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EMPOISONNEMENT AIGU PAR LE TABAC ABSORBÉ EN NATURE

Il existe, dans la science, un certain nombre d’observations où l’absorption par la bouche du tabac en nature a causé des accidents mortels. Il ne s’agit pas de tentatives d’empoisonnement criminel. Presque toujours on se trouve en présence d’accidents, dont les auteurs sont des mauvais plaisants qui ont dissimulé du tabac dans un produit quelconque^). Pécholier cite, d’après Y Edinburgh med. Journal de 1855, le fait d’un aliéné qui mourut après avoir ingéré 30 à 40 grammes de tabac. Matauschek a observé un cas de mort chez un jeune garçon qui fut empoisonné pour avoir mangé une pomme de terre dans laquelle on avait déposé du suc de tabac.

Quand les lavements de décoction de tabac étaient employés dans le traitement des coliques ou de l’occlusion intestinale, on a vu des empoisonnements après l’administration d’une décoction de 30 à 40 grammes de feuilles sèches de tabac.

Le tabac, appliqué directement sur la peau nue, peut causer des accidents graves. On connaît le fait de Namias, concernant un contrebandier qui éprouva les accidents les plus graves pour avoir appliqué sur sa peau nue des (*)

(*) D’après Vohl et Eulenburg, il n’y aurait de nicotine ni dans la fumée ni dans le suc de tabac, parce qu’elle se décomposerait au moment où le tabac est fumé.

(2) On sait que le poète Santeul mourut empoisonné pour avoir bu du vin d’Espagne dans lequel on avait jeté du tabac à priser.

TABAC

feuilles de tabac qu’il voulait passer en contrebande. A la suite de la communication de Namias, Gallavardin a rapporté plusieurs faits d’intoxication par le tabac survenus dans les mêmes conditions.

Dans le môme ordre de faits, des applications externes de feuilles de tabac sur des surfaces ulcérées, sur des eczémas ou des ulcères rebelles, des cataplasmes de feuilles de tabac déposées sur la peau saine ont également occasionné des accidents toxiques.

Le séjour dans une pièce renfermant de grandes quantités de tabac peut être extrêmement dangereux. Pécholier rapporte, d’après Depierris, l’histoire de trois Chinois qui s’endormirent dans une chambre où l’on avait déposé 60 kilogrammes de tabac. Deux de ces Chinois moururent; le troisième fut rappelé difficilement à la vie.

La dose toxique du tabac est mal établie. D’après les faits cités précédemment, on peut admettre que 50 à 40 grammes de tabac forment une dose dangereuse, si le tabac est administré par la bouche ou par le rectum.

Symptômes de l’empoisonnement aigu par le tabac. — Les accidents consécutifs à l’ingestion d’une dose toxique de tabac apparaissent rapidement, de quelques minutes à un quart d’heure après l’absorption. Ils débutent par une sensation de brûlure dans la gorge et le long de l’œsophage. L’estomac devient douloureux spontanément et à la pression. Des vomissements se montrent, abondants et douloureux, suivis de selles répétées. Le système nerveux est profondément troublé ; il y a des vertiges incessants, une céphalalgie intense, une anxiété extrême.

Peu après, les malades se couvrent de sueurs froides. Ils tombent bientôt dans la stupeur, d’où ils sortent de temps en temps pour manifester le trouble de l’intelligence par du délire et le trouble du système nerveux moteur par des convulsions cloniques et toniques. A la dernière période, le coma est un phénomène presque constant. La respiration s’embarrasse, le pouls faiblit et la mort arrive par syncope ou par asphyxie.

Lorsque l’intoxication a été moins grave, les accidents s’arrêtent à ce qu’on pourrait appeler la période digestive. Les malades ont des nausées, des vomissements et de la diarrhée. On observe des vertiges et de la tendance au refroidissement; mais l’intelligence reste intacte et les convulsions font défaut. — Dans ces conditions, les malades se rétablissent après quelques jours de malaise pénible; ils gardent pendant un certain temps une céphalalgie pénible et une grande intolérance de l’estomac.

Le traitement de l’empoisonnement par le tabac consiste, en plus des moyens évacuatifs ordinaires, à précipiter la nicotine à l’aide de solutions fortes de tanin, ou, à défaut de tanin, à l’aide de substances renfermant uùe forte proportion de cette substance, telles que l’infusion concentrée de thé, de café non torréfié ou d’écorce de quinquina. On a encoi’e recommandé l’emploi de la noix vomique dont on pourra donner 1 gramme par la bouche, ou administrer par la voie hypodermique en solution de nitrate de strychnine à 2 pour 100. Comme dans tous les empoisonnements, l’emploi des stimulants est toujours indiqué.

A l’autopsie des individus qui ont succombé à un empoisonnement par le

INTOXICATIONS

tabac, les lésions sont insignifiantes. On a signalé une pâleur remarquable des tissus et la présence de quelques suffusions sanguines. Dans quelques cas, quand la mort remonte à un petit nombre d’heures, on note une odeur spéciale des organes, qui exhalent une odeur tabacique très prononcée. — Dans cet empoisonnement, comme dans tous les empoisonnements par alcaloïdes, l’anatomie pathologique doit céder le pas à la chimie, qui permet de retrouver, les traces de la nicotine, même longtemps après la mort.

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