence avec les diverses matières colorantes employées en technique microscopique et, en particulier, l’éosine et le violet de méthylaniline, après dégraissage à l’éther et action de la potasse.

Les spores, de forme arrondie ou irrégulière dans les godets faviques, sont aplaties par pression réciproque dans les cheveux faviques et offrent alors une forme quadrilatère. Elles mesurent de 5 à 7 w. de diamètre, sont disposées en chaînes ramifiées et sont formées d’un épispore cellulosique, d’un protoplasma assez abondant et d’un noyau beaucoup plus petit que celui du microsporon furfur et souvent caché par le 'protoplasma.

Les tubes du mycélium sont ténus, simples, noueux, cloisonnés ou articulés et ramifiés; certains d’entre eux renferment des spores, d’autres sont vides.

Dans les godets, les éléments du champignon sont agglutinés par une substance amorphe , connue en botanique sous le nom de glaire ou de gangue amorphe.

FAVUS.

Les spores du favus n’infiltrent pas le poil en totalité et dans toute son épaisseur comme le font les spores du trichophyton : elles y forment des chaînes ramifiées constituant des réseaux à mailles allongées dans le sens de l’axe du poil ; aussi le poil favique est-il moins friable que le poil trichophytiquc.

Le mode de pénétration du parasite dans le poil a été diversement interprété. Pour Kaposi, les éléments du champignon développés à la surface épidermique suivent la gaine de la racine du poil jusqu’à la base du follicule, pénètrent dans le bulbe ; puis, affectant un trajet rétrograde, remontent dans le poil lui-même, qu’ils envahissent de bas en haut, tandis que dans d’autres points du trajet du poil ces éléments arrivent latéralement dans le poil, à travers les gaines de la racine. Unna, n’ayant jamais trouvé de filaments parasitaires dans le bulbe pileux, rejette la théorie « du détour » imaginée par Kaposi. Pour Balzer, la pénétration se fait tantôt directement, tantôt par la voie détournée.

Quoi qu’il en soit du mode d’envahissement du poil, il résulte clairement des recherches de Lebert, Robin, Gudden, Kaposi, revisées et complétées par Balzer, que le champignon a pour siège initial l’épiderme dans lequel il végète ; par le fait de sa végétation dans l’infundibulum pilaire, se développe la lésion que l’on désigne sous le nom de godet, puis le poil est envahi ; plus tard, les gaines externe et interne du cheveu sont franchies, le parasite pénètre dans le derme ; par suite de la destruction des papilles pilaires, les poils tombent, laissant à leur suite une alopécie cicatricielle et définitive.

L’achorion peut être cultivé sur la plupart des milieux employés pour les cultures de bactéries et de champignons. Duclaux et Verujski ont montré que, contrairement à l’opinion émise par Grawitz, les cultures de l’achoriôn différaient absolument, par leurs caractères morphologiques, de celles du trichophyton. Sur la gélose, les cultures de l’achorion forment des masses d’un jaune sale, déprimées à leur centre, rappelant de tous points l’aspect des godets observés sur la peau des sujets atteints de favus.

Quincke, ayant constaté des différences d’aspect dans les cultures de champignons provenant de sujets différents, a admis que le favus pouvait être produit par trois espèces différentes de champignons qu’il distingue par les désignations a, p, y ; des recherches ultérieures l’ont amené à ne plus admettre que dèux espèces, l’une, a, ayant le plus souvent pour siège les régions glabres et et déterminant le favus herpétique, l’autre se développant dans le cuir chevelu et donnant lieu au favus vulgaire. Bien que confirmées en partie par Elsenberg, les vues de Quincke ne sont pas admises par la généralité des auteurs.

Étiologie. — Quel que soit son siège, le favus débute presque toujours dans l’enfance, pour persister jusqu’à un âge plus ou moins avancé.

Ses localisations, soit initiales, soit secondaires, sont souvent favorisées, comme l’ont fait remarquer Kôbner et Gailieton, par toute excoriation ou lésion cutanée antérieure ouvrant une porte d’entrée à travers le tégument.

La cause réelle, unique et suffisante du favus est la transmission directe ou indirecte (par les coiffeurs, par exemple) de l’achorion à un sujet sain par un sujet antérieurement atteint de la même maladie. La transmission peut se faire de l’homme à l’homme ou de l’animal à l’homme, certains animaux, les

chats, les poules, les rats en particulier, étant parfois atteints de favus.

La maladie à achorion s’observe presque exclusivement à la campagne, les cas de favus observés à Paris et dans les grandes villes provenant à peu près constamment des villages avoisinants. En outre, elle est plus fréquente dans certains pays que dans d’autres. En France, où elle est notablement plus commune que dans les autres parties de l’Europe, elle a certaines régions de prédilection : les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Seine-Inférieure, des Côtes-du-Nord, du Finistère, de l’Aveyron, du Tarn, de l’Hérault, des Landes, des Basses-Pyrénées et s’observe plus rarement dans les départements du Centre et de l’Est (J. Bergeron, H. Feulard).

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