‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 64 sur 109 · PRÉSENCE DANS LE SANG D ÉLÉMENTS PARASITAIRES · texte numérisé non relu

PRÉSENCE DANS LE SANG D ÉLÉMENTS PARASITAIRES

Les parasites du sang se distinguent en animaux et végétaux.

Parasites animaux. — ■ Les seuls parasites animaux qui aient été rencontrés dans la circulation périphérique sont la fîlaire de Wucherer et l’hématozoaire de Laver an.

Le distoma hæmatobium de Bilharz, dont la présence est si commune en certains pays dans le système de la veine porte et le réseau veineux de la vessie, n’a pas encore été observé dans le sang du doigt.

Fîlaire de Wucherer. — La découverte de la filaria sanguinis hominis appartient à Wucherer; mais c’est Lewis (*) qui le premier a signalé son existence dans le sang d’un individu vivant.

(*) Lewis, The Hcmatozoon. The Lanccll; 1875, t. I, p. 56.

PATHOLOGIE DU SANG

Ce parasite est un ver qui appartient à la classe des annélides, ordre des nématodes, famille des fîlariadées. Il présente trois variétés dites diurna, nucturna ou perstans selon qu’il se rencontre dans le sang seulement pendant le jour, seulement pendant la nuit ou à la fois le jour et la nuit (Patrik Manson).

Pour le mettre en évidence, il faut s’adresser à la préparation du sang frais.

La fllaire du sang a la forme d’un serpent (fîg. 5). Sa longueur est de 340 y., sa largeur de 7 y.. Elle est formée d’une substance homogène et entourée par un tube transparent dans lequel elle peut s’allonger et se raccourcir. Ainsi qu’on l’a dit, ce tube est au parasite ce que le sarcolemme est aux fibres musculaires striées. La perstans seule en est dépourvue. A l’extrémité céphalique de l’animal on distingue un point que l’on considère comme l’orifice buccal et un rudiment d’œsophage. Tout d’abord très mobile, après son extraction des vaisseaux, s’agitant entre les globules sanguins sans toutefois progresser, la filaire devient peu à peu paresseuse puis inerte. En même temps, le corps de l’animal perd son homogénéité pour devenir granuleux et finement strié.

La filaire, telle que nous venons de la décrire, ne représente point le parasite adulte, mais embryonnaire. Son évolution s’achèverait dans le corps de certains moustiques qui pendant la nuit aspirent le sang des individus infectés. Transmise de l’homme au moustique, la filaire atteindrait au bout de quelques jours I millimètre de longueur sur 50 y. de large. Le moustique qui la porte venant mourir dans les mares où il dépose ses œufs, elle abandonnerait son cadavre pour nager librement dans l’eau, d’où elle pénétrerait de nouveau dans le corps de l’homme soit par ingestion, soit à la faveur d’une excoriation cutanée. Traversant les tissus, elle irait se fixer dans les organes lymphatiques, où elle ne cesse de produire des embryons. Ceux-ci se répandent dans la lymphe et, selon les circonstances, sont éliminés dans l’ uriné ou pénètrent dans le sang, circulant pendant la nuit, se fixant dans quelque organe pendant le jour.

La filaire est l’agent d’une grande maladie des tropiques (*) à laquelle les Anglais ont appliqué l’heureuse désignation de filariose ( filarious diseases), maladie à expressions multiples et diverses dont la synthèse est due à la découverte du parasite. L’hématurie, la chylurie, la diarrhée chyleuse, les épanchements chyliformes, les tuméfactions ganglionnaires, les lymphorrhagies, l’éléphantiasis en sont les manifestations symptomatiques principales (2). Le critérium en réside dans la mise en évidence par l’examen du sang ou de l’urine de la filaire de Wucherer.

(*) Selon Guitéras, la filaire pourrait être constatée non seulement chez les individus vivant ou ayant vécu sous les tropiques, mais encore chez des individus n’ayant pas quitté certaines contrées du Nord.

(2) D’après P. Manson la maladie désignée sous le nom de Sommeil des nègres serait également engendrée par la filaire.

Filaria sanguinis hominis.

(D’après Lewis.)

SÉMÉIOLOGIE 1)11 SANG.

Hématozoaire de Laver an. — Jusqu’aux travaux de M. Laveran (') on inclinait à penser que l’impaludisme était lié à l’infection de l’organisme par un parasite végétal. Cet observateur a renversé cette hypothèse et établi le rôle d’un parasite animal, qui est analogue à certains parasites de la grenouille, du lézard, de la tortue, du geai, de la chouette, etc., et qui, comme ces êtres, doit être rangé en histoire naturelle dans la classe des sporozoaires à côté des coccidies.

L’hématozoaire de Laveran se montre dans le sang des paludéens sous 4 formes principales qui prennent les désignations de corps sphériques, de flagella, de corps en croissant , de corps segmentés ou en rosace.

Les corps sphériques ont de I à 8 j j. de diamètre ; ils sont formés d’une substance transparente contenant le plus souvent des grains pigmentaires noirs régulièrement ou irrégulièrement, disposés. La substance hyaline des corps sphériques est douée de mouvements amiboïdes et les grains pigmentaires sont souvent animés d’un mouvement très vif. Tantôt ces corps sont libres dans le plasma sanguin et tantôt accolés aux hématies (fig. 6).

Les flagella sont fins, transparents, d’une longueur de 21 à 28 y.. Quelques-uns sont libres ; la plupart sont insérés par une de leurs extrémités sur un corps sphérique. Certains corps sphériques possèdent un seul flagellum, d’autres en possèdent deux, trois ou quatre. Lorsqu’un corps sphérique présente plusieurs flagella, ceux-ci s’attachent sur le même point ou se disposent d’une façon symétrique. L’extrémité libre des flagella offre habituellement un petit renflement pyriforme; quelquefois aussi d’autres renflements existent dans la continuité des flagella. Libres, les flagella se déplacent avec rapidité ; attachés, ils impriment au corps sphérique duquel ils émanent des mouvements plus ou moins étendus, cinglant et chassant les hématies qui viennent à leur contact (fig. 6).

Les corps en croissant sont des éléments cylindriques incurvés et effilés à leurs extrémités, souvent réunies par une ligne très fine. Ils sont composés par une substance translucide, renfermant vers la partie moyenne des grains de pigment noir. Leur longueur est de 8 à 9 u. et leur largeur de 2 u. environ. Ces

Fig. fi. — I-Iémalozoairc du paludisme.

(D'après M. Laveran.)

Dans cetlc figure, on voit successivement une hématie à laquelle sont accolés deux corps sphériques, une hématie à laquelle est accolé un corps sphérique plus volumineux , deux corps sphériques libres plus volumineux encore, un corps sphérique pourvu de trois flagella, un flagellum libre, deux corps en croissant, et enfin trois corps en rosace, dont l’un est segmenté et, désagrégé.

(') Laveran, Du paludisme et de son hématozoaire, Paris, 1891.

PATHOLOGIE DU SANG

corps sont toujours libres, dépourvus de flagella, inertes et chargés de pigment immobile (fig. G).

Les corps segmentés ou en rosace sont sphériques, pigmentés au centre et régulièrement segmentés. D’après Golgi, cette forme aurait une grande importance, car elle représenterait le principal mode de multiplication du parasite.

Si l’étude histologique permet de fixer minutieusement les aspects divers de l’hématozoaire du paludisme, on ignore à peu près complètement le mécanisme de ses modifications successives, et l’on ne sait rien de l’état où il se trouve dans la nature, en dehors de l’organisme humain.

Les formes jeunes semblent représentées par les corps sphériques de petite taille que l’on rencontre surtout dans les fièvres récentes; les corps en croissant appartiennent principalement à la cachexie paludéenne.

L’image microscopique la plus frappante est fournie par les flagella ; mais ceux-ci manquent, ou du moins échappent à l’observation, dans le plus grand nombre des cas. D’ailleurs, les divers aspects du parasite sont également pathognomoniques .

Lorsque le paludisme se manifeste par des accès fébriles intermittents, si l’on veut rechercher l’hématozoaire de Laveran , il faut choisir, pour l’examen du sang, les instants qui précèdent l’accès, ou le début de l’accès lui-même. Les cas dans lesquels les malades n’ont pas encore pris de quinine sont les plus favorables.

On aura recours à la simple préparation de sang frais qui a, sur les préparations sèches colorées, l’avantage de laisser aux flagella leur mobilité.

Grâce aux mouvements que ces éléments impriment aux hématies, on pourra dans certains cas, malgré leur extrême transparence, reconnaître leur présenee ; mais le plus souvent, les corps sphériques seuls, que la privation de noyaux distingue radicalement des leucocytes mélanifères, seront aisément décelés par l’observateur.

Parasites végétaux. - L’examen microscopique, la culture et l’inoculation aux animaux du sang périphérique ont permis d’y déceler des microbes dans un assez grand nombre d’états morbides : il faut citer la fièvre récurrente, le charbon, la tuberculose granulique aiguë, la morve. Le pneumocoque, le streptocoque, les staphylocoques, le vibrion septique y ont également été rencontrés. M. Girode y a recueilli, dans un cas d’endocardite maligne, la bactérie que M. Lion et moi avons étudiée. Neuhauss y a trouvé le bacille d’Eberth au niveau des taches rosées.

L’examen du sang obtenu par la ponction des viscères a également conduit à des résultats intéressants et utiles : le bacille d’Eberth et le bacille de la tuberculose ont été retirés de la rate ; le pneumocoque a été retiré des poumons et nous en avons, M. Girode et moi, extrait le bacille d’Escherich. Mais, en réalité, c’est dans une limite fort restreinte encore que la recherche des bactéries dans le sang peut être utilisée pour le diagnostic et le pronostic des maladies. Nous n’insisterons ici que sur les faits de cet ordre.

Spirilles d’Obermeier. — On sait depuis les recherches d’Obermeier (*) que

p) Obermeier, Vorkommen feinster, eine Eigenbewegung zeigender Fâden ins Blute on Recurrens-Kranken. Centralbl. f. mecl. Wissenschaft ; 1873, Bd. II, S. 145.

SÉMÉIOLOGIE DU SANG.

la fièvre récurrente est engendrée par un spirille, présentant de 10 à 20 spires d’égal rayon (fig. 7). Sa longueur est de 16 à 40 (j sa minceur est remarquable, particulièrement aux extrémités qui se terminent en s’effilant ; son diamètre ne dépasse pas le quart ou le tiers de celui du bacille-virgule. Cet organisme est doué de mouvements rapides autour de son axe longitudinal et possède parfois aussi des mouvements de latéralité. Il conserve sa mobilité pendant plusieurs jours dans le sérum sanguin ou dans une solution saline, mais la perd dans la glycérine.

Sacharoff avait exprimé l’idée que les spirilles d’Obermeier étaient une émanation de corps protoplasmiques amiboïdes, à la façon des flagella du paludisme devenus libres; d’où la désignation d ’Mmatozoon de la fièvre récurrente par lui proposée ; mais il a récemment reconnu l’inexactitude de ses observations.

Les spirilles apparaissent immédiatement avant les accès et disparaissent peu de temps avant la crise ou défervescence. Dans les intervalles apyrétiques qui séparent les accès ou rechutes ils font défaut dans le sang; on y trouve de petits corps réfringents remarqués par Sarnow et considérés par von Jaksch comme les spores des spirilles.

Deux opinions ont été émises sur le mode de disparition des spirilles du sang.

D’après l’une, ils seraient tués dans le sang par la température élevée qu’ils ont provoquée, laissant des spores qui mettraient huit jours à se transformer en spirilles. Alors se produirait un nouvel accès fébrile amenant la mort des micro- organismes adultes, mais pouvant encore permettre la survie des spores.

D’après une seconde opinion émise par Ponfick, pendant l’apyrexie les spirilles se trouveraient dans la rate. Cette supposition a été vérifiée par M. Metchnikoff en 1887 et de nouveau récemment par Soudakewitch (*). Profitant de la découverte de Carter et de Koch sur la réceptivité des singes visà-vis de la fièvre récurrente, ces bactériologues ont pu, en innoculant un certain nombre d’animaux et en les sacrifiant à diverses phases de la maladie, constater que l’on n’observe pas de phagocytose ni de destruction des spirilles dans le sang; qu’avant la crise, les spirilles qui sont parfaitement vivants se rassemblent tous dans la rate et y sont englobés par les microphages ou leucocytes à noyaux lobés, alors que ni le foie, ni les reins, ni les ganglions lymphatiques, ni la moelle des os ne contiennent de spirilles. Si dans diverses maladies infectieuses les éléments de la rate prennent une part importante dans la lutte que l’organisme soutient contre les microbes, si même dans certaines, comme la fièvre typhoïde, le rôle principal appartient à la rate, dans la fièvre récurrente, la rate serait le terrain exclusif de la lutte.

Pour rechercher les spirilles, l’on peut s’adresser à la préparation du sangfrais qui permet de reconnaître la mobilité de ces organismes ou à la préparation de sang sec coloré avec une solution alcaline de fuchsine. D’ordinaire une simple gouttelette de sang contient un nombre considérable de spirilles. Lorsqu’ils sont rares, il convient de recourir à la méthode indiquée par Gunther (2) : faire agir pendant 10 secondes une solution d’acide acétique à 5 pour

(*) Soudakewitch, Recherches sur la fièvre récurrente. Annales de l’Institut Pasteur. 1891, p. 545.

(2) Gunther, Fortschritte d. Med., 1885, Bd III, S. 755.

PATHOLOGIE DU SANG

100 sur une préparation de sang sec fixé par la chaleur, dessécher, neutraliser en exposant la lamelle aux vapeurs de l’ammoniaque, colorer au moyen de la solution de violet de gentiane et d’aniline d'Ehrlich, laver à l’eau, sécher, éclaircir, monter dans le baume au xylol. Les hématies dont l’hémoglobine a été dissoute ne se colorent pas et les spirilles se distinguent plus aisément. Leur mise en évidence est caractéristique de la fièvre récurrente.

(D’après une préparation due à l’obligeance de M. Metchnikoff.)

Bactéridie charbonneuse. — L’évolution du charbon comprend deux phases distinctes : la première est marquée par l’apparition d'un accident local, la pustule maligne ; la seconde par l’addition à cet accident de phénomènes généraux. A la première phase le charbon est curable, à la seconde il est inévitablement mortel.

Le diagnostic du charbon peut être établi d’une façon certaine à la première période, par l’examen bactériologique du liquide pustuleux. L’étude du sang permet de reconnaître, si à l’infection locale s’est ajoutée l’infection générale, et si par conséquent la maladie est entrée dans la phase inéluctablement fatale.

La culture du sang et son inoculation sont à cet égard très précieuses, car elles fournissent des résultats positifs , même alors que l’infection sanguine est à son minimum. Mais malgré que certains animaux, tels que la souris, ^soient 'sensibles à l’inoculation bactéridienne au ; point qu’elles succombent en moins de 24 heures, le sangjrempli de germes, l'inoculation comme la culture a le désavantage de ne pas pouvoir donner à une question, qui se pose d’une façon pressante, une solution immédiate.

Depuis Pollender (*), Brauell, Davaine (2), on sait que le simple examen microscopique du sang est capable de remplir ce desideratum dans la majorité des cas. Il sera bon de recourir successivement à la préparation de sang frais, qui montre la bactéridie dans son immobilité, et à la préparation sèche simplement colorée avec une solution aqueuse de fuchsine, lavée dans l’eau et montée dans la glycérine, qui laisse apercevoir les parasites plus aisément.

Fig. 8. — Bactéridie charbonneuse (Préparation faite non avec du sanj

mais avec du sang de cobaye après l'inoculation.,)

humain t 56 heures

(*) Pollender, Casper's Vierteljahresschr . f. girichtliche u. dffentliche Medicin. 8, 103, 1855. (â) Davaine, Compt. Rend, de l’Acad. des Sc., 57, 220, 1865.

SÉMÉIOLOGIE DU SANG.

Ceux-ci ont la forme de bâtonnets rectilignes dont les extrémités sont carrément arrêtées; leur longueur atteint de 5 à 10 y. et leur largeur de 1 y. à 1>*,25 ; jamais, dans le sang les bactéridies ne prennent les formes filamenteuses qu’elles revêtent dans les milieux de cultures; elles n’y produisent jamais de spores, et s’y multiplient uniquement par scissiparité (fig. 8).

Bacilles de la tuberculose et de la morve. — Pour la recherche des bacilles de la tuberculose dans le sang, on s’adressera de préférence au procédé classique d’Ehrlich. Si l’on voulait obtenir un résultat immédiat, on pourrait recourir au procédé d’Herman : mélanger par parties égales une solution de violet de méthyl 6B dans l’alcool à 95° (1 gramme de violet pour 50 grammes d’alcool) et une solution aqueuse de carbonate d’ammoniaque à 1 pour 100 ; élever lentement ce mélange à une température telle, que de fines bulles gazeuses s’en dégagent; placer dans ce bain, pendant 50 ou 60 secondes, la préparation de sang sec, fixée par la chaleur; la laver à l’eau, puis la traiter comme dans la méthode d’Ehrlich par l’acide nitrique à 1/3 et l’alcool absolu; la laver de nouveau à l’eau, l’éclaircir et la monter dans le baume.

C’est seulement, on le conçoit, au cours de la tuberculose granulique aiguë, pour laquelle on a d’ailleurs proposé la désignation de bacillémie, que Meisels (1), Rütimayer et d’autres observateurs ont relevé dans des préparations de sang la présence des bacilles de Koch. Ils sont peu nombreux, et leur découverte nécessite une grande patience; mais elle est pathognomonique.

Récemment Liebmann a insisté sur l’apparition commune des bacilles de Koch dans le sang des phthisiques soumis à l’action de la tuberculine, et de cette constatation l’on a fait une arme nouvelle contre l’usage de ce remède; mais les affirmations de cet auteur n’ont pas généralement été confirmées.

Selon von Jaksch, le bacille de la morve pourrait être également rencontré dans des préparations de sang. Si l’on avait l’occasion de rechercher ce microorganisme, l’on devrait traiter les préparations de sang sec par le procédé de Loeffler.

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