‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 41 sur 109 · F A VUS · texte numérisé non relu

F A VUS

cédents ou sur la coexistence d’autres lésions manifestement faviques ou trichophytiques ; peut-être les cultures permettraient-elles cette distinction.

Le traitement consiste dans le grattage ou l’ablation de l’ongle malade.

Bibliographie :

Kaposi, Pathologie et traitement des maladies de la peau ; trad. franç. avec notes de Besnier et Doyon, 2° édit., 1891, t. II, p. 756.— M. Morris, An extensive case of favus: Brit.Journ. of Dermat., 1891, p. 101. — L. Frank, Favus; Monatsh. f. prakt. Dermat., 1891, I, p. 254. — Pick et Kral, Untersuchungen über Favus; Ergânzungshefte zum Archiv. f. Dermat. u. Syph., 1891, p. 57. — Mibelli, Sul fungo del favo; la Ri forma medica, 1891, I, p. 817, et II, p. 37.

Voir en outre la bibliographie de la trichophytie.

PELADE

Définition. — On décrit sous le nom de pelade, ou encore sous les noms d’alopécie en aires, d 'area Celsi, de porrigo decalvans, une affection caractérisée par la chute des poils, en particulier des cheveux et de la barbe, sans altération appréciable de la peau ou seulement avec décoloration et aspect éburné des téguments, affection aboutissant à la production de plaques alopéciques offrant presque toujours la forme de disques régulièrement arrondis.

La contagiosité, nettement prouvée dans un certain nombre de cas, de la pelade est un argument puissant en faveur de sa nature parasitaire, bien que son agent pathogène ne soit pas encore déterminé. Elle doit être placée, au nombre des teignes , ou affections du cuir chevelu d’origine microphy tique (Bazin).

Description clinique. — La plaque de pelade constituée a un aspect absolument caractéristique : une zone alopécique, entièrement dépourvue de poils adultes et de poils follets, de forme arrondie ou allongée, au niveau de laquelle le cuir chevelu est lisse, régulier, n’offrant que les dépressions des follicules pileux déshabités, sans apparence cicatricielle, avec ou sans production d’une petite quantité de squames minces, pityriasiformes, tel est cet aspect. En outre, la peau est souvent plus blanche que sur les parties adjacentes, d’où le nom de pelade achromateuse donné par Bazin à la forme ordinaire de la pelade ; la plaque présente souvent une légère dépression à sa partie centrale.

A la périphérie de la plaque, comme sur son centre, on ne trouve ni poils cassés ni follets, mais dans une étendue plus ou moins large les poils environnants n’ont pas leur adhérence normale : ils s’arrachent facilement par une traction légère, présentant les caractères d’atrophie qui seront indiqués plus loin.

Dans certains cas cependant, auxquels Bazin avait à tort donné le nom de pseudo-pelade et que l’on désigne plus exactement sous la dénomination de pelade pseudo-tondante (Lailler) ou de pelade à cheveux fragiles (E. Besnier), les plaques sont recouvertes par places ou sur leur totalité de poils cassés à des niveaux différents, rappelant ainsi l’aspect de la trichophytie du cuir chevelu.

La pelade peut se borner à une seule plaqùe occupant une portion quel-

MALADIES CUTANÉES

conque du cuir chevelu ou de la barbe, plaque d’étendue variable d’ailleurs; mais souvent il n’en est ainsi qu’à la phase tout à fait initiale de la maladie et d’autres plaques se produisent, soit au voisinage de la première, soit en des points plus ou moins éloignés, affectant parfois une certaine symétrie, ou localisées à une seule moitié du cuir chevelu, plus souvent disséminées sans ordre.

L’affection, après être restée limitée pendant un temps plus ou moins long soit au cuir chevelu, soit à la barbe, peut s’étendre à une grande partie du système pileux de l’extrémité céphalique. Des plaques de pelade peuvent également se produire dans d’autres régions velues, au pubis, à l’aisselle.

Dans certains cas, désignés sous les noms de pelade généralisée ou mieux de pelade totale (pelade décalvante de Bazin), le système pileux tout entier du corps est atteint et tombe, il y a une alopécie complète, ou, si elle n’est pas absolue, il ne reste que quelques poils disséminés, tantôt minces comme des follets, tantôt volumineux comme des poils normaux. Les sujets atteints de pelade totale ont ordinairement le visage assez coloré, congestif, quelquefois avec de petites varicosités veineuses. L’alopécie survenue soit d’une façon aiguë dans l’espace de quelques jours, soit lentement et progressivement, persiste pendant un temps variable, puis sous une influence quelconque, souvent sans cause appréciable, le système pileux repousse, en totalité ou partiellement; d’autres fois, l’alopécie persiste pendant toute l’existence. Les faits de pelade généralisée semblent s’écarter de la pelade vulgaire : leur contagiosité n’est nullement prouvée et ils paraissent être plutôt le résultat d’une altération nerveuse, c’està-dire rentrer dans le groupe des pseudo-pelades trophoneurotiques.

La pelade ne s’accompagne presque jamais de troubles fonctionnels : apparaissant sans prurit, ou tout au plus avec une légère sensation de chaleur, elle ne s’accompagne pas de modifications constantes et importantes de la sensibilité au niveau des plaques alopéciques.

Arnozan et R. Crocker ont signalé la chute des ongles dans des cas de pelade qui paraissent appartenir tous à la pseudo-pelade trophoneurotique.

Quant aux troubles oculaires que Frôlich a signalés dans la pelade, ils ne sont sans doute que l’effet d’une coïncidence et, en tous cas, s’ils ont une relation quelconque avec les alopécies, il semble aussi que ce soit uniquement avec la pseudo-pelade trophoneurotique et non avec la pelade.

Marche. — Débutant d’une façon insidieuse ou marquée seulement par une légère sensation de prurit, presque toujours constatée accidentellement par le malade et plus souvent encore par son entourage, la plaque initiale de pelade a toujours une étendue assez large lorsque le médecin la voit pour la première fois : abandonnée à elle-même, elle s’étend encore pendant un certain temps, puis s’arrête spontanément dans son accroissement, reste à l’état stationnaire pendant une durée variable, puis se recouvre soit sur toute sa surface, soit sur une portion seulement, de poils d’abord minces et peu colorés qui deviennent progressivement plus nombreux, plus volumineux et plus foncés jusqu’à prendre en tout l’aspect des poils du voisinage ; soumise à un traitement régulier, la plaque de pelade aboutit plus rapidement à la guérison et, presque toujours, à moins d’un traitement irritant intempestif, disparaît, par repousse de cheveux normaux, sans laisser d’alopécie définitive.

PELADE

Pendant le cours de son évolution, cette plaque peut s’accompagner du développement, par auto-infection ou auto-contagion, de plaques nouvelles qui suivent la même marche générale, et peuvent être plus ou moins étendues plus ou moins persistantes que la première.

La durée des plaques prises individuellement n’a pas de limites fixes : elles peuvent guérir en l’espace de quelques semaines ou persister pendant plusieurs mois, voire même plusieurs années, sans qu’on trouve dans leur aspect ou leur étendue, dans l’état général du malade, des éléments suffisants pour l’appréciation probable de cette durée. A plus forte raison, la durée de la maladie dans son ensemble n’est-elle pas soumise à des règles invariables, ou proportionnelle au nombre et à l’étendue des plaques alopéciques. Ce que l’on peut seulement établir, c’est qu’une pelade constituée par une seule plaque, peu étendue et récente, régulièrement traitée, guérit ordinairement dans l’espace de quelques semaines et que, par contre, une pelade ancienne avec plaques alopéciques nombreuses et étendues, demande presque toujours des mois pour guérir et parfois persiste pendant des années, malgré une intervention thérapeutique énergique et correcte.

Étiologie. — La pelade s’observe surtout chez les enfants et plus souvent chez les garçons que chez les filles ; les adultes sont cependant assez souvent atteints de cette affection qui peut siéger chez eux soit au cuir chevelu, soit à la barbe ou sur les autres régions garnies de poils.

Les sujets pâles, anémiques sont peut-être plus souvent atteints que les sujets vigoureux et robustes ; mais il n’y a là rien de précis et de net.

L’affection est beaucoup plus fréquente chez les sujets à cheveux bruns que chez les blonds et les sujets à cheveux châtain clair.

La confusion établie entre certaines alopécies trophoneurotiques et la pelade a fait admettre que cette affection se rencontre fréquemment chez les sujets nerveux (Gaucher) ou à la suite d’émotions et de perturbations morales (Olivier), mais ces influences ont été singulièrement exagérées et n’ont qu’un rôle bien restreint dans l’étiologie de la pelade véritable.

Certains sujets semblent prédisposés à la pelade et en ont, à plusieurs années de distance, sous l’influence de nouvelles contagions, des atteintes multiples : Lereboullet a cité l’exemple d’un malade ayant eu ainsi trois attaques de pelade.

L’étiologie réelle de la pelade réside dans sa transmission d’un sujet malade à un sujet sain. Malgré quelques oppositions rebelles, la contagiosité de la pelade, déjà reconnue par Bazin, est admise par le plus grand nombre des dermatologistes français et par un certain nombre d’auteurs éti’angers. La transmission de la pelade entre sujets vivants ensemble, du mari à la femme (E. Besnier), entre employés d’un même bureau (Hillairet), l’existence indéniable d’épidémies de pelade dans des collèges et des pensions (Gillette, Padieu, Hardy, Bucquoy, Tommasoli, etc.), dans des régiments (Coustan), la fréquence de la maladie chez les enfants des écoles publiques, chez les médecins qui fréquentent les services de dermatologie (E. Besnier), suffisent à prouver sa contagiosité.

Mais, si indubitable que soit sa contagiosité, il est certain que sa transmission n’est pas fatale, que des contacts répétés et prolongés avec un sujet atteint de pelade ne sont pas fatalement suivis du développement de la maladie, et que

MALADIES CUTANÉES

certaines prédispositions individuelles locales résultant d’un état encore inconnu du cuir chevelu sont sans doute nécessaires à son éclosion : il n’y a là pas autre chose qu’une contagiosité faible, demandant pour s’exercer des conditions favorables, et non pas la preuve de la non-contagiosité de la maladie.

Non seulement le contact direct avec des sujets atteints de pelade, mais encore le contact avec les objets de toilette (peignes, brosses et surtout la tondeuse employée actuellement par les coiffeurs, chapeaux ayant servi à des sujets peladiques) peuvent transmettre la maladie : les faits de Lassar, de Goustan, de Eichhoff le prouvent surabondamment.

La transmission paraît se faire également par les animaux : six employés d’un même bureau atteints de pelade simultanément, observés par Hillairet, avaient dans leur bureau un chat malade qui perdait ses poils et qui était sans cesse blotti dans leurs casquettes. Arnozan et Bourguedieu ont rapporté des faits dans lesquels la pelade paraissait avoir été transmise par des chevaux dont les poils étaient malades.

La maladie n’est pas également fréquente dans tous les pays : elle atteint sa plus grande fréquence à Paris; à Lille, sur 100 sujets atteints de maladies de peau, 5 sont peladiques (Leloir), 4 à Bordeaux (Dubreuilh), 0,7 à Lyon; à l’étranger, les proportions sont beaucoup moindres : 1 à 2 pour 100 à Berlin (Lassar et Schweninger), 0,8 pour 100 à Vienne (Kaposi), 0,5 pour 100 à Hambourg (Unna), 0,9 pour 100 à New-York (Bulkley).

Anatomie pathologique. — Les cheveux enlevés à la périphérie d’une plaque de pelade présentent, à des degrés divers, une apparence atrophique particulière : leur extrémité profonde se termine tantôt par une saillie arrondie, qui leur a valu la comparaison avec un point d’exclamation, tantôt par une pointe effilée ; secs et un peu cassants, ils n’ont cependant pas la friabilité excessive des poils infiltrés de trichophyton qui s’écrasent sous la pince.

Examinés au microscope, ils sont régulièrement amincis ou offrent une succession de renflements et d’étranglements plus ou moins prononcés ; leur extrémité libre est souvent formée de plusieurs pointes isolées rappelant l’aspect d’un balai, caractère que l’on peut déjà constater au moyen de la loupe. La moelle du cheveu manque le plus souvent ; on y trouve des amas fusiformes de grains pigmentaires allongés suivant la longueur du poil dont ils occupent le centre (Lailler) et une infiltration de bulles d’air (Behrend, Juhel-Bénoy) plus considérable que dans les poils normaux ou dans les autres affections alopéciques.

Au niveau des plaques de pelade, on a trouvé les follicules pileux tantôt transformés en cordons fibreux entourés de cellules rondes (Duckworth et Harris), tantôt atrophiés avec leurs gaines épithéliales revenues sur ellesmêmes et plissées, mais renfermant encore un poil mal développé, mince et sans bulbe, qui n’atteint pas l’orifice du follicule pileux (Balzer). La présence de ce poil atrophié, prouve, comme le fait remarquer ce dernier auteur, que l’alopécie n’est complète qu’en apparence et concorde bien avec l’observation clinique qui montre que l’alopécie est rarement définitive dans la pelade. Les glandes sébacées et les autres parties de la peau sont normales (Balzer). Leloir a constaté tantôt l’intégrité des nerfs cutanés, tantôt leur atrophie.

On a signalé à plusieurs reprises, dans la pelade, la présence de parasites

PELADE

occupant les poils ou plus exactement leur surface. Gruby décrivit en 1845 un champignon auquel il donna le nom de microsporon Audouini. Bazin, après avoir adopté les idées de Gruby, changea plusieurs fois d’opinion et admit que le parasite de la pelade était un trichophyton ( trichophyton decalvans ). Malassez, en 1874, constata dans les parties les plus superficielles de l’épiderme, chez les sujets atteints de pelade, un champignon en forme de bissac, qui fut retrouvé par Eichhorst, Majocchi, Pellizzari, mais dont le rôle pathogène n’a pas tardé à être nié, lorsque Nystrôm, Horand, Bizzozzero l’eurent retrouvé sur des objets inanimés et sur la peau normale, et eurent montré qu’il s’agit d’un parasite banal. Von Sehlen a décrit en 1883, dans la portion intra-épidermique du poil, un microcoque qu’il considère comme pathogène et caractéristique, et dont les cultures inoculées aux animaux ont produit des plaques alopéciques comparables à la pelade ; mais, pour Thin, Bizzozzero, Michelson, Bordoni- Ufifreduzzi, Bender, l’organisme de von Sehlen n’a rien de spécifique et se retrouve sur les cheveux normaux. Vaillard et Vincent ont trouvé dans la pelade pseudo-tondante un microcoque occupant les follicules pileux et lui attribuent le développement de la maladie. Il reste à déterminer si ce microorganisme est constant dans la pelade et si ce n’est pas quelque parasite banal comme ceux de Malassez et de von Sehlen et comme un organisme décrit par Bobinson.

Nature. — La contagiosité de la pelade, sa fréquence variable suivant les milieux et les pays, la forme arrondie de ses plaques, leur multiplicité ordinaire et leur développement irrégulier et successif comme par auto-inoculation, sont autant d’arguments en faveur de la nature parasitaire de cette maladie. L’impossibilité de reconnaître jusqu’ici d’une façon définitive quel est son parasite ne peut faire méconnaître la valeur de ces arguments.

La symétrie des plaques dans certains cas, symétrie qu’on a singulièrement exagérée, leur développement sur un seul côté du crâne dans d’autres cas, l’absence fréquente de toute contagion apparente ont fait penser que la pelade pouvait reconnaître un autre mécanisme, et survenir comme conséquence d’une altération du système nerveux : l’apparition, après des émotions (Ollivier), des douleurs céphaliques plus ou moins violentes, ou des traumatismes crâniens (Pontoppidan), de plaques alopéciques présentant les mêmes caractères objectifs que celles de la pelade, le développement de lésions semblables chez des sujets nerveux ou atteints de névroses classées telles que la maladie de Basedow, ou de trophonévroses telles que le vitiligo (Senator), l’hémi-atrophie faciale (Bosenthal), enfin les expériences de Max Joseph et de Mibelli qui, par l’excision du deuxième ganglion cervical chez le chat, ont reproduit une alopécie partielle, viennent à l’appui de la théorie nerveuse ou trophoneurotique de la pelade, déjà soutenue par Bærensprung et Hebra. Les faits cliniques qui servent de base à cette théorie sont indéniables, mais doivent recevoir une autre interprétation : les plaques alopéciques survenues dans les conditions précédentes, et évidemment sous une influence névropathique, ne doivent pas être rangées dans la pelade, mais dans un groupe spécial d’affections simulant la pelade, ce sont des peladoïdes (Leloir), ou mieux des pseudo-pelades trophoneurotiques. Il est, en effet, impossible d’admettre qu’une même maladie reconnaisse tantôt

MALADIES CUTANÉES

pour cause la présence d’un parasite, tantôt le développement d’un trouble ou d’une lésion nerveuse, à moins que la névropathie ne soit intervenue seulement pour, favoriser ou permettre l’action du parasite, auquel cas celui-ci devrait encore être placé au premier rang dans l’étiologie de la maladie.

Les lésions des poils peladiques qui sont cadavérisés, athrepsiques (E. Besnier), semblent indiquer que le parasite agit sur la papille pileuse elle-même (E. Besnier) : on comprendrait ainsi comment ces lésions peuvent être identiques à celles déterminées par une altération nerveuse.

Quelques auteurs ont soutenu que la pelade n’est qu’une sorte de transformation de la trichophytie : cette opinion s’appuie sur ce fait que la trichophytie du cuir chevelu laisse parfois à sa place des alopécies ressemblant à celles de la pelade, et sur la constatation du trichophyton dans quelques cas réputés, avec plus ou moins de raison, appartenir à la pelade. B. Crocker fait, en outre, valoir cet argument fort contestable que la fréquence de la pelade dans les divers pays serait en rapport avec celle de la trichophytie, et pense que le trichophyton se développe sous sa forme classique chez certains enfants, tandis qu’il donne lieu à la pelade chez d’autres enfants et chez tous les adultes, lesquels sont à l’abri de la teigne tondante. A l’encontre de cette théorie qui n’a pas eu grand crédit en France, viennent se placer des faits indubitables de pelade examinés dès le début des lésions, dans lesquels on n’a jamais constaté la présence du trichophyton.

Pronostic. — La longue durée des plaques alopéciques, leur présence en des régions où elles ne peuvent pas toujours être dissimulées par des artifices, font de la pelade une maladie gênante pour les sujets qui en sont atteints. Mais, sauf le retentissement que ces inconvénients peuvent avoir sur le moral des malades, elle n’entraîne à sa suite aucun trouble général.

Diagnostic. — La forme arrondie des taches alopéciques, leur aspect éburné et lisse, la présence à leur périphérie de poils peu adhérents, sont autant de caractères qui permettent presque toujours de reconnaître facilement la pelade.

La difficulté n’existe guère que dans les cas où la séborrhée coïncide avec la pelade, dont les plaques cessent alors d’être lisses pour se recouvrir desquames plus ou moins abondantes, mais même alors les plaques de pelade diffèrent par leur forme régulière des plaques informes de la séborrhée décalvante.

La pelade pseudo-tondante ou à cheveux fragiles peut être confondue avec la trichophytie , dont les plaques rondes recouvertes de cheveux brisés rappellent son aspect; elle en diffère par les caractères des cheveux qui, dans la trichophytie, sont volumineux, plus fragiles encore, s’écrasent sous la pince à épiler et sont bourrés de spores, tandis que le cheveu peladique s’arrache assez facilement avec un peu d’attention, est atrophié, mince, dépourvu de spores.

Le lupus érythémateux du cuir chevelu produit des plaques alopéciques souvent arrondies, mais au niveau desquelles la peau présente des lésions très apparentes : bordure rouge, cicatrices à la partie centrale.

La sclérodermie en plaques du cuir chevelu forme rarement des surfaces arrondies, la peau à son niveau est nettement indurée, il y a souvent des plaques de sclérodermie sur d’autres parties du corps.

PELADE

V alopécie de la syphilis secondaire, ordinairement disséminée sur une grande étendue du cuir chevelu, où elle forme des clairières, suivant l’expression du professeur Fournier, a d’autres fois une grande ressemblance avec la pelade; cependant la chute concomitante des sourcils, l’aspect des poils qui sont atrophiés, mais ne sont ni moniliformes, ni infiltrés de bulles d’air, ni cassés en balai (Darier), suffisent à établir la distinction.

Les cicatrices anciennes de traumatisme, d’impétigo, etc., sont rarement assez étendues pour simuler la pelade : l’aspect de la peau à leur niveau, la persistance indéfinie de la lésion sans modifications, l’adhérence des poils du voisinage permettent presque toujours de les distinguer facilement de la pelade.

Certaines affections encore mal déterminées du cuir chevelu auxquelles Quinquaud donne le nom de folliculites décalvantes peuvent simuler la pelade, dont elles diffèrent par la présence, à la périphérie des plaques alopéciques ou dans leur voisinage, de petits abcès punctiformes centrés par un poil et laissant à leur place des surfaces blanches, décolorées, d’apparence cicatricielle.

La pseudo-pelade trophoneuvotique (peladoïde d’origine nerveuse, pelade nerveuse des auteurs), sauf lorsqu’elle présente la forme généralisée, ne présente souvent, ni dans son apparence objective, ni dans sa distribution, sa marche et son évolution, aucun caractère qui permette de la distinguer de la pelade véritable : les circonstances étiologiques, les troubles nerveux concomitants, quelquefois l’unilatéralité ou la symétrie parfaite des plaques alopéciques, permettent seules, jusqu’à présent, de distinguer ces deux états pathologiques que leurs conditions pathogéniques si différentes obligent cependant à séparer complètement l’un de l’autre.

Traitement — Les agents antiparasitaires vantés dans le traitement de la pelade ne semblent agir que par leurs propriétés irritantes qui activent la repousse des cheveux. De nombreuses préparations peuvent être prescrites dans ce but : l’ammoniaque, la teinture de cantharides, l’acide acétique, la teinture d’iode, le soufre sont à l’heure actuelle les agents qui jouissent de la plus grande faveur. E. Besnier fait précéder le traitement irritant par l’épilation de la bordure des plaques de pelade, épilation qui est renouvelée à plusieurs reprises à mesure que les poils repoussent sur cette bordure.

Des lotions savonneuses répétées sur tout le cuir chevelu, la coupe des cheveux aussi ras que possible, qui permet en même temps de surveiller la tête et de traiter les plaques nouvelles dès leur apparition, et l’antisepsie des objets de toilette et de coiffure, constituent les meilleurs moyens de prophylaxie personnelle, et suffisent souvent à empêcher la maladie d'envahir de nouvellessurfaces.

La propagation de la maladie aux sujets sains dans les agglomérations ou dans les familles peut être arrêtée sans arriver à l’isolement des sujets, par l’interdiction absolue de l’usage des objets de toilette et de coiffure ayant servi aux peladiques, par le port permanent d’une coiffure (bonnet) qui empêche tout contact avec les parties malades, et par la régularité des soins des sujets, atteints, en particulier par les lavages réguliers de leur cuir chevelu.

MALADIES CUTANÉES

Bibliographie :

E. Besnier, Sur les mesures à prendre à l’égard des sujets atteints de pelade; Bull. Acad, de méd., 1888, t. II, p. 182. — Leloir, De la pelade et des peladoïdes; Bull. Acad, de méd., 1888, t. I, p. 936. — Merklen, Étiologie et prophylaxie de la pelade; Annal, de Dermat. 1888, p. 813. — Arnozan, Chute spontanée des ongles aux mains et aux pieds, pelade de la barbe et des secondes phalanges; Joum. de méd. de Bordeaux, 22 juillet 1888, p. 608. — Eichhoff, Zur Frage der Contagiositât der Alopecia areata; Monalsh. f. prakt. Dermat., 1888, n" 20, p. 1025. — Dubreuilh, De la pelade; Journ. de méd. de Bordeaux, 1888-1889, nos 51 et 52, p. 587 et 599; 1889-1890, n0’ 1 et 2, p. 1 et 9. — Behrend, Areahaaren; Berlin, klin. Woch., 1889, n° 1. — V. Mibelli, Sulla patogenesi délia alopecia areata; Giorn. Ital. d. mal. ven. e d. pelle, 1888, p. 416. — Bourguedieu, Histoire d’une épidémie de pelade survenue au 15e dragons; Th. de Bordeaux, 1889. — Vaillard et Vincent, Sur une pseudo-pelade de nature microbienne; Annales de V Institut Pasteur, 1890, p. 446. — Frôlich, Pelade et lésions oculaires ; Rev. médic. Suisse romande , 1890, p. 745. — Mibelli, Di alcuni peli deformi osservati in un caso di alopecia areata délia barba; Giorn. Ital. d. malat. vener., 1890, p. 231. — R. Crocker, Alopecia areata, its pathology and treatment; Lancet, 1891, I, p. 478 et 533.

PITYRIASIS VERSIC0L0RE

Définition. — On donne le nom de pityriasis versicolore à une affection caractérisée par le développement de taches jaunes ou fauves, occupant de préférence le tronc et dues à la germination dans l’épiderme d’un champignon parasite, le microsporon fur fur, découvert par Eichstedt en 1846.

Description clinique. — Les taches de pityriasis peuvent être de dimensions variées : tantôt très petites, punctiformes, tantôt plus larges et arrondies, ou plus rarement sous forme d’anneaux, elles se réunissent le plus souvent en lacs irréguliers plus ou moins étendus. Leur coloration varie du jaune paille au brun café au lait et offre de grandes diversités suivant les sujets, suivant les points considérés, suivant que la peau sous-jacente est ou non congestionnée.

Souvent un peu saillantes au-dessus des parties voisines, les taches sont le plus souvent lisses, rarement squameuses, et plutôt farineuses ; mais, lorsqu’on cherche à les écailler avec l’ongle déplacé un peu brusquement, on en détache facilement, et sans les faire saigner, un lambeau mince et mollasse : le signe du coup d'ongle a une valeur presque pathognomonique.

Les taches peuvent siéger sur toute la surface de la peau, sauf la main et le pied; mais elles occupent presque exclusivement les régions couvertes, en particulier le tronc, sur ses faces antérieure et postérieure, où elles sont disposées avec une certaine régularité et une certaine symétrie.

S’accompagnant d’un prurit léger ou nul, ne déterminant aucune lésion profonde de la peau, le pityriasis versicolore est une affection essentiellement persistante; une fois développée, elle se reproduit pendant des années : une guérison apparente, sous l’influence de divers agents externes, est suivie tôt ou tard de la réapparition de lésions semblables, sans doute par suite de la persistance de spores parasitaires au niveau des orifices folliculaires où les agents thérapeutiques ne les atteignent pas. Abandonnée à elle-même, l’affection per-

PITYRIASIS VERSICOLORE.

siste indéfiniment dans les mêmes régions et tend, en outre, à envahir des régions de plus en plus étendues; plus rarement, elle disparaît spontanément.

Description du parasite. — Le microsporon furfur est facile à déceler : il occupe les couches cornées de l’épiderme, et pénètre peu dans le corps muqueux, de sorte qu’il suffit, pour constater sa présence, d’enlever, soit avec l’ongle, soit au moyen d’un canif, une squame au niveau des taches pityriasiques et de la porter sous le microscope après l’avoir simplement traitée par une solution concentrée de potasse ou de soude, ou mieux l’avoir colorée à l’éosine ou au violet de Paris ou au bleu de quinoléine, puis traitée par la potasse. Sur la préparation écrasée avec une lamelle couvre-objet, on voit très facilement des grappes ou des amas de spores reliés entre eux par des tubes. Les amas sont situés dans des fentes ou des loges résultant de la dissociation des cellules épidermiques. Les spores, de volume variable, sont arrondies ou aplaties, et rappellent un peu l’aspect des globules sanguins ; leur centre est occupé par un noyau volumineux et arrondi, enveloppé d’une très mince couche de protoplasma granuleux contenue dans une enveloppe cellulosique. Les tubes sont courts, peu flexueux, ou contournés en V, peu ramifiés, le plus souvent libres, isolés ou placés bout à bout; on y trouve des noyaux correspondant à chaque cellule, semblables à ceux des spores et entourés d’une quantité de protoplasma ordinairement plus considérable que dans les spores (F. Balzer).

Le mode de végétation du microsporon est encore indéterminé ; mais il est probable que les tubes sont produits par le développement et l’allongement des spores, et les spores par le bourgeonnement et la segmentation des tubes.

Les poils ne sont jamais envahis par le parasite.

Le microsporon furfur est individualisé par les caractères morphologiques de ses spores et de ses tubes et leur disposition en grappes ou en amas. Grawitz a soutenu que ce parasite était identique au trichophyton, à l’achorion, au parasite du muguet, à l’ oïdium lactis, au mycoderma vini ; mais cette opinion n’a pas eu d’autres défenseurs.

Étiologie. — H. Kôbner a montré que le parasite du pityriasis versicolore peut être transmis aux animaux par inoculation et que l’incubation est toujours prolongée (environ quatre semaines). La clinique démontre que la contagion existe, mais n’est pas fatale, même après un contact prolongé.

Il y a, en effet, comme pour tous les parasites, des conditions individuelles propres à certains sujets, qui en facilitent la germination. Le pityriasis versicolore s’observe surtout, d’une part, chez les tuberculeux, et, d’autre part, chez les sujets rentrant dans la classe des arthritiques nerveux et gras.

L’âge joue également un rôle, car le pityriasis ne s’observe qu’exceptionnellement avant ou après l’âge adulte.

Diagnostic. — L’aspect et la coloration des taches, le signe du coup d’ongle et, en cas de doute, les résultats de l’examen histologique des squames permettent toujours de faire facilement le diagnostic du pityriasis versicolore. L’affection risque cependant d’être méconnue, soit parce que le malade est examiné dans des conditions défectueuses d’éclairage, soit parce qu’on ne pense pas à elle et qu’on néglige d’en rechercher les signes caractéristiques.

MALADIES CUTANÉES

Les hyperchromies consécutives à l’application de vésicatoires, celles de la grossesse et de la syphilis, etc., en diffèrent par leur coloration d’un brun plus foncé et plus uniforme et par leur disposition ou leur siège (la face dans le masque de la grossesse, le cou pour la syphilide pigmentaire), autres que ceux du pityriasis.

Les roséoles , et en particulier la roséole syphilitique, peuvent être simulées par le pityriasis versicolore ; mais celui-ci a toujours, au moins par places, une teinte jaune ou brunâtre, ses éléments sont moins réguliers et ordinairement plus cohérents que ceux de la roséole.

Le pityriasis rosé a une marche cyclique, une disposition régulière sur le thorax; ses éléments sont de dimensions variées, un grand nombre affectent une forme circulaire ou en médaillon qui est rare dans le pityriasis versicolore ; au centre de ces médaillons, l’épiderme a un aspect plissé caractéristique.

Traitement. — Le siège du parasite dans les couches les plus superficielles de l’épiderme permet de déterminer sa chute par l’emploi des substances qui amènent une exfoliation épidermique rapide : telles sont en première ligne la teinture d’iode, le savon mou de potasse (savon noir) en frictions, ou encore les pommades au turbith, au calomel, au soufre, dont on fait suivre les applications de savonnages à l’eau chaude avec un savon ponce.

L’efficacité de ces moyens de traitement du pityriasis versicolore vient à l’appui de ce principe émis par E. Besnier que, en matière de dermatomycoses, le meilleur mode de traitement consiste dans l’avulsion des parasites plutôt que dans leur destruction, celle-ci ne s’obtenant souvent que par des agents qui compromettent la vitalité des tissus qui les supportent.

Bibliographie :

E. BESNiERetF. Balzer, Le Pityriasis versicolore ; Gazette hebd.de mét.., 1882, p. 326 et 341. —

F. Balzer, Notes sur l’histologie des dermatophytes ; Arch. de Physiol., 1883, t. II, p. 466.

ÉRYTHRASMA

Définition. — On donne le nom d ' érythrasma à une affection occupant le plus ordinairement les régions inguinales, constituée par des placards rouges ou bruns et due à la présence d’un parasite spécial, le microsporon minutissimum.

Description clinique. — Ne donnant lieu à aucun prurit ou seulement à une démangeaison insignifiante, l’érythrasma est découvert le plus souvent par hasard à l’occasion d’une affection différente. Il se présente sous la forme de placards variant de l’étendue d’une pièce de 5 francs à celle de la paume de la main, à contours nets, mais déchiquetés et incisés irrégulièrement, environnés de petits îlots disséminés, arrondis, qui se réunissent aux placards principaux pour accroître leurs dimensions ; la coloration des placards et des îlots est rou-

ÉRYTHRASMA. 331

geâtre ou brun terne ou café au lait, comme saupoudrée de farine ; l’épiderme est souvent finement plissé, et donne au toucher une sensation onctueuse.

Les placards d’érythrasma siègent le plus souvent dans les régions inguinocrurales, où ils occupent sur une égale étendue les deux surfaces cutanées adossées; on les voit encore aux creux poplités, aux creux axillaires, aux plis des coudes, en un mot dans tous les plis de flexion, plus rarement sur les segments intermédiaires des membres, jamais sur les régions découvertes.

Persistant pendant des années, ils semblent ne jamais disparaître spontanément ; parfois ils présentent pendant un certain temps une marche aiguë et des caractères inflammatoires plus prononcés.

Description du parasite. — Sur des squames détachées par le grattage et colorées soit au violet d’aniline ou de gentiane, soit à l’éosine à l’alcool, le microsporon minutissimum. est constitué par des tubes longs et flexueux, rarement ramifiés, mais contournés et enchevêtrés de façon à former un véritable feutrage ;les tubes ne sont pas continus, mais divisés en segments placés bouta bout et séparés par un espace clair; ils sont quelquefois moniliformes ; de nombreux amas de spores très fines et un peu inégales sont mêlés au mycélium.

Le microsporon siège uniquement dans la couche cornée de l’épiderme.

Ce parasite, décrit par Burchardt, v. Bærensprung, Kôbner, Balzer, comme propre à l’érythrasma, a été rencontré sur la peau saine et considéré par Bizzozzero comme un parasite normal. Balzer et Dubreuilh, qui ont constaté, en l’absence de lésions de l’érythasma, la présence d’un parasite semblable au microsporon minutissimum, font remarquer que jamais ce parasite n’est aussi abondant qu’au niveau des placards d’érythrasma : aussi est-il difficile de contester son rôle dans la production de cette affection.

Étiologie. — L’érythrasma est beaucoup plus fréquent chez la femme que chez l’homme ; il s’observe surtout chez les sujets gras et presque exclusivement chez ceux qui ont dépassé 50 à 35 ans.

Diagnostic. — L 'érythème intertrigo diffère de l’érythrasma par sa rougeur plus vive, son humidité, le prurit souvent très vif qui l’accompagne.

L’eczéma s’accompagne également d’une exsudation liquide, ses placards ne sont pas plissés; ses éléments sont vésiculeux ; sa ténacité est moindre que celle de l’érythrasma, il y a presque toujours du prurit à un degré quelconque.

La trichophytie, avec laquelle quelques auteurs, entre autres Kaposi, confondent encore aujourd’hui l’érythrasma, a une évolution plus rapide, ses cercles sont plus larges, légèrement vésiculeux à leur périphérie, leur centre n’a pas la coloration brune et l’apparence plissée de l’érythrasma.

Traitement. — Les applications de teinture d’iode, de pommades soufrées et salicylées, les lavages avec du savon noir, sont les moyens les plus efficaces contre l’érythrasma ; leur usage doit être longtemps prolongé.

Bibliographie :

Balzer et Dubreuilh, Observations et recherches sur l'érythrasma et les parasites de la

peau à l’état normal ; Annales de Dermat., 1884, p. 597 et 661. — P. de Michèle. L’ery-

thrasma e il suo parassita ; ricerche sperimentali ; Giorn. Intern. d. Scienze mediche, 1890.

MALADIES CUTANÉES

Page 1