TROUBLES DE L'APPAREIL DIGESTIF
Bouche et pharynx. — Anesthésie du voile du palais et du pharynx. — Ces troubles sont particulièrement observés dans la névrite diphtérique. Lorsqu’on titille la luette avec une barbe de plume ou qu’on la pique avec une aiguille, il ne se produit aucun mouvement réflexe.
Paralysie du voile du palais, de la langue, du pharynx. — La paralysie du voile du palais est très commune dans la névrite diphtérique. Elle se manifeste d’abord par du nasonnement; la parole est lente et difficile; pendant le sommeil, un ronflement plus ou moins bruyant se fait entendre. En outre, on observe des troubles de la déglutition consistant simplement au début en ce que les boissons sont rejetées par le nez; quand la paralysie est très prononcéè, les aliments solides sont rejetés à leur tour. La déglutition est encore plus fortement entravée quand à la paralysie du voile du palais vient se joindre celle des muscles du pharynx; il n’est pas rare alors que des fragments alimentaires s’engagent dans le larynx et pénètrent dans les voies aériennes, si le larynx, par suite de l’anesthésie de la muqueuse, fort commune en pareil cas, ne remplit plus sa fonction protectrice; c’est là un accident qui peut entraîner des conséquences fort graves. On constate, lorsque le malade ouvre la bouche, que le voile du palais est immobile et pendant.
La paralysie peut s’étendre à la langue, ainsi qu’aux lèvres et aux joues, comme on l’a vu plus haut. Le malade est alors incapable de gonfler ses joues, de souffler, de siffler, de se gargariser, d’exercer la succion. La langue est paresseuse et pend parfois hors de la bouche. Les lèvres laissent la salive s’échapper au dehors.
Dans les autres espèces de névrites, la paralysie du voile du palais, celle de la langue, celle du pharynx sont exceptionnelles. Il existe toutefois quelques faits de ce genre. Dans la première observation du 2e mémoire de Duménil l’affaiblissement des muscles de la langue est noté. Lorsque le malade tirait la langue hors de la bouche, cette langue était fortement projetée à gauche et formait un arc de cercle ouvert de ce côté; les deux moitiés de l’organe présentaient alors une notable différence; la moitié droite était ferme, arrondie, lisse; la moitié gauche était molle, aplatie, ridée. De plus, la déglutition était difficile. Ces troubles s’étaient développés à la suite de la paralysie des membres. Il est vrai que dans ce cas le diagnostic de névrite peut être contesté, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer. Mais il existe d’autres observations de cet ordre qui sont probantes. Roth a observé, chez un malade à l’autopsie
DES NÉVRITES.
duquel le diagnostic de névrite périphérique a été vérifié, de la dysphagie et de la paralysie linguale. Kast a constaté dans un cas de polynévrite, caractérisé au début par des troubles moteurs et sensitifs localisés dans les membres, de la paralysie avec atrophie de la langue et de la paralysie du voile du palais; dans cette observation, comme dans la précédente, le diagnostic a été confirmé par l’examen nécroscopique.
Estomac. — L’estomac est, dans certains cas de névrite périphérique, le siège de troubles dyspeptiques et de phénomènes douloureux; les malades éprouvent des sensations de pincement, de tiraillement, de cuisson dans la région épigastrique ; parfois même les douleurs gastriques sont très vives, elles irradient dans la région dorsale, et sont accompagnées de vomissements et d’hématémèses.
Il n’y a lieu de rattacher ces accidents gastriques à l’histoire de la polynévrite que parce qu’ils peuvent être causés par quelques-uns des agents qui provoquent des altérations des nerfs, l’alcool en particulier, parce qu’ils peuvent s’associer aux troubles paralytiques et sensitifs des membres; mais rien ne prouve que les fibres nerveuses qui se rendent à l’estomac ou les plexus nerveux de cet organe soient altérés dans les cas de ce genre.
Ces troubles de l’estomac se distinguent facilement des crises gastriques des tabétiques. Celles-ci, comme on le sait, se développent ordinairement sans cause apparente, sans signes prémonitoires, sont caractérisées par des douleurs et des vomissements qui sévissent sans trêve, pendant une période de 3, 5, 10, quelquefois 13 jours, rarement plus, et disparaissent soudain sans laisser de traces, si ce n’est de l’abattement et de l’afTaiblissement qui résultent du jeûne auquel le malade a été soumis.
Mais il y a lieu de se demander si la polynévrite ne serait pas capable de donner naissance à des crises gastriques semblables à celles du tabes ou bien si, au contraire, ces crises sont spéciales à l’ataxie locomotrice, ou tout au moins à certaines affections de la moelle. C’est là une question qu’on n’est pas en droit, selon moi, de trancher dès maintenant. Sans doute, le plus ordinairement, c’est dans la sclérose des cordons postérieurs qu’on observe ces crises, mais rien ne prouve qu’il en soit toujours ainsi. Duchenne et Charcot ont signalé l’existence de crises gastriques semblables à celles du tabes dans des cas que l’on faisait autrefois rentrer dans le cadre de la paralysie spinale subaiguë de Duchenne et qui, peut-être bien, ressortissaient à l’histoire de la polynévrite.
Je crois devoir l’appeler à ce sujet que Leyden dit avoir observé des crises gastriques identiques, au point de vue symptomatique, à celles du tabes, et qui étaient indépendantes de toute affection organique du système nerveux. Debove et Raymond ont relaté depuis des faits du même ordre; ce sont là les crises gastriques dites essentielles. On a encore décrit sous le nom de gastroxynsis (Rossbach), de gastroxie (Longuet et Lépine), des crises dont l’aspect clinique était analogue à celui des crises gastriques des tabétiques dans des cas où la sclérose des cordons postérieurs semblait faire complètement défaut. Il est vrai qu’on n’a pas établi de relation entre ces phénomènes et la polynévrite. Néanmoins il m’a paru utile de les signaler, car on peut concevoir qu’ils viennent s’associer dans certains cas à cette affection et créer de grandes difficultés au point de vue du diagnostic différentiel.
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Intestins. — On observe parfois, dans la polynévrite, des douleurs abdominales dont les parois intestinales sont vraisemblablement le siège. C’est ainsi que les malades atteints de névrite saturnine sont sujets à des coliques souvent très intenses. Il est vrai que ces troubles peuvent se manifester chez des saturnins ne présentant aucun signe de polynévrite. Sont-ils dus à des altérations des nerfs de l’intestin et des plexus myentériques? Cela est fort possible, mais, jusqu’à nouvel ordre, cette opinion ne peut être émise qu’à titre d’hypothèse.
La constipation est la règle dans la polynévrite ; on peut l’attribuer à une parésie des fibres lisses de l’intestin ou à l’affaiblissement des muscles de l’abdomen, ou bien à ces deux facteurs à la fois.
L’incontinence des matières fécales, assez fréquente quand les malades sont atteints de troubles psychiques, est tout à fait exceptionnelle lorsque les facultés intellectuelles sont intactes, et dans ce cas ce phénomène n’est jamais très prononcé ; ce n’est que de temps en temps, ordinairement à l’occasion d’un grand effort, que le malade laisse échapper des matières fécales; il a généralement conscience de cette émission, qui peut pourtant s’opérer à son insu quand la sensibilité de la région anale est émoussée ou abolie.