TROUBLES DE L’APPAREIL URINAIRE ET DE L’APPAREIL GÉNITAL
On peut admettre en théorie que dans la polynévrite il se développe parfois dans les nerfs qui se rendent aux reins des altérations capables de troubler la sécrétion de ces organes; mais, en réalité, je ne connais pas d’observations de ce genre.
.J’attirerai seulement l’attention sur ce point que dans certains cas, particulièrement dans la diphtérie, peu de temps avant le début de la polynévrite, les urines deviennent albumineuses. Je rappellerai aussi que Brasch a signalé de l’urobilinurie dans un cas de psychose polynévritique (voir p. 746).
Les fonctions de la vessie s’accomplissent généralement d’une façon normale; mais il n’en est pas toujours ainsi. On observe parfois des troubles de la miction et les faits de ce genre peuvent être rangés dans deux catégories distinctes.
A la première appartiennent les cas de névrites périphériques où existent les désordres psychiques dont il a été question plus haut. Parmi les malades qui rentrent dans ce groupe, il en est qui laissent échapper leurs urines, mais qui vident parfaitement leur vessie; il en est d’autres qui sont atteints de rétention d’urine et d’incontinence par regorgement. Dans les cas de cet ordre les troubles vésicaux peuvent être très prononcés, mais ils doivent être attribués plutôt à la perturbation des facultés mentales qu’aux lésions des nerfs.
La seconde catégorie est constituée par les faits de polynévrite dans lesquels, malgré la conservation complète de l’intelligence, la miction s’opère d’une façon imparfaite. Leyden a signalé dans une observation de la dysurie et de la rétention d’urine. Chez un malade dont l’histoire a été rapportée par Grocco, le symptôme dysurie est également mentionné. Charcot, dans un cas de paraplégie diabétique due. selon toute vraisemblance à une névrite, a noté des troubles. vésicaux; voici le passage relatif à ce sujet : « Douleurs assez rares
DES NÉVRITES.
en urinant; quelquefois, s’il ne se présente pas assez vite à la garde-robe, il urine dans son pantalon; quelquefois il pisse encore quelques gouttes après s’être rhabillé, mais tout cela pas très accentué, et il faut attirer l’attention du malade sur ces phénomènes, qu’il a à peine remarqués lui-même. » Si je m’en rapporte aux faits que j’ai observés moi-même, je crois pouvoir dire que dans les cas de polynévrite où les facultés intellectuelles sont intactes, les troubles de la miction, quand ils existent, ne sont pas très marqués. L’évacuation de l’urine peut être difficile et demander quelques efforts; parfois même il y a une rétention absolue d’urine qui nécessite le cathétérisme; mais généralement ce phénomène, après s’être manifesté pendant un ou quelques jours, s’atténue ou disparaît complètement.
Certains malades se trouvent dans la nécessité de satisfaire le besoin d’uriner dès qu’il se fait sentir, sous peine de laisser échapper l’urine malgré eux; il s’agit là, comme on le voit, d’une incontinence qu’on pourrait qualifier de fruste. L’incontinence véritable, caractérisée par l’émission involontaire et inconsciente de l’urine, n’existe guère qu’à l’état rudimentaire.
De quelles causes doit-on faire dépendre ces troubles de la miction? Sont-ils dus à des altérations des nerfs qui se rendent à la vessie et aux fibres musculaires de l’urèthre concourant à l’occlusion de la vessie et appartenant à la vie organique, ou doit-on les rattacher aux lésions des nerfs qui animent les muscles soumis à l’influence de la volonté, dont le fonctionnement, à l’état normal, est lié à l’acte de la miction? Ces deux hypothèses, dont chacune est soutenable, ne sont pas du reste contradictoires. En l’absence de faits anatomocliniques précis, je ne puis me prononcer à cet égard.
Il y a lieu d’établir, comme je viens de le dire, une distinction capitale entre les troubles vésicaux qui relèvent de la psychopathie névritique et ceux qui sont sous la dépendance des lésions des nerfs. Il faut remarquer toutefois qu’un malade peut être atteint en même temps de ces deux espèces de troubles. Il en était ainsi vraisemblablement dans un cas relaté par Brasch ; le sujet de cette observation présentait des troubles vésicaux caractérisés exclusivement par une légère difficulté dans l’émission de l’urine, à une période où il n’y avait pas de troubles psychiques; plus tard, à un moment où se développèrent des hallucinations et des idées délirantes, on vit apparaître une incontinence complète d’urine.
Les troubles génitaux sont rares. Dans la grande majorité des cas la puissance virile est conservée. Cependant on peut observer parfois, spécialement dans la diphtérie, de la frigidité et une impuissance complète. Il va sans dire que l’affaiblissement général causé par la maladie qui a provoqué la polynévrite et que les douleurs violentes qui tourmentent certains malades sont capables d’occasionner une diminution et même une abolition des désirs sexuels, qu’il faut distinguer de l’impuissance véritable.
Chez la femme, il n’est pas rare d’observer des troubles de la menstruation , qu’il y a tout lieu de faire dépendre de l’état général.