‹ Traité de médecine (volume 3)Chapitre 126 sur 143 · III. — LES DÉLIRES DES DÉGÉNÉRÉS · texte numérisé non relu

III. — LES DÉLIRES DES DÉGÉNÉRÉS

Considérations générales. — Il existe entre les auteurs de grandes divergences au sujet des délires de dégénérescence. L’accord n’est pas fait sur les limites qu’il convient d’assigner à ce groupe : le dissentiment s’accuse quand on compare la description des auteurs étrangers, particulièrement des auteurs allemands, avec celles de certains auteurs français; mais même en France, on pourrait dire surtout en France, l’entente est loin d’être complète entre les aliénistes. M. Magnan, qui fait aux dégénérés la part la plus large, considère comme délires de dégénérescence tous ceux qui ne relèvent pas des espèces morbides que nous avons précédemment étudiées, manie et mélancolie franches, délire de persécution à évolution systématique, folie intermittente, ou des délires symptomatiques des intoxications et des névroses; d’après lui toutes les folies transitoires ou durables, générales ou partielles, survenues sans cause occasionnelle appréciable ou à propos d’un incident quelconque (émotion morale, puerpéralité, maladie ou trouble organique), doivent être rattachées à la classe des folies dégénératives, dont sont exclues celles seulement que nous venons de mentionner. Les auteurs étrangers restreignent les uns

(') Lire la description de l’hermaphrodisme et les observations qui s’y rapportent in J. Chevalier, toc. cit., p. 282.

DÉGÉNÉRESCENCE MENTALE, plus, les autres moins, le champ de la dégénérescence : et ils décrivent sous les noms de paranoïa (l), de ivahnsinn, de verrücktheit, des délires à systématisation plus ou moins parfaite, les uns aigus, les autres chroniques^ qui pour la plupart sont classés par M. Magnan parmi les folies des dégénérés. Ce qui est indéniable, c’est la nécessité, si l’on ne veut laisser hors des descriptions un grand nombre de variétés de troubles mentaux, ou d’englober radicalement, comme le fait M. Magnan, toutes ces variétés parmi les délires de dégénérescence, ou de les décrire à part comme le font quelques auteurs étrangers. Or, en France, l’étude de ces formes multiples de folie qui constituent la paranoia des Allemands et des Italiens, a été un peu négligée. Un trop grand nombre d’entre elles sont considérées à tort, selon nous, comme de simples modalités de la mélancolie ou lypémanie avec laquelle on les décrit; d’autres à évolution chronique et à systématisation plus parfaite constituent pour les auteurs français des formes de la folie partielle et sont étudiées avec les monomanies, auxquelles on conserve ainsi une autonomie qui n’est peut-être pas tout à fait légitime.

Nous pensons que toutes les modalités de la paranoia (même en laissant de côté le délire de persécution à évolution systématique qui figure parmi les paranoia des Allemands) ne sauraient, sans forcer les faits cliniques, être considérées comme des variétés de la folie dégénérative. Aussi estimons-nous qu’il y a lieu de laisser un chapitre ouvert pour y placer certaines formes de folie systématisée aiguës ou chroniques qui, tout en restant très distinctes de la lypémanie vraie, n’appartiennent pas à la dégénérescence. Mais il s’en faut que ces formes, qu’on rencontre de temps en temps en clinique, aient été jusqu’à présent suffisamment définies et scientifiquement classées : pour s’en convaincre il suffit de voir la confusion qui règne encore dans les subdivisions des paranoia admises à l’étranger. Aussi, malgré les réserves que nous croyons devoir faire sur l’extension donnée par certains auteurs au groupe des folies dégénératives, nous décrirons avec eux parmi les délires de la dégénérescence les troubles mentaux qu’à l'étranger on étudie sous les noms de paranoia, wahnsinn, verruktheit : c’est la meilleure manière d’éviter l’obscurité en un sujet où la lumière n’est pas encore complète, et l'obscurité est le défaut le plus à redouter dans un traité du genre de celui-ci (2).

Les dégénérés délirent avec une remarquable facilité. Dans certains cas ils passent de l’état de déséquilibration simple, qui est leur manière d’être habituelle, à l’état délirant, sans qu’aucune cause appréciable puisse expliquer cette transformation ordinairement temporaire. D’autres fois c’est à la suite d’émotions morales , de chagrins, de préoccupations, de fatigues intellectuelles ou de fatigues physiques. Certaines circonstances physiologiques ont aussi une grande influence sur la génèse du délire : chez la femme la menstruation , la

(*) Au sujet des significations du terme paranoia, lire : Séglas, Revue in Arch. de Neurologie.

(2) Pour éviter des lectures inutiles à ceux qui voudraient se faire une idée plus complète des diverses façons dont les auteurs ont envisagé la question de classification que nous ne pouvons ici qu’esquisser, nous conseillons de parcourir les ouvrages suivants:

Dagonet, Traité des maladies mentales, Paris, 1894, J. -B. Baillère. — Legrain, Du délire chez les dégénérés. Thèse de Paris, 1886. — Schüle, Traité clinique des maladies mentales. Traduction française, Paris, 1888. — Régis, Manuel de médecine mentale, 2e édition, Paris,

grossesse , les suites de couches , la lactation , surtout lorsqu’elles s’accompagnent d’affaiblissement et d’anémie, la ménopause ; chez l’homme la puberté ; la vieillesse prédispose aussi au délire, principalement quand les lésions artérielles ou circonscrites ont affaibli la résistance cérébrale. Les maladies aiguës ou chroniques, celles du cœur, du foie, de l’utérus, peuvent aussi jouer le rôle de causes occasionnelles. Les abus alcooliques interviennent fréquemment : sous leur influence les dégénérés peuvent contracter un délire toxique, mais ils peuvent aussi faire un simple délire de dégénérescence : dans ce cas l’alcool intervient uniquement à titre d’excitant, d’appoint, et non en vertu de son action spécifique. On dit vulgairement que les malades ont arrosé leur délire.

On ne s’étonnera point que ces causes multiples, puissantes ou légères, soient capables de provoquer l’éclosion de la folie, car on peut dire des dégénérés qu’ils sont en imminence constante de délire. Certains d’entre eux s’exaltent et s’excitent à l’état habituel sous la moindre influence; de cette exaltation à l’état d’excitation maniaque il n’y a qu’un pas ; d’autres qu’une minime impression abat et déprime, qu’une contrariété même légère plonge dans une tristesse profonde, sont toujours sur la frontière de la mélancolie. D’autre part, les dégénérés, nous l’avons vu, sont souvent défiants à l’excèsi jaloux, soupçonneux, convaincus qu’on manque à leur égard de prévenance et de bonté; d’autres sont surtout orgueilleux, pleins d’eux-mêmes, ils ont des prétentions ridicules et une confiance sans bornes dans leurs aptitudes et leurs •facultés; un très grand nombre, l’éducation aidant, sont portés vers le mysticisme; dépourvus d’esprit critique, ils vont d’instinct au merveilleux, s’enthousiasment pour le spiritisme, les tables tournantes, s’adonnent avec exagération aux pratiques d’une piété exaltée. De pareilles dispositions mènent aisément au délire ; à quelques égards elles constituent un délire en germe, ici délire mystique, là délire ambitieux, dans le premier cas délire de persécution. La folie des dégénérés emprunte en effet souvent sa forme et son expression extérieure aux tendances et à la tournure d’esprit habituelles des malades.

Excitation maniaque et manie. — C’est chose assez commune que l’apparition de Y excitation maniaque chez les dégénérés, particulièrement chez ceux qui se font habituellement remarquer par l’instabilité de leur caractère et de leur humeur. Sous l’influence d’une fatigue, d’une émotion morale, d’un chagrin , d’excès, particulièrement d’excès alcooliques, le dégénéré s’exalte ; il devient plus remuant, dort mal, cause avec plus de volubilité; il est pris d’une activité dévorante, nourrit mille projets d’ailleurs aussitôt abandonnés que conçus; il rêve de littérature et de poésie, veut se lancer dans de grandes entreprises; il parle volontiers de ses talents, de sa fortune, fatigue de ses visites et ennuie de son verbiage les personnes de ses relations ; il présente une grande analogie avec certains paralytiques généraux au début : sous l’influence du repos, de l’isolement, cet état se modifie d’ordinaire assez vite, le calme revient et tout rentre dans l’ordre.

D’autres fois les symptômes s’accusent davantage ; à la suractivité de toutes les opérations cérébrales (intelligence , sensibilité , mémoire) s’ajoutent des conceptions ambitieuses manifestement absurdes. Le malade s’imagine qu’il possède des milliards, qu’il a fait des inventions merveilleuses : il a construit une charrue avec laquelle il laboure toute la terre en quelques minutes, il est

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musicien de premier ordre, compositeur hors ligne; il parle emphatiquement de ses relations imaginaires avec des personnages célèbres; il s’affuble d’oripaux ridicules, s’agite d’une façon continuelle, chante et vocifère jour et nuit, interpelle sur un ton hautain ou insolent ceux qui l’approchent. A certains jours il est plus raisonnable et plus calme, on peut croire à une amélioration définitive quand on est en présence d’une simple rémission passagère ; le lendemain ou les jours suivants l’excitation recommence, et les choses peuvent rester en cet état pendant plusieurs semaines ou même plusieurs mois.

Enfin il est des cas où l’exaltation cérébrale est telle qu’elle se traduit par un véritable accès de manie. L’impressionnabilité sensorielle est si vive, l’association des idées si rapide, que le malade est dans l’incapacité absolue de fixer son attention : son langage est décousu, ses gestes désordonnés. Les mots se succèdent sans aucun lien logique apparent : les phrases prononcées n’ont aucun sens. On cherche vainement à découvrir à l’attitude et au langage du malade les idées qui le dominent, on n’y arrive pas. A vrai dire, il n’y a dans le cerveau aucune idée fixe : l’intelligence, sollicitée en tous sens par les impressions venues du dehors, par l’assonance d’un mot, erre en quelque sorte à l’aventure. Les hallucinations auditives ou visuelles, les illusions, concourent encore à exagérer la confusion des idées. De temps en temps, si la mobilité des sensations et des pensées fait place à une accalmie relative et temporaire, le malade exprime quelques vagues idées ambitieuses ou de persécution. Mais ces idées multiples et changeantes disparaissent bientôt dans le tourbillon des pensées qui se succèdent, sans pouvoir se fixer, avec une singulière volubilité. La manie des dégénérés, comme la manie simple, est ordinairement curable, mais elle récidive avec grande facilité. Certains accès apparaissent avec une remarquable brusquerie sans être annoncés par les signes avantcoureurs, tristesse, apathie, céphalalgie, qui précèdent souvent l’éclosion de la manie franche. Cette brusquerie est telle dans certains cas qu’on pourrait au premier abord penser qu’on a affaire à la manie épileptique. La guérison est quelquefois aussi rapide que le développement de l’affection, elle peut se faire en une nuit : le malade se couche très agité et se lève guéri (manie transitoire (*). La durée de ces accès est des plus variables : il en est qui n’excèdent pas quelques jours, d’autres durent des mois. Ce ne sont pas toujours ceux dans lesquels l’agitation et le désordre des idées sont le plus accusés qui ont la durée la plus longue.

Dépression mélancolique et mélancolie. — Contrairement aux malades dont nous venons de parler qui s’excitent sous l’influence des diverses causes physiques ou morales susceptibles de les impressionner et versent dans l’excitation maniaque ou la manie, il en est d’autres qui tournent plus aisément vers la mélancolie.

Un chagrin, un deuil, un incident pénible ou simplement désagréable les abattent et les dépriment outre mesure. Ils deviennent tristes, absorbés, incapables d’activité pendant plusieurs jours. Chez d’autres la dépression mélancolique est encore plus accusée et beaucoup plus durable. Ils sont pris de dégoût pour toutes les choses qui d’ordinaire les intéressent; les femmes ne peuvent

(‘) Krafft-Ebing, Mania transitoria. Monogr., 1865.

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plus s’occuper de leur ménage, les hommes de leurs affaires. Ils fuient le monde : les distractions leur sont plutôt pénibles qu’agréables; ils parlent volontiers de la mort, et quelques-uns même peuvent aller jusqu’au suicide. Certaines morts volontaires inexplicables en apparence, sont chez les dégénérés héréditaires la conséquence d’un de ces accès habituellement transitoires de dépression mélancolique.

Dans d’autres cas les troubles s’accusent davantage et l’on se trouve en présence d’un véritable accès de mélancolie. Toutefois la mélancolie franche telle que nous l’avons antérieurement décrite n’est pas fréquente chez les dégénérés. Ce qu’on décrit d’habitude sous ce vocable ce sont des délires systématisés, dans lesquels l’idée délirante, idée hypochondriaque, de culpabilité ou de persécution, est le phénomène primitif et dominant, contrairement à ce qu’on observe dans la mélancolie vraie où la dépression intellectuelle et physique est le trouble primordial. Les dégénérés dits mélancoliques, en d’autres termes, sont moins des mélancoliques que des délirants : la tristesse et la dépression apparentes sont d’ordinaire chez eux le résultat des idées maladives qui s’imposent primitivement à l’intelligence. Le trouble dont ils sont affectés correspond à certaines des formes de la paranoïa des auteurs allemands, notamment aux formes que Schüle décrit sous le nom de délire systématisé aigu sensoriel, ou de délire systématisé aigu mélancolique. Aussi allons-nous le retrouver dans le paragraphe suivant.

Délires aigus systématisés. ( Paranoia aiguë. Délires d’emblée. Bouffées délirantes (f). — De même qu’on voit souvent apparaître chez les dégénérés, sous l’influence d’une cause accidentelle quelconque, légère ou grave, un accès d’excitation maniaque ou de manie, de même on voit fréquemment se développer chez eux, avec brusquerie, des crises de délire, qui au lieu de se traduire, comme dans les cas dont nous venons de parler, par des phénomènes d’excitation ou de dépression, consistent en des poussées d’idées délirantes. Le caractère de ces poussées est de se manifester tout à coup sans préparation au moins apparente, sans phénomènes antécédents qui les annoncent : elles constituent de véritables délires d’emblée. Elles ne durent souvent qu’un temps très court, quelques semaines ou même quelques jours : ce sont, comme on l’a dit, des bouffées délirantes. Les conceptions fausses sont d’ailleurs très variables quant à leur nature et sont d’habitude en rapport avec le caractère habituel et les tendances prédominantes des malades ; ce sont tantôt des idées de persécution : le malade est entouré d’ennemis, il voit autour de lui des espions; on a voulu l’empoisonner; d’autres fois des idées ambitieuses: le patient tout d’un coup s’imagine qu’il a une grande fortune, qu’il est général, président de la République, qu’il est Jésus-Christ; dans quelques cas les conceptions délirantes ont une tournure mystique ; l’aliéné voit la Vierge, il converse avec les saints, le diable veut le tenter, mais Dieu le protège; ou bien il s’agit de préoccupations hypochondriaques ou mélancoliques. La nature des idées délirantes a d’ailleurs peu d’importance. Ce qui caractérise en effet ces variétés de délire, c’est beaucoup moins leur contenu que leur évo- (*)

(*) Lire, à propos de ces formes aiguës : 1° Legrain, Du délire chez les dégénérés. Thèse de Paris, 1886, pages 111 et suiv. — 2° Schüle, Traité clin, des maladies mentales. Traduction française. Paris, 1888, p. 162 et suiv.

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lution, leur mode d’apparition, leur peu de durée, les circonstances dans lesquelles elles apparaissent. Ce sont des points sur lesquels nous allons revenir. Très souvent les idées fausses s’accompagnent d’hallucinations (hallucinations auditives ou gustatives dans la plupart des cas), hallucinations visuelles, si les conceptions délirantes sont de nature mystique. Ces troubles psycho-sensoriels ne sont pas toutefois l’accompagnement obligé des délires d’emblée. Quand ils existent ils peuvent ne tenir dans le tableau clinique qu’une place très accessoire. Lorsque au contraire ils sont très accusés, ils impriment parfois aux conceptions délirantes une grande mobilité : l’esprit a peine à se fixer, et la systématisation fait place à une véritable confusion des idées ( délire systématisé aigu sensoriel de Schiïle).

Au reste, dans ces formes aiguës cette systématisation est toujours très imparfaite : il s’en faut qu’elle soit rigoureuse et logique comme dans les formes chroniques. Son insuffisance tient d’une part à la débilité intellectuelle qui est ordinaire chez les individus affectés de délire d’emblée, d’autre part à la rapidité d’évolution de ces délires, qui ne laisse pas aux conceptions fausses le temps de s’organiser en un système bien construit. C’est presque par un abus de mots, qu’à l’exemple des auteurs étrangers nous avons appelé délires systématisés, les troubles mentaux dont il s’agit. Nous avons tenu toutefois à employer cette expression pour bien marquer la différence qui sépare ces troubles dans lesquels l’élément fondamental et ordinairement premier en importance est l’idée délirante, de ceux où elle n’est que secondaire, accessoire et inconstante, comme dans la manie et la dépression mélancolique décrites en premier lieu.

Ce qui prouve encore le peu d’importance de la nature des conceptions fausses et le peu de solidité de leur systématisation, c’est la variabilité et la multiplicité possible de ces conceptions. Lorsque, ce qui n’est pas rare, on voit apparaître chez un même malade, à des époques différentes de la vie, plusieurs bouffées délirantes, ces bouffées peuvent différer les unes des autres : dans la première, par exemple, on constatera surtout des idées de persécution, dans la seconde surtout des idées ambitieuses. Il arrive même parfois qu’une bouffée de conceptions ambitieuses ou mystiques fait suite immédiatement et sans intervalle à une poussée d’idées de persécution, par exemple. Il y a plus : au cours d’un même accès on voit souvent coïncider des idées délirantes de diverse nature (idées ambitieuses et de persécution, idées hypochondriaques et mystiques). Aussi a-t-on considéré le polymorphisme comme caractéristique des délires systématisés des dégénérés, particulièrement des délires aigus.

La guérison est la terminaison ordinaire de ces délires, après une durée qui peut très exceptionnellement ne pas excéder quelques heures, qui plus souvent se prolonge pendant plusieurs jours et d’habitude pendant quelques semaines. Mais cette guérison n’est habituellement que temporaire ; dans la règle les bouffées délirantes récidivent, et souvent plusieurs fois au cours de la vie du malade.

Il arrive d’ailleurs, qu’au lieu de disparaître simplement, la poussée aiguë délirante se continue avec un des délires systématisés chroniques dont il nous reste à parler.

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Délires systématisés chroniques. — Les délires dont il est ici question, et que nous appelons délires systématisés chroniques , par opposition aux bouffées délirantes d’une durée courte dont nous avons précédemment parlé, ne sont pas tous, tant s’en faut, des délires incurables. Entre la simple bouffée délirante dont la durée n’excède pas quelques semaines et la folie systématisée qui n’aboutit pas à la guérison, il y a tous les intermédiaires : des délires durant plusieurs mois, d’autres aussi longtemps que vit le malade. C’est assez dire qu’il n’y a pas de barrière clinique tranchée entre les deux groupes que nous avons admis.

Le degré de systématisation des conceptions délirantes dépend d’ailleurs, en grande partie, du degré d’intelligence du malade. Aussi , si l’on ne craignait de multiplier les subdivisions, pourrait-on opposer aux délires des dégénérés débiles ceux des simples déséquilibrés. Les premiers portent toujours la marque du terrain sur lequel ils ont pris naissance. Une intelligence faible, incapable de juger sainement des choses, dépourvue de sens critique, qui a peine à associer logiquement les idées, est incapable d’organiser une systématisation délirante bien construite. La puérilité des conceptions fausses , leur grossière invraisemblance, leur manque absolu de logique, accuse la faiblesse du cerveau qui leur a donné naissance. Les délires des déséquilibrés, des dégénérés supérieurs, comme on les appelle quelquefois, sont fort différents : les idées délirantes sont moins absurdes, elles se tiennent et s’enchaînent mieux, en un mot leur systématisation est plus parfaite. Cette systématisation, dans quelques cas, n’est pas notablement inférieure à ce qu’elle est dans le délire de persécution à évolution systématique; si bien qu’on est en droit de se demander, en face des cas de cet ordre, si l’on a raison de les ranger tous parmi les délires de dégénérescence. Un certain nombre d’entre eux paraissent devoir être distraits de ce groupe. Il n’est pas démontré, en effet, que le délire de persécution à évolution systématique soit la seule forme de folie systématisée susceptible de se développer chez des héréditaires autres que les héréditaires dégénérés : certains faits de mégalbmanie notamment paraissent être dans ce cas, et il est probable que l’observation attentive de ces faits montrera que la vérité n’est pas plus dans la doctrine exclusive d’après laquelle tous les délires systématisés autres que le délire chronique sont des délires de dégénérescence, qu’elle n’est dans celle de quelques auteurs allemands et italiens pour qui le plus grand nombre des folies systématiques, des paranoia, sont étrangères à la dégénérescence. Quoi qu’il en soit, les délires des débiles peuvent être pris pour types de ceux que nous avons à décrire ici.

Ils apparaissent quelquefois à la suite d’un de ces délires d’emblée dont nous avons parlé précédemment. Les idées délirantes brusquement développées, multiples et mobiles qui caractérisent ces derniers, se modifient après quelques jours ou quelques semaines; elles se tassent si l’on peut dire. Mais au lieu que la guérison se produise comme dans beaucoup de cas, elles laissent après elles une ou deux conceptions délirantes qui pourront persister des années. D’autres fois le délire systématisé chronique s’installe lentement et progressivement. Il peut faire son apparition dès le jeune âge, à 12, 14 ans, contrairement au délire de persécution à évolution systématique qui débute d’une façon tardive. Il n’est souvent, comme nous l’avons dit, que l’exagération

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d’une tendance maladive du caractère', tendance à la méfiance, à la vanité et à l’orgueil, à l’hypochondrie, au mysticisme. Il peut avoir pour point de départ un fait exact, duquel l’intelligence débile du malade tire des conclusions erronées. Une femme est trompée par son mari, ou simplement, à quelques indices, elle suppose qu’elle puisse l’être ; elle part de là, avec la tournure méfiante de son esprit, pour se convaincre que son mari veut se débarrasser d’elle, qu’il a fait sur sa personne, seul ou avec des complices, des tentatives d’empoisonne-

ment, et elle verse dans les idées de persécution. Un enfant naturel, réfléchissant à l’irrégularité de sa naissance, en arrive à se convaincre qu’on lui cache son origine pour accaparer un héritage ou des titres qui lui reviennent, et il construit une systématisation ambitieuse. Dans ces cas, le délire résulte d’interprétations fausses, qu’accepte sans pouvoir en faire la critique la faible intelligence du débile : il est la conséquence de la tendance aux explications par le merveilleux qui caractérise le dégénéré, tendance servie ou plutôt desservie par une logique vicieuse. Les troubles psycho-sensoriels tiennent ordinairement peu de place dans l’organisation de ces folies systématisées, ce qu’expliquent leur pathogénie et le mode de leur développement.

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Comme nous l’avons dit plus haut, la systématisation se ressent de l’état de débilité mentale du sujet. Le délire est souvent mal venu, illogique et incorrect; il diffère notablement du délire de persécution à évolution systématique, ou même des folies des simples déséquilibrés qui, jouissant d’une intelligence plus vive, d’une faculté syllogistique mieux développée, sont capables de relier plus logiquement les unes aux autres leurs conceptions fausses, qui d’ailleurs présentent un cachet d’absurdité moins marqué.

D’autre part, la facilité avec laquelle les idées morbides naissent dans ces cerveaux rend compte de leurs variations. Plus lente est à s’installer une conviction délirante, moins changeante et plus immuable est sa physionomie et inversement. Aussi chez les débiles les idées fausses sont-elles variables et multiples : les idées ambitieuses coïncident avec les idées de persécution, les préoccupations hypochondriaques avec les idées mystiques. Et ces différentes variétés de conceptions délirantes peuvent apparaître simultanément, se succéder, se remplacer les unes les autres sans ordre et sans méthode, avec plus de lenteur toutefois que dans les délires systématisés aigus. Il en est tout autrement dans la psychose systématique progressive, où, comme nous l’avons vu, les idées maladives se suivent et s’enchaînent avec régularité et logique.

Au reste, le fond même dû délire roule toujours, sur les diverses variétés de conceptions fausses que nous avons énumérées plus haut, hypochondriaques , de persécution, ambitieuses et mystiques : les malades ne peuvent plus manger, ils ont l’estomac détruit, les intestins bouchés , ils ont un corps étranger dans le pharynx, une maladie de cœur, de la tuberculose pulmonaire, ils croient avoir contracté la syphilis, ils se disent impuissants (idées hypochondriaques); on leur en veut, on les pourchasse, on cherche à les empoisonner, on les regarde de travers en se moquant d’eux, on chuchote sur leur passage (idées de persécution); ils ont une grosse fortune, des châteaux, ils ont un grade important dans l’armée, sont fils d’un personnage illustre, présidents de la République (idées ambitieuses); ils parlent du magnétisme et du spiritisme, ils veulent faire pénitence pour gagner le ciel, ils ont des rapports avec le diable, ils voient la Vierge et les saints, ils sont chargés d’une mission divine, ils sont de purs esprits, créateurs de toutes choses (idées mystiques).

Nous avons dit que les hallucinations ne font pas forcément partie intégrante du délire des débiles. Elles peuvent toutefois s’y montrer. Ce sont alors des hallucinations de l’ouïe et du goût, de la sensibilité générale, surtout lorsque le délire revêt la forme de délire de persécution. Les hallucinations de la vue s’observent principalement dans le cas de délire mystique.

La marche et l’évolution de ces délires est fort variable suivant les cas.

Beaucoup guérissent, quitte à récidiver plus tard sous la même forme, ou sous une forme différente. La guérison peut être brusque : après avoir manifesté pendant un, deux, trois ans, des idées de persécution ou des idées ambitieuses, ou des idées mystiques, le malade sort tout à coup de son rêve morbide et revient à l’état normal. D’autres fois c’est avec lenteur que les conceptions délirantes s’atténuent, s’égrènent en quelque sorte, chemin faisant, jusqu’au jour où elles s’effacent complètement. D’une façon générale on peut dire que les délires systématisés des débiles ont plus de tendance à disparaître que ceux des simples déséquilibrés : il semble que leur systématisation étant

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moins parfaite et moins logique, ils fassent moins intimement corps avec le cerveau. Le polymorphisme, la multiplicité, la variabilité d’un moment à l’autre des conceptions fausses est, au point de vue du pronostic, un élément de bon augure.

Enfin ces délires guérissent d’autant plus aisément que le malade est plus jeune. Chez les individus qui ont dépassé l’âge mûr, à plus forte raison chez les vieillards, ils tendent à s’éterniser.

Certains délires des dégénérés aboutissent rapidement à la clémence. Cette terminaison n’est pas très rare chez les dégénérés encore jeunes. Les idées fausses, d’abord assez bien systématisées, deviennent incohérentes; ce qui subsistait de logique va s’atténuant et disparaissant; le malade devient enfantin, et se livre a des actes puérils; au délire fait place un affaiblissement définitif de l’intelligence.

D’autres fois la démence ne survient que lentement, après plusieurs années de folie. Elle se montre plus souvent chez les délirants qui s’attachent à une ou deux conceptions fausses que chez ceux dont les idées maladives sont variables et multiples. On la voit se manifester après dix, quinze années de délire.

Nous avons dit que les folies dégénératives, quand elles guérissent, ont de la tendance à récidiver. Certains malades peuvent avoir deux ou trois poussées délirantes successives, sans que le fond de leur état mental, dans l’intervalle de ces poussées ou après elles, soit sensiblement modifié. Dans d’autres cas, l’intelligence s’affaiblit visiblement après chaque nouvel accès, et comme les formes continues, ces formes intermittentes aboutissent à l’amoindrissement définitif des facultés intellectuelles.

Diagnostic. — Le diagnostic de la dégénérescence mentale repose moins sur la notion d’hérédité que sur la connaissance des antécédents psychopathiques des malades. Le dégénéré, nous l’avons dit, est un individu moralement et intellectuellement anormal : il suffira d’une enquête attentive sur son passé pour se convaincre que les accidents en présence desquels on se trouve, délirants ou autres, ne constituent pas un simple épisode développé sur un terrain normal, mais sont l’aboutissant et la manifestation plus ou moins bruyante d’un état de débilité ou de déséquilibration mentale ancien.

Nous avons déjà indiqué chemin faisant les éléments du diagnostic différentiel entre les manifestations délirantes des dégénérés (excitation, dépression, délires systématisés) et les psychoses précédemment étudiées, la manie, la mélancolie, la confusion mentale, la folie intermittente, le délire de persécution à évolution systématique. Nous n’avons ici à nous arrêter qu’à quelques points sur lesquels nous n’avons pas eu l’occasion d’insister.

La folie morale ne doit pas être confondue avec la criminalité vulgaire, quelque étroits rapports qu’il paraisse y avoir entre les fous moraux et les criminels d’habitude. Chez les fous moraux on trouve souvent une hérédité lourde et des stigmates physiques de dégénérescence ; on retrouve dans leur passé des accidents nerveux ou délirants de divers ordres, assez fréquemment des troubles congestifs ou épileptiformes. Communément ces déséquilibrés sont, comme beaucoup de dégénérés, sujets à des alternations d’excitation et de dépression. Ce sont des instinctifs, absolument inaptes à s’assimiler au

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milieu social ; ils se livrent aux actes répréhensibles ou délictueux sans aucun souci de la prudence ou de leurs intérêts (Krafft- Ebing) ; ils ne saisissent pas d’ordinaire la gravité de leurs méfaits, et sont plutôt portés à les raconter, au besoin à s’en vanter, qu’à les dissimuler. Quelque opinion qu’on se fasse sur un criminel d’habitude, le fou moral en diffère en ce que chez lui la tare pathologique originelle est évidente : on ne peut méconnaître son influence sur la série en général ininterrompue, en dépit des exhortations, des leçons, des punitions, des actes immoraux du dégénéré.

Les obsessions et l’angoisse qui les accompagne ressemblent quelquefois d’assez près aux préoccupations pénibles des mélancoliques. Mais l’obsédé a conscience de son état, il en reconnaît la nature maladive, il ne présente ni la dépression, ni la conviction ferme du lypémaniaque, qui est triste parce qu’il se croit coupable, ou ruiné, ou profondément atteint dans sa santé.

Les accès d’exaltation mentale qui se montrent si souvent au cours de la dégénérescence simulent l’agitation maniaque. Mais la manie, nous l’avons vu, est une affection accidentelle, en général provoquée par des causes physiques ou morales, qui éclate chez des individus jusque-là sains d’esprit et jouissant d’une suffisante équilibration cérébrale.

Ils ressemblent aussi aux accès de manie épileptique. Mais ces derniers sont plus brusques dans leur apparition; en général de très courte durée, ils sont suivis d’une amnésie plus ou moins complète.

C’est surtout avec les paralytiques généraux au début qu’on pourrait con. fondre les dégénérés en état d’excitation maniaque : dans les deux cas, même activité dévorante, même esprit entreprenant, même tendance aux achats et aux excès vénériens ou bachiques, même loquacité. Mais chez l’excité maniaque les idées sont mieux coordonnées, moins absurdes, tandis que chez le paralytique par leur incohérence et leur puérilité elles attestent de bonne heure l’affaiblissement intellectuel commençant : on ne tardera pas d’ailleurs à relever dans ce dernier cas les signes somatiques, troubles pupillaires, altération de la parole, etc., qui permettent de porter le diagnostic.

Les délires systématisés de la dégénérescence peuvent prêter à certaines confusions. Les délires de persécution ressemblent quelquefois d’assez près au délire de persécution à évolution systématique : nous nous sommes expliqué plus haut sur ces analogies et sur les éléments de diagnose. Chez les individus à cerveau affaibli, alcooliques chroniques, vieillards à artères athéromateuses) on observe assez souvent des idées de persécution qui se distingueront de celles des dégénérés en ce qu’elles surviennent dans les conditions spéciales que nous venons d’indiquer et indépendamment de tout stigmate antérieur de dégénérescence.

Il en est de même des idées ambitieuses qui peuvent apparaître aussi dans des circonstances identiques.

Le délire hypochondriaque dégénératif pourrait être confondu avec les idées hypochondriaques des mélancoliques, des neurasthéniques, des paralytiques généraux. Dans la mélancolie l’idée délirante est secondaire à l’état de dépression mentale, qui fait défaut dans l’hypochondrie dégénérative. Chez les neurasthéniques les idées hypochondriaques ne sont pas manifestement absurdes, elles sont une déduction logique et raisonnée quoique exagérée et

DÉGÉNÉRESCENCE MENTALE

fausse, des sensations éprouvées par les malades : ceux-ci acceptent qu’on discute leur conviction, ils se laissent réfuter, les bons arguments qu’on leur fournit les rassurent : les meilleures raisons n’ont au contraire aucune prise sur le dégénéré hypochondriaque, elles sont insuffisantes à atténuer ses appréhensions. Quant au paralytique général, outre que ses idées maladives sont particulièrement absurdes, il présente des signes somatiques qui permettent de le reconnaître : il faut dire toutefois que dans quelques cas le diagnostic reste momentanément hésitant si ces signes tardent à se montrer.

Pronostic. — La dégénérescence mentale est un état permanent et durable. Mais nous avons vu qu’à côté des manifestations continues de cet état (faiblesse ou déséquilibration de l’intelligence, anomalies du caractère et de la conduite) il en est d’épisodiques : telles sont les obsessions, qui apparaissent d’ordinaire sous forme de poussées avec des intervalles d’apaisement et d’accalmie. Il en est de même du délire : inconstant, le délire quand il se montre' peut être très passager, ne pas excéder quelques jours ou quelques semaines; d’autres fois, nous l’avons vu, il s’organise en système, devient chronique et aboutit à la démence. Malheureusement nous disposons de peu d’éléments pour établir la durée probable d’un accès de délire. On peut dire cependant qu’en thèse générale la gravité est en raison inverse de la brusquerie du début et du polymorphisme des idées délirantes : la chronicité est d’autant plus à redouter que la folie s’est installée plus insidieusement et que les divagations sont plus circonscrites, plus uniformes et mieux systématisées.

Traitement. — La première indication est de soumettre les enfants qui présentent des tares dégénératives à une bonne hygiène intellectuelle et morale. C’est chez eux surtout que doit être soigneusement évité le surmènement. Le travail sera régulier et modéré, entrecoupé par des exercices physiques. Ces enfants se trouveront mieux en général de la vie rurale que de la vie urbaine. Le rôle de l’éducateur consistera à étudier leurs aptitudes et leurs tendances de façon à les diriger dans la voie où ils semblent devoir réussir avec le moins d’efforts, et à instituer une sorte d’orthopédie morale. On évitera tout ce qui peut surexciter l’imagination ou contrarier brutalement le caractère : on n’oubliera pas que les émotions violentes sont souvent dans l’espèce du plus déplorable effet; on prendra garde toutefois de favoriser les caprices par une faiblesse maladroite : douceur et fermeté, telle est la formule qui résume l’attitude à prendre. Il va sans dire que ces préceptes ne s’appliquent qu’aux dégénérés dont l’intelligence présente un assez haut degré de développement. Quant aux idiots, aux imbéciles et même à certains débiles, leur instruction nécessite l’emploi de procédés et de méthodes particuliers qu’il est difficile d’appliquer en dehors de certains services ou de certains établissements spéciaux consacrés à l’éducation des enfants arriérés.

Le dégénéré, lorsque les anomalies du caractère et de la conduite revêtent la forme de folie morale, devient un fléau de famille et souvent un danger social. La séquestration s’impose dans ce cas comme une mesure nécessaire de sécurité.

Il est difficile d’indiquer des règles générales applicables au traitement des obsessions. Comme celles-ci révèlent d’ordinaire un état de faiblesse nerveuse (neurasthénie) plus ou moins accusé, elles indiquent l’emploi des toniques

DES PSYCHOSES

(fer, arsenic, strychnine) et de l’hydrothérapie. Les travaux, particulièrement les travaux manuels, les occupations régulières sans fatigue, les distractions calmes, sont propres à les atténuer. Il sera bon, quand on le pourra, de placer à côté des malades une personne à volonté ferme, à caractère à la fois énergique et doux, qui s’attachera à dissiper les incertitudes du doüteux, à rassurer les phobes, à relever la volonté des impulsifs et des abouliques. La tâche est malaisée à la vérité et ne peut être, dans la pratique, qu’insuffîsamment remplie, parce qu’elle suppose une connaissance et une expérience de l’état mental des obsédés qu’on ne saurait acquérir qu’avec des études et des connaissances psychologiques que possèdent peu de médecins. La suggestion hypnotique a été souvent essayée. Elle donne dans quelques cas, à la vérité exceptionnels, des résultats.

Quant aux troubles délirants quelle que soit leur forme, idées de persécution, ambitieuses, mystiques ou hypochondriaques, ils nécessitent en général l’internement. L’isolement de la maison de santé constitue en effet dans ces cas non seulement une mesure de précaution, mais un procédé de traitement (*).

Bibliographie. — Trélat, la Folie lucide. Paris, 1861. — Magnan, Leçons cliniques sur les héréditaires, in Leçons sur les maladies mentales. Paris, 1893, p. 157 et suiv. — Doyen, Quelques Considérations sur les terreurs morbides et le délire émotif. — Legrain, Du délire chez les dégénérés. Thèse de Paris , 1886. — Saury, Étude clinique sur la folie héréditaire. Paris, 1886.

(') Lire : J. Luys, le Traitement de la folie. Paris, Rueff, 1893.

CHORÉES

Par M. Paul BLOCQ

Successivement, et dans le cours des temps, on a attribué le nom de chorée (yopha, danse) à un nombre relativement considérable de maladies, que nous regardons aujourd’hui comme très différentes, dans lesquelles intervenaient, à titre de principal symptôme, des mouvements involontaires et plus ou moins .désordonnés. Actuellement, il s’en faut encore qu’on soit légitimement autorisé à affirmer que les délimitations nosographiques auxquelles on s’en est tenu en général dans les travaux les plus récents, soient définitives.

Aussi nous semble-t-il, en l’ignorance où nous nous trouvons en ce qui concerne le substratum anatomo-pathologique et la pathogénie du plus grand nombre des catégories du genre, que seules les données de la clinique permettent de tracer les divisions qui sont indispensables dès l’abord.

Une première segrégation s’impose entre les chorées que l’on pourrait dire essentielles, en gardant à ce qualificatif son acception traditionnelle, et les chorées symptomatiques. Celles-ci, qu’elles soient d’origine organique comme les hémi-chorées post-hémiplégiques, ou reconnaissent une cause dynamique comme les formes multiples des chorées hystériques arythmiques ou rythmiques, ne devront pas nous occuper ici. Leur étude se rattache directement, en effet, à celle des états morbides qui les engendrent, et dont elles figurent en réalité de simples épisodes syndromiques ; elles seront donc décrites à leur occasion.

Dans cet article, nous nous proposons donc de ne considérer que le groupe des chorées dites essentielles. Or, en se basant sur les caractères cliniques des désordres moteurs qui stigmatisent celles-ci, on peut en distinguer dès l’abord deux grandes classes selon que les convulsions sont lentes, gesticulatoires, ou, au contraire, brusques, électriques; et, d’après cela, nous reconnaissons : d’une part la chorée gesticulatoire, d'autre part la chorée électrique ou myoclonie.

Encore que l’on ait distingué dans la chorée gesticulatoire diverses modalités cliniques : la chorée molle, la chorée des femmes enceintes, la chorée chronique, la chorée héréditaire, nous pensons que la chorée gesticulatoire ne répond qu’à une seule entité morbide. En d’autres termes, les diverses affections que nous venons de nommer figureraient seulement des variétés de Y espèce : chorée de Sydenham. Tel est du moins l’enseignement de l'École de la Salpêtrière, que nous adopterons parce que nous le croyons fondé, mais que nous devrons justifier, car, en ce qui a trait à la plupart des chorées chroniques, à la chorée

CHORÉES.

héréditaire de Huntington en particulier, tout au moins, cette dernière affection est regardée actuellement par nombre d’auteurs comme une maladie autonome, foncièrement distincte de la chorée vulgaire.

De même, la chorée électrique — pseudo-chorée de Lannois — réunit des affections qui ont été et sont encore considérées comme distinctes. Il est vrai que certaines d’entre elles n’occupent pas dans les cadres nosographiques une place parfaitement déterminée, rapprochées qu’elles sont, par les uns de la maladie des tics, parles autres de Y hystérie, et même déchues par quelques autres au rang de simples syndromes. Aussi bien, devrons-nous également en ce qui les concerne légitimer la place que nous leur attribuons, encore qu’elle puisse n’être que d’attente.

Toutefois, il nous a paru ressortir des dernières recherches que de même la plupart des variétés de cette catégorie : le paramyoclonus multiplex , la chorée fibrillaire , la chorée de Berger on, ne figuraient, elles aussi, que les diverses modalités cliniques d’une seule espèce morbide, à laquelle nous conserverons le nom de myoclonie qu’on lui a proposé. Le paramyoclonus représenterait ici le prototype de ces chorées fausses, pseudo-chorées, chorées électriques, de la même façon que, selon la manière de voir que nous venons d’exposer, la chorée de. Sydenham constituerait le type du groupe des chorées vraies.

Le tableau suivant résume notre classification ainsi simplifiée des chorées :

i CHORÉE

(vraie, gesticulatoire).

MYOCLONIE

(chorée

CHORÉES ( \ fausse, électrique).

! HYSTÉRIQUE

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