B. COMPLICATIONS COMMUNES AUX AUTRES FIÈVRES ÉRUPTIVES
L’endocardite, la péricardite sont rares; elles sont peu bruyantes et passent généralement l’une et l’autre inaperçues. Jon. Hutchinson (2) rapporte 4 cas d’endocardite mitrale chez des enfants de 9 à 1 1 ans ; un seul présentait des antécédents rhumatismaux et choréiques ; l’un de ces cas était compliqué aussi
(*) Nikerson, Wallace {Med. Rec., 1890 et Centralb. f. klin, Med., 1891, n» 18, p. 359) ont observé la gangrène sèche d’un membre ou d’une extrémité.
(*) J. Hutchinson, Soc. de méd. et de chir. de Londres, 14 avril 1891.
FIÈVRES ÉRUPTIVES
de bronchopneumonie légère, un autre de bronchopneumonie et pleurésie ; on nota le souffle mitral aux 4e, 14e et 45e jours de la maladie. Ces malades guérirent. La péricardite est purement exsudative et est secondaire à la bronchopneumonie ; il est possible que l’endocardite elle-même soit le résultat de l’infection pneumococcique.
L’anasarque signalée par Lombard, Gendron, Moynier, Rilliet et Barthez s’accompagne ou non d’albuminurie. Prunac a vu 2 cas d’anasarque simple et 1 cas d’ascite, tous terminés favorablement chez des enfants de 2 à 9 ans (Sanné). Rilliet et Sanné mettent en doute l’anasarque par néphrite qu’ont signalée Willan, Rayer, Kassowitz. Cependant l’existence relativement fréquente de l’albuminurie suppose la possibilité de la néphrite; mais en parei cas, il y a entre la rougeole et la lésion rénale un intermédiaire, qui est le plus souvent la bronchopneumonie.
Parmi les accidents nerveux de la rougeole, nous avons déjà signalé les convulsions : leur gravité varie avec la période où elles apparaissent. Au début, elles se bornent à un ou deux accès et guérissent. Pendant l’éruption, elles traduisent généralement le début d’une forme nerveuse et font bientôt place au coma. Plus tard, elles annoncent le début d’une complication, otite ou bronchopneumonie. Enfin, quand la bronchopneumonie est constituée, elles sont un accident terminal fréquent et d’origine asphyxique.
L 'acétonémie (Frerichs, Talamon) produit quelquefois des accidents graves (vomissements, prostration, refroidissement des extrémités).
La tétanie se voit chez les jeunes enfants.
La rougeole laisse peu de traces sur le système nerveux; aussi a-t-on rarement signalé les paralysies. Cependant les auteurs qui ont étudié les paralysies liées aux maladies aiguës comme Gübler (1860-1861), Imbert-Goubeyre (1865), Schneider (1877), Landouzy (1881) ont publié un certain nombre de cas que M. Bayle a rassemblés dans sa thèse (*). Il est difficile de dégager un type commun, car les auteurs ont réuni les formés les plus dissemblables et attribué à l’infection morbilleuse de simples coïncidences. Cependant on peut ranger les cas connus sous les types suivants :
(a) Paralysies encéphaliques , liées le plus souvent à l’encéphalite aiguë qui donne lieu dans la suite à la sclérose lobaire (Richardière, Marie); elles se manifestent sous la forme hémiplégique tantôt simple, tantôt combinée avec l’aphasie (Bernhardt, Schwartz). Chez l’enfant au-dessous de 9 ans, l’hémiplégie devient le plus souvent spasmodique et peut s’accompagner d’athétose. L 'aphasie peut exister seule (Van Hasel).
(b) Paralysies à type myélopathique ; telle est la paraplégie , forme la plus fréquente qui débute progressivement ou subitement, et s’accompagne parfois de troubles de la miction (Bayle) ; plus rarement la paraplégie devient ascendante et prend le type de Landry; on a signalé la forme atrophique infantile; enfin le type sclérose en plaques qui guérit au bout de quelques mois (Scheppers).
(*) Bayle. Paralysies dans la rougeole; Th. de Paris, 1887.
ROUGEOLE
(c) Les paralysies à type périphérique occupent tous les sièges, un membre ou un groupe musculaire, les muscles des paupières et de l’œil ; ou bien les 4 membres et le voile du palais sur un même sujet (Bergeron).
Ces paralysies appartiennent à la convalescence ou à son début. La forme encéphalique est grave et laisse généralement une infirmité définitive ; cepennant on a vu l’hémiparésie guérir; les autres formes sont bénignes s’il ne survient pas d’eschare de décubitus. L’anatomie pathologique en est mal connue, sauf pour la forme encéphalique dont le substratum paraît être l’encéphalite et la sclérose cérébrale. La curabilité de certaines paralysies, leur mai’che progressive, leurs localisations si diffuses conduisent à admettre l’existence de névrites multiples.
La diphtérie morbilleuse paraît due au bacille de Lôffler (Roux et Yersin, Morel) ; elle complique 1 dixième des cas de rougeole hospitalisés (Barthez) ; elle est plus fréquente au-dessous de 6 ans (P. Renaut). Son début a lieu le plus souvent dans la première semaine. Elle peut atteindre toutes les surfaces dénudées, cutanées ou muqueuses sur lesquelles elle forme des fausses membranes minces, gris sale ; mais son siège le plus ordinaire est le larynx. L’angine pseudo-membraneuse prend très rapidement une allure infectieuse, le croup décrit plus haut accélère la marche de l’infection.
C’est la plus grave des diphtéries secondaires (82 morts sur 100 cas, Sanné); au-dessus de 4 ans cependant, les enfants peuvent guérir quand ils n’ont présenté qu’une rougeole légère (P. Renaut) et quand la diphtérie n’a pas envahi le larynx; la diphtérie buccale traitée dès le début guérit assez bien.
Pendant la convalescence, les jeunes enfants sont souvent atteints d’ABCÈs cutanés qui occupent surtout le cuir chevelu, le cou, les fesses et le dos; plus rarement sous-cutanés. Ils guérissent en général facilement. MM. Gaucher et Mariage ont observé une myosite chronique du sternomastoïdien (’).