‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 39 sur 109 · FAVUS DU CUIR CHEVELU · texte numérisé non relu

FAVUS DU CUIR CHEVELU

Le favus du cuir chevelu débute au pourtour d’un cheveu par une tache rouge bientôt suivie du développement d’une petite tache blanc jaunâtre, ayant l’aspect d’une pustule ; cette tache s’étend progressivement et lentement par sa périphérie, son bord est saillant, tandis que sa partie centrale est déprimée ; cette disposition résultant à la fois de l’adhérence de la couche épidermique à la cuticule du poil et du mode de développement du parasite, puisqu’elle s’observe même sur les cultures expérimentales, a reçu le nom très exact de godet. Les godets peuvent avoir des dimensions variées : tantôt punctiformes, tantôt plus larges, atteignant ou dépassant la largeur d’une lentille, d’une pièce de 20 centimes, ils se réunissent souvent entre eux pour former des surfaces à contours festonnés et saillants, limitant comme une zone de fortifications une surface plus déprimée et irrégulière. Ces lésions peuvent occuper une grande partie du cuir chevelu. Elles ont une coloration blanc jaunâtre ou jaune soufre; par une traction suffisamment forte, on parvient à les détacher en fragments volumineux, friables, et on voit alors le derme rouge, humide, légèrement déprimé.

Le cuir chevelu exhale une odeur spéciale, que présentent également les cultures d’achorion, comparable à celle de la souris, très distincte de celle des surfaces eczémateuses ou impétigineuses suintantes et de la suppuration, et qui peut, dans certains cas, être utilisée pour le diagnostic.

Les poils, qui, au début, occupent le centre des godets faviques, subissent les effets de la pénétration du parasite dans le derme et dans la papille pileuse ; ils deviennent secs, d’aspect poussiéreux et finissent par tomber pour ne plus repousser. Lorsque les lésions occupent une certaine étendue et ont duré un certain temps après l’avulsion ou la disparition des masses faviques, le cuir chevelu est glabre et d’apparence cicatricielle ; néanmoins, même sur les cicatrices, on trouve presque toujours disséminés en nombre variable et isolés les uns des autres quelques cheveux secs, poussiéreux.

Le favus peut occuper toutes les régions du cuir chevelu. Cependant il débute le plus souvent par le sommet de la tête, plus particulièrement au voisinage de la bordure du cuir chevelu ; mais il reste presque constamment, le long du front et des tempes, une étroite bande de cheveux entièrement

FAVUS.

respectés par la maladie, jusque dans ses périodes avancées. Cette intégrité de la bordure même, avec disparition des cheveux en zones plus ou moins irrégulières et aspect cicatriciel du cuir chevelu, est un des caractères diagnostiques les plus importants de l’alopécie post-favique.

La durée du favus du cuir chevelu est extrêmement longue : repullulant fatalement tant qu’il n’est pas soumis à un traitement efficace et qu’il reste encore des cheveux susceptibles de devenir le centre de godets nouveaux, il persiste ainsi pendant des années.

Pronostic. — En raison de sa longue durée, de ses rechutes et de l’alopécie définitive qui en est l’aboutissant fatal, le favus du cuir chevelu conlitue la plus grave des affections désignées sous le nom de teigne et n’est comparable, sous ce rapport, ni à la trichophytie, ni à la pelade. L’aspect repoussant de ses lésions, l’impossibilité de dissimuler efficacement les cicatrices qui lui succèdent, ont fait comprendre parmi les causes de réforme ou d’exemption du service militaire le favus et l’alopécie post-favique : c’est là, ainsi que l’a fait remarquer Feulard, une des causes les plus efficaces de la persistance et de la propagation de la maladie, certains parents se gardant bien de traiter leurs enfants atteints de favus ou même cherchant à leur faire contracter la maladie dans le but de les empêcher d’entrer dans l’armée.

Diagnostic. — Le diagnostic du favus du cuir chevelu est ordinairement facile : la présence des godets faviques, l’odeur dégagée par les malades et, dans les cas douteux, l’examen microscopique des cheveux et des débris de godets permettent de le reconnaître sans cause d’erreur.

La trichophytie et la pelade , bien que portant comme le favus la dénomination commune de teignes, ne peuvent guère être confondues avec celui-ci.

L 'eczéma, Y impétigo du cuir chevelu, la plithiriase ne peuvent guère non plus prêter à la confusion : leur durée moins longue, l’absence de godets et de cicatrices permettent facilement d’éliminer le favus; il faudra cependant dans certains cas, chez des sujets mal tenus, ne pas oublier que le favus peut se dissimuler sous les apparences d’un eczéma ou coexister avec la phthiriase et qu’un examen attentif du cuir chevelu, après que les cheveux ont été coupés et la tête nettoyée, est parfois indispensable pour découvrir des lésions faviques peu étendues ; dans ces cas, l’odeur de souris peut quelquefois faire soupçonner un favus dont on constate la présence après que le cuir chevelu est débarrassé des cheveux et des lésions de toutes sortes qui le masquaient.

Certaines folliculites peuvent simuler le favus : l’alopécie qui leur succède peut être de tous points semblable à celle produite par le favus, et les pustules qui les caractérisent peuvent être prises pour des lésions faviques au début. L’examen microscopique des cheveux et des débris épidermiques répété avec persévérance permet seul parfois ce diagnostic différentiel souvent très ambigu.

Traitement. — Il est facile, au moyen de savonnages et de lavages ou de cataplasmes, de déterger les surfaces atteintes de favus et de les débarrasser des godets. Mais ce traitement préparatoire doit être suivi de l’épilation de de tous les cheveux malades et d’une zone de cheveux autour des régions

MALADIES CUTANÉES

atteintes, laquelle permet seule d’avulser les parasites d’une façon complète et d’empêcher leur repullulation. On y joindra l’emploi de pommades antiseptiques et parasiticides à base de sels de mercure, de soufre, d’iode, d’acide phénique, d’acide borique, etc., que l’on devra continuer avec persévérance.

Page 1