‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 76 sur 109 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’intoxication est l’ensemble clés manifestations organiques consécutives à l’entrée et au séjour des poisons dans l'intimité de nos tissus. Les poisons sont des corps qui, en raison de leur composition chimique, troublent ou rendent impossible le fonctionnement normal des cellules. Les troubles déterminés dans la vie des cellules par suite de leur contact avec les poisons peuvent être variables : tantôt ils sont légers et de durée passagère, tantôt ils sont permanents et irréparables : c'est affaire de dose, et c'est aussi affaire de qualité. L’alcool, par exemple, ingéré à faible dose, produit un désordre passager dans le fonctionnement des cellules nerveuses. Ce désordre passager, qui se traduit par l’ivresse, cesse quand le poison a été éliminé; après son élimination, la cellule peut reprendre sa vie normale. Ingéré à doses massives, le même poison agit sur les cellules nerveuses avec une telle intensité d’action qu’il les désorganise d’une manière irréparable. Dans ces conditions la mort de ces cellules peut être la conséquence rapide du poison.

Il est facile de comprendre que l’action d’un poison varie suivant les doses absorbées. On peut comparer ses effets à ceux d’un traumatisme qui. suivant son degré d’intensité, produit des désastres passagers ou irrémédiables.

Il est autrement difficile d’expliquer le mode d’action du poison lui-même, et l'action si différente de poisons que rapprochent parfois des analogies de composition ou d’origine.

La connaissance exacte du mode d’action des poisons permettrait seule une classification rationnelle des intoxications. Dans l’ignorance où nous sommes à ce point de vue, tout essai de classification nous parait prématuré. Nous savons que certains poisons agissent plus particulièrement sur les cellules nerveuses, d’autres sur les cellules du foie ou des reins, d’autres sur les globules du sang. On pourrait donc, d’après la prédominance d’action sur tel ou tel organe, classer les poisons en poisons nerveux, sanguins, hépatiques, etc. Il y a toutefois une grave objection à faire à cette manière de procéder. En effet, pour agir, les poisons doivent être tout d’abord absorbés et passer dans le sang. En vertu de cette nécessité, tout poison est donc d’abord mélangé au sang et peut être, en dernière analyse, considéré comme un poi-

INTOXICATIONS

son du sang. C'est, en effet, à l’altération du sang que sont dus les troubles cellulaires qui nous paraissent, à première vue, tenir à une lésion primordiale des cellules des parenchymes.

Tout poison est donc un poison du sang et peut être défini : Une substance chimique anormalement introduite dans le sang et en modifiant les propriétés dans un sens nuisible à la nutrition.

Une étude des intoxications, pour être complète, devrait comprendre l’histoire anatomique, clinique et chimique de tous les corps susceptibles de déterminer des accidents par suite de leur introduction dans le sang. Elle devrait comprendre toutes les intoxications par corps organiques ou inorganiques, que ces corps viennent du dehors ou qu’ils soient élaborés dans l’organisme (l’intoxication par les leucomaïnes serait de son ressort).

C’est cette étude que nous aurions entreprise, si nous avions pris à la lettre la tâche qui nous était assignée. Mais nous nous sommes vite rendu compte que comprendre ainsi les choses, aurait de graves inconvénients. Disposant d’un espace très restreint, nous risquions d’être obligé d’écourter outre mesure les chapitres consacrés aux intoxications les plus ordinaires, dont l’étude importe le plus aux médecins, à qui ce recueil est destiné. Pour les autres intoxications, une courte mention eût été seulement possible.

En présence de cette situation, nous nous sommes décidé à faire un choix dans les intoxications et nous nous sommes arrêté au plan suivant.

Tout d’abord nous avons éliminé les auto-intoxications et. la leucomaïnémie , dont l’étude a été faite dans une autre partie de ce traité de médecine.

Nous avons pensé, de plus, qu’il n’y avait pas lieu de décrire les empoisonnements rares par des corps à action incertaine, tels que le cuivre, le zinc, l’antimoine, etc. D’autres poisons, qui n’ont qu’un intérêt médico-légal, tels que la ciguë, la belladone, le colchicine, la vératrine, etc., nous ont paru devoir mieux trouver leur place dans un traité de médecine légale. Nous aurions eu, d’ailleurs, peu de chose à ajouter au livre de Tardieu, si riche, en documents et si précis sur toutes ces questions. D’autres poisons, tels que la strychnine, la digitaline, le curare, etc., sont plutôt intéressants au point de vue physiologique et thérapeutique. Nous les avons également laissés de côté.

En résumé, nous avons cru devoir limiter notre étude à quelques intoxications d’observation courante, que les médecins peuvent observer journellement et dont ils doivent connaître d’une manière complète les manifestations et les lésions. Parmi ces intoxications, les intoxications professionnelles nous ont paru mériter une description un peu approfondie. C’est dans ce but que nous avons donné une large place aux intoxications par le plomb, par le mercure, par l’arsenic et par le phosphore. Les trois dernières de ces intoxications présentent un intérêt tout particulier ; elles sont les plus communes des intoxications criminelles, et tout médecin peut être appelé à en observer les manifestations dans le cours de sa pratique.

A côté de ces intoxications professionnelles et criminelles, les intoxications par l’alcool, par l’opium et la morphine, par la cocaïne, par le tabac, nous ont semblé mériter d’attirer l’attention en raison des ravages immenses qu’elles causent chaque jour et du haut intérêt social qui s’attache à leur prophylaxie.

L'empoisonnement par l’oxyde de carbone, fréquemment observé en France

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